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En promettant de dire tout ce qu’il connaît autour du budget du Cinquantenaire et sur d’autres dossiers de malversation, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances Ousmane Doré pourrait faire mal à plus d’un dignitaire du régime Conté.
La procédure de recouvrement des créances de l’Etat auprès d’e près d’une vingtaine de ses « présumés » débiteurs, déclenchée tambour battant la semaine dernière, a produit sa star. Son nom : Ousmane Doré, le ci-devant ancien ministre de l’Economie et des finances de Lansana Kouyaté. Jeudi dernier, après son audition par le Comité chargé des audits et de la surveillance des secteurs stratégiques de l’économie guinéenne, l’ancien fonctionnaire international venu du FMI s’est carrément mis à table devant les caméras et autres micros de la RTG. Et comme s’il ne crevait pas suffisamment l’audimat à travers cette sortie sur les médias d’Etat, le Dr Ousmane Doré s’est livré au même exercice pendant près de trois heures dans les studios de la radio Djigui FM, le dimanche dernier. Toute chose qui en a rajouté à la polémique sur des sujets brûlants comme celui de l’organisation du Cinquantenaire de la Guinée. En sa qualité de président de la Commission d’organisation de cet événement majeur, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances s’est escrimé à démontrer qu’il n’est nullement coupable de la mauvaise gestion du budget du Cinquantenaire dont on l’accuse. Une bagatelle de 25 milliards de francs guinéens qu’il affirme avoir gérée sans l’ombre d’une malversation. L’homme a laissé entendre que s’il y a malversation, il faut aller la chercher au niveau des départements et institutions qui ont reçu au total un montant de 9 milliards de francs guinéens. C’est lorsqu’il s’est attelé à demander des comptes sur l’utilisation des différentes allocations que le couperet du décret s’est abattu sur lui. Il explique en effet, qu’on l’a limogé sans lui avoir donné le temps d’aller jusqu’au bout de son opération qui consistait à demander aux destinataires des fonds de justifier l’usage qu’ils en auraient fait dans le cadre des activités du Cinquantenaire. L’ancien ministre de l’Economie et des Finances porte aussi un début d’éclairage sur les contributions des pays amis de la Guinée pour l’organisation de cette fête qui a connu la présence de sept chefs d’Etat de la sous région. Pour lui, le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré avait dépêché plusieurs émissaires à travers le continent voire le monde. Seule énigme, aucune réunion n’a été provoquée pour faire le point sur les enveloppes rapportées par les envoyés spéciaux de cette opération qui, n’en ressemble pas moins à un vaste exercice d’arnaque au nom de la Guinée. Sans pour autant que l’argent reçu par les émissaires bref par les gouvernants ne soit présenté au peuple. En clair, le Dr Ousmane Doré s’est livré à un déballage qui, s’il est passé au peigne fin par le Comité d’audit piloté par le général de Brigade Sékouba Konaté, pourrait scellé le sort de plusieurs hauts cadres aux affaires à l’époque. Déjà, au plus fort des secousses provoquées par l’échec de l’organisation du Cinquantenaire, suivi du limogeage d’Ousmane Doré, la presse avait avancé des montants vertigineux qu’auraient reçus la Présidence, la Primature et d’autres institutions de la République. Si tel est le cas, des personnalités comme l’ancien Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré, l’ancien ministre Secrétaire général de la Présidence Alpha Ibrahima Kéira et d’autres devraient passer sur le gril du Comité d’audit. Ce qui fait dire à certains que l’affaire du Cinquantenaire pourrait donner lieu au procès de plusieurs dignitaires du régime du feu général Lansana Conté. Une perspective si prometteuse en terme de révélations scandaleuses que l’ancien ministre de l’Economie et des Finances s’est dit disposé à apporter la lumière sur plusieurs autres cas de détournements et de malversation dont il a eu connaissance lors de son passage à la tête de ce département névralgique de l’Etat depuis sa nomination en mars 2007 jusqu’à son limogeage en octobre dernier. Et sait que les caisses de l’Etat n’ont pas été épargnées par les adeptes du grenouillage et autres pratiques véreuses. Le tout au préjudice des populations qui se trouvent ainsi privées de la satisfaction de leurs besoins primaires. Pour certains observateurs qui sont assoiffés de vérité sur les affaires que Doré compte révéler au grand jour, l’ancien ministre de l’Economie et des Financières devrait bénéficier d’une sécurité personnelle maximale pour éviter que lui arrive du fait de ceux qui n’ont pas intérêt à ce qu’il aille jusqu’au de sa logique dénonciatrice. D’autant qu’il promet d’organiser une conférence de presse au cours de laquelle il va dispatcher les copies du rapport détaillé qu’il a fait sur l’organisation du Cinquantenaire. Un rapport dont il a avoir remis une copie au défunt président guinéen, à son Premier ministre d’alors Ahmed Tidiane Souaré, ainsi qu’au Comité d’audit.
Faut-il pour autant donner à Ousmane Doré le bon dieu sans confessions ? Sans doute, non, répondent certains observateurs qui en veulent à l’ancien ministre de l’Economie et des Finances d’avoir laissé faire pendant que sa posture d’ordonnateur des dépenses publiques lui permettait, sinon de mettre fin au coulage qu’il fustige du moins d’en limiter l’ampleur. Mais, son silence le rend également coupable aux yeux d’une bonne partie de l’opinion. L’homme que certains accusent d’avoir aidé à abattre le gouvernement Kouyaté est vu par comme une frange de ses compatriotes comme un homme animé par un esprit de vengeance contre ceux qui ont écourté son séjour dans le gouvernement. Lui, qui a souvent été soupçonné de plusieurs manœuvres visant à occuper la Primature guinéenne. Même si Ousmane Doré a souvent tenté de se défendre en disant qu’il tenait bien le programme conclu avec les institutions de Breton Woods grâce à la discipline budgétaire qu’il avait instaurée. Vrai ou faux ? En tout cas, l’ancien ministre de la Communication et des NTI et porte du gouvernement Souaré, Tibou Kamara, épinglé par Ousmane Doré par insinuation, a répliqué sans farce ni apparat sur les antennes de la radio Liberté FM, le lundi dernier. Il a déclaré avoir fait remettre par la délégation gambienne les 500.000 dollars offerts par le président Yaya Jammeh au ministre Secrétaire général de la Présidence Alpha Ibrahima Kéira. Et ce, devant témoins. Mieux, il estime que le Dr Ousmane Doré qui veut paraître blanc comme neige, aurait pu pousser son exercice d’autodéfense jusqu’à donner des explications sur la flopée de marchés gré à gré donnés par lui en tant que ministre de l’Economie et des Finances. Sans compter les exonérations fantaisistes et faveurs accordées à des particuliers au détriment du programme avec le FMI. Une institution qui, selon Tibou Kamara, avait commencé à s’offusquer des dérapages constatés du fait des passe-droits auxquels se livrait Ousmane Doré dans ses fonctions. La liste des griefs formulés par l’ancien ministre de la Communication et des NTI n’est pas exhaustive. Comme pour dire que les aveux auxquels se livre et se livrera le Dr Ousmane Doré feront l’objet de débats houleux et de confrontations majeures entre lui et les personnes qu’il incrimine. En tout cas, Tibou Kamara se dit prêt à monter au feu avec son accusateur. Ce qui promet des étincelles.
En conclusion, Ousmane Doré qui se pose aujourd’hui en grosse victime, devant une opinion nationale qui n’en finit pas de se scandaliser de l’échec du jubilé de la République, et toutes les pratiques frauduleuses qui ont plombé l’économie du pays, devrait être contraint d’aller jusqu’au bout. Il revient donc au Comité d’audit et aux nouvelles autorités de les faire rendre gorge, à lui et à ses acolytes d’hier devenus ennemis jurés.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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