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Le légendaire orchestre national Bembeya Jazz va pouvoir désormais résister à l’usure du temps. Les précieux vestiges du groupe viennent d’être enfin fixés dans un film documentaire réalisé par un jeune cinéaste Burkinabé, Abdoulaye Diallo. La première sortie en salle de ce premier documentaire sur le Bembeya a eu lieu le vendredi 11 avril au centre culturel Franco-guinéen (CCFG). Hadja André Touré, la veuve du premier président guinéen, Son Excellence Jean-Michel Berrit, l’ambassadeur de France en Guinée, Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG, Dr Saïdou Dioubaté, directeur national de la culture, Dr Mohamed Cissé, représentant de l’Unicef en Guinée, étaient au nombre des spectateurs ayant effectué le déplacement. L’auditorium du centre culturel « Espace Sory Kandia Kouyaté » a refoulé du monde ce vendredi à l’occasion de la projection de ce documentaire, premier du genre dans notre pays. Témoin privilégié d’un évènement exceptionnel, le public a, avant de pouvoir visionner le film, été gratifié par la vedette du jour, l’orchestre Bembeya qui lui a offert en live deux morceaux phares de son riche répertoire. L’entrée musicale étant bien servie, la projection pouvait commencer. Il était presque 21 heures. La salle enflammée retient impatiemment son souffle. Sur le podium, les musiciens rangent leurs instruments sous les ovations nourries. Les jeux de lumières s’arrêtent. Puis ils s’éteignent. La place est donc faite au lancement du film qui a été annoncé par le présentateur, Mohamed Banks de la RTG. Dans la pénombre de la salle, on pouvait lire distinctement sur l’écran : « Sur les traces du Bembeya jazz ». C’est l’intitulé de ce documentaire unique reconstituant, en plus d’une heure de temps, l’itinéraire originel de Bembeya. En effet « Sur les traces du Bembeya » apparaît comme un cocktail explosif d’images d’archives inédites, en noir et blanc ou en couleur, de témoignages exclusifs émanant de musiciens membres fondateurs du groupe. Ainsi que de politiques dont la jeunesse aura été profondément influencée par les succès de Bembeya. Evoquant l’âge d’or de ce mythique orchestre dans les années « 60 », le président malien, le général Amadou Toumani Touré (ATT) rappelle, avec un ton empreint d’humour que lorsqu’ils étaient normaliens, le Bembeya Jazz a livré à Bamako un concert mémorable. La réussite du spectacle a été totale. Au point que les filles normaliennes ont, a-t-il dit, presque toutes fini par succomber au charme irrésistible et à la virtuosité du guitariste Sékou Bembeya, alias « Diamond Fingers ». S’adressant à celui-ci, ATT disait : « Sékou, tu es venu chez nous pour faire un concert, nous on avait beaucoup d’admiration pour toi. Mais lorsque tu partais, on était tout jaloux. Parce que tout le monde voulait te suivre ». Cellou Dalein Diallo, l’ex-PM qui a eu aussi à témoigner dans le film ne fera pas exception à la règle. Dans ce documentaire, le réalisateur Burkinabé ne se contente guère des concerts et péripéties de l’orchestre sur des scènes à Conakry, dans les pays voisins, en Afrique, en Europe ou aux USA, il pousse sa curiosité jusqu’aux racines mêmes du Bembeya, à Beyla en pays Konia. Où il a exhumé de l’inconnu général l’homme qui aura baptisé le groupe du nom Bembeya jazz, du nom d’une rivière locale. Le film se fait également l’écho des témoignages d’autres grands noms d’artistes tels que le grand maître du blues africain, le Malien, Ali Farka Touré et grand Papa Diabaté, qui est le maître de Sékou Bembeya. Sur les images, le vieillard apparaît en compagnie de son élève jouant à la guitare. Appréciant le génie et l’immense talent de son apprenti, « son petit » comme il l’appelait, grand papa Diabaté soutient que Sékou Bembeya est le meilleur guitariste du pays de tous les temps. Et s’il a un égal, c’est bien moi son maître, précisa-t-il aussitôt. Comme Ali Farka, grand Papa est mort peu après les tournages, et le film leur est dédié… Autres scénarios forts dans « Sur les traces de Bembeya jazz », ce sont les parties d’entraînement de Aboubacar Demba Camara, le chanteur leader du groupe, dénommé le dragon de la chanson africaine avec Salifou Kaba, un autre chanteur dans les Jardins 2 octobre. Demba est fauché au plus haut sommet de son art par un tragique accident de la circulation en 1973 à Dakar. On ne peut pas ne pas restituer l’histoire de l’évolution du Bembeya Jazz sans parler de l’apport inestimable du président Ahmed Sékou Touré, son parrain naturel. Le documentaire lui a, à ce titre, consacré de larges extraits. Le Bembeya est présenté comme la véritable incarnation de la volonté et de la vision culturelle de l’homme au lendemain de l’indépendance politique du pays. « Sur les traces du Bembeya jazz » est un film coproduit en février 2007 par « Jazz à Ouaga » et Semfilms et Africalia. Il existe déjà en version française. Bientôt ses versions anglaise et néerlandaise seront disponibles. C’est par la remise d’un certificat de satisfecit des membres de l’orchestre Bembeya au réalisateur du film que la cérémonie a pris fin. Au sortir de la salle, un sentiment de soulagement et de fierté se lisait sur tous les visages. Avec le constat que les mémoires du Bembeya sont enfin sauvées de l’oubli. Moro Amara Camara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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