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Comme un malheur n’arrive jamais seul, et qu’il n’y a pas de fait sans cause, nous avons jugé intéressant de soulever la question du Port autonome de Conakry, afin de permettre à la population d’en savoir un peu plus des réalités calamiteuses qui empoisonnent notre existence. N’oublions pas que ce port appartient aux Guinéens. A ce titre, son apport à l’amélioration des conditions de vie des populations doit être pris en compte dans toute forme d’exploitation qu’on en fait. Mais hélas ! Il y a qu’on abuse des Guinéens et que l’on s’abstient d’en parler, moins pour éviter de subir les condamnations de nos compatriotes, que pour voiler toutes les spéculations qui entourent la cession et l’exploitation du port à ceux qui en tirent d’énormes ressources au détriment de l’Etat et du peuple guinéen. Dans ce dossier préoccupant, traité sous toutes les formes par nos confrères, un tour de table est fait sur cette question de privatisation du port au bénéfice du groupe français Bolloré. Serait-on devant un sabotage économique au sein du port ? L’on est poussé à se demander, en effet : à qui profite la privatisation du Port autonome ? Car, ce n’est apparemment pas aux Guinéens, comme dans les autres conventions : halieutiques, forestières, minières etc. Bienvenue dans l’empire du fric marin ! Ce, pour éviter de brader le peu de patrimoine qui reste à l’Etat guinéen, nous avons le devoir et l’impérieuse mission de nous élever contre les magouilles économico-financières, qui se trament contre la volonté des Guinéens. C’est le cas de cette opération de privatisation avancée du port, ce poumon économique de la Guinée, de par les ressources qu’il génère au titre de multiples prestations. En sa qualité de prestataire privilégié dans le domaine du transport maritime et du fait de ses activités connexes, le port de Conakry devrait bénéficier de toute l’attention des autorités guinéennes pour la promotion économique de la Nation. A travers ses prestations portuaires, le port de Conakry est loin d’atteindre en avantages, les performances souhaitées. Non pas que des recettes n’y sont pas produites, mais parce que des cadres et leurs complices ont fait main basse sur une très grande part de ces recettes, en signant des contrats de complaisances, en tirant profit des activités dûment rémunérées, et en falsifiant les données de base. Tous ces manquements sont établis dans des documents officiels quand le peuple et l’Etat perdent chaque jour des sommes faramineuses. Sabotage économique au port autonome de Conakry L’histoire du port est liée aux hommes ayant, à un moment de notre histoire, géré ou travaillé sur une des parcelles de cet ensemble d’installations et de services hautement utiles pour le pays et ses partenaires. Sauf, pour ceux qui se sucrent à outrance sur les ruines des labeurs des vaillants travailleurs assujettis à des conditions inhumaines de travail. Exposés à des risques incalculables. Vivant de salaires misérables en comparaison aux gains dans la sous-région, les Guinéens sont comme tétanisés devant l’ampleur des vols et détournements au Port autonome. Tout est fait pour empêcher la qualité, la compétence et l’expertise. Demandez-vous pourquoi ? En effet, des postes avancés de contrôle au portail de sortie du port, une chaîne humaine est mise en place, constituée de civils et d’hommes en tenues pour engraisser un groupe de Guinéens dont les revenus dépassent de loin nos estimations. Dans l’euphorie de l’enrichissement illicite, des barons sont arrivés et passés sans accepter de réaliser le bonheur des populations. Entre tous les gestionnaires du département des transports, il y a un groupe qui s’est taillé la part du lion dans les deniers publics au bord de l’océan. Actuellement, en quête d’immunité, certains ont adhéré à des formations politiques pour postuler à la députation. Ceux qui ont saboté les activités économiques au port de Conakry se reconnaissent à travers notre description. Ils ne peuvent nier le tort causé à la Guinée, fussent-ils des diplomates, des politiques, des cadres d’institutions nationales ou internationales cachés sous diverses couvertures Ils ont trahi le peuple et le prix à payer leur sera infligé par la loi. Des milliers de tonnes de minerais nous échappent, des quantités incalculables de marchandises nous passent sous le nez au port, des recettes énormes sont camouflées pour enrichir ces barons sans scrupules. Leurs noms, nous les citerons en temps opportun, car la liste est en train d’être complétée au cas par cas, selon les différentes étapes de l’histoire du port autonome de Conakry, après l’accession du pays à l’indépendance. Qui ne sait pas qu’en Guinée, les quais du port sont interdits aux poissons qu’on capture dans nos eaux territoriales ? Qui ne sait pas qu’on fraude sur les taxes à payer, en déclarant moins du 1/10 de la valeur réelle aux autorités ? Qui n’est pas saisi de la sous taxation au port de Conakry ? Qui ne critique pas l’administration portuaire et ses contrats de complaisance ? C’est par rapport à tous ces facteurs et d’autres que nous interpellons les bons Guinéens. Privatisation du port autonome de Conakry Qui arnaque qui ? Au moment où la Guinée se cherche les voies et solutions à la crise endémique, des agents de l’Etat œuvrent pour prendre le peu de moyens disponibles, après avoir tout bradé presque, dans nos installations. Ce, à travers des pratiques de copinages et de clientélisme, et mieux, par la concession d’activités dûment rentables à des coûts totalement à la défaveur du pays. Ce n’est un secret pour personne que le Port autonome de Conakry est l’installation portuaire la moins chère de la sous-région, au vu des recettes par rapport au trafic. Pourtant, dans ce port, il existe diverses et multiples prestations portant sur des domaines hautement rentables : les mines, la pêche, les biens de consommation ou marchandises usuelles, la sécurisation portuaire et le transport des biens et des hommes. Au plan minier, nous subissons des pertes énormes, dans la récupération des taxes à l’exportation à cause des tarifications en cours que la direction du Port autonome observe sous le contrôle du ministère des Transports. Les prix à payer sont en-deçà des normes internationales, si l’on doit concourir à nous classer au rang des ports performants de la sous-région. En se référant aux documents relatifs aux rendements financiers, il ressort un gain total ne dépassant pas les 38 milliards de nos francs par an. Ce, à travers les prestations des sociétés de manutention portuaires. Le trafic devenant de plus en plus important, nous parvenons à dépasser plusieurs ports de la sous-région en nombre de conteneurs, nombre de véhicules et de navires qui sollicitent nos prestations. Il y a la question de la sécurité portuaire, des personnes et des biens, des navires et de leurs cargaisons qui devint une véritable préoccupation des autorités. Pendant qu’on ‘’sous-taxe’’ les prestations ; l’activité de sécurisation qui devait normalement assurer des gains substantiels est bradée par la volonté des autorités d’alors, à travers un contrat en bonne et due forme entre l’Etat guinéen représenté par le ministère des Transports et une société anglaise Intertek. L’objet de ce contrat repose sur le scannage de tout colis en vrac ou en conteneur qui serait en transit ou en partance, à l’arrivée au port, afin de déceler la présence d’objets illicites aux activités normales – il s’agit des armes et munitions, de la drogue et tout autre produit non conforme aux règles de transport. Sans entrer dans les détails de ce contrat entre la Guinée et Intertek, parlons du partage des recettes, donc de la clé de répartition des taxes que payent les opérateurs et autres clients du port, suite au passage par le scanner. Sur chaque conteneur de 20 pieds, la Guinée, perçoit 15 dollars américains, sur les 65 payés. Ainsi, la société Intertek empoche les 50 dollars restants. Dans ce rapport, le pays n’a que la part congrue des bénéfices, lorsqu’on sait, pertinemment, qu’on pouvait concourir vers le partage plus équitable, en faisant du 50% pour le pays et 50% pour les partenaires. Nous aurions pu nous passer des services d’Intertek, pour disposer à 100% de nos recettes portuaires. L’arnaque va persévérer sur les conteneurs de 40 pieds qui passent sous les rayons X du scanner d’origine chinoise, dont le prix a été triplé au détriment des Guinéens, qui subissent un rançonnement digne des temps de l’esclavage. Tenez, sur 100 dollars par conteneur, la Guinée n’en perçoit que 24, seulement. Le calcul total fait mention d’un gain cumulé sur deux conteneurs, des deux types, de 165 dollars, l’Etat guinéen n’en gagnant que 39, tandis que Intertek s’en tire avec 126 dollars par unité de service sur les deux types de conteneurs. Le rapport 23,63% contre 76,37% est une injustice que les nouvelles autorités doivent attaquer, si elles souhaitent engranger des recettes au port. Multipliant 165 dollars par 30 000 conteneurs débarqués, nous faisons une recette réelle de 4 950 000 dollars dès la première année. Le scanner coûtant 3 770 000. On nous demandera comment avons-nous obtenu ce nombre de conteneurs. Les documents de l’AGEMAP, du CTS – gestionnaire du terminal conteneur, suivant la convention de concession signée entre le ministre Boubacar Sow des Transports et Monsieur Dominique LAFONT directeur général Afrique du Groupe Bolloré –nous en livrent les données de base. Il y a de quoi avoir peur, si l’on pensait qu’un groupe ayant perdu en Côte d’Ivoire et au Sénégal pourrait bien réussir en Guinée. Il est utile de rappeler que l’enjeu du Port d’Abidjan a coûté une crise politique à ce pays, quand Robert Guéi, alors président de la Côte d’Ivoire, a souhaité réviser les conventions de gestion du patrimoine portuaire. La suite est connue de tous. Abdoulaye Wade, malgré les liens séculaires du Sénégal avec la France, a préféré un autre opérateur pour le port de Dakar, pas ce groupe Bolloré. Ici, en Guinée, au lieu d’entrevoir la meilleure solution économiquement rentable et à long terme, c’est la voie des facilités que le gouvernement a choisie. Nous perdons, mais à aller avec ces partenaires, c’est livrer le pays à des pilleurs agréés. Ainsi, les miniers de Rusal, la sécurisation de Intertek et le terminal à Conteneur, plus les pertes sur les prestations du port, constituent un gap financier à combler, si nous voulons rentabiliser nos installations. Les recettes douanières par voie maritime sont assujetties au sérieux de nos prestataires du port, surtout que la SGS s’en est allée, laissant la douane seule maîtresse des contrôles. Pour tricher, ils ont empêché la douane d’assurer l’achat de ce matériel de scannage. Pourtant, le département des Transports ne doit aucunement se muer en gérant des questions financières, à la place des Finances. En plus, comment ne pas signaler ce que le pont-bascule engrange comme recettes ? Nulle part dans le document signé par le Directeur général, en date du 14 juillet 2006, conformément à l’arrêté ministériel de la même date, l’on ne fait mention de ce pont-bascule hautement rentable. Le Port autonome est un véritable mastodonte financier qu’il va falloir remettre sur les rails, si nous voulons espérer gagner la bataille économique sur l’océan atlantique. Cela n’est possible qu’en barrant la route aux arnaqueurs tassés dans et autour du port. A qui profite la privatisation du Port Autonome de Conakry ? Les Guinéens gardent un très mauvais souvenir de l’opération de privatisation des installations aéroportuaires. L’opérateur adjudicateur, SOGEAC, nous vient de France et jusqu’à aujourd’hui, la Guinée se cherche en la matière. Visitez les installations. Cette opération faisant des émules, c’est une autre société française qui risque de mettre main basse sur le plus gros morceau en Guinée, en matière de transport maritime. C’est le Groupe Vincent Bolloré anciennement vu en Côte d’Ivoire et candidat malheureux pour le port de Dakar. 
| | Vincent Bolloré | Porte d’entrée par excellence des marchandises pour la Guinée et certains pays limitrophes, le Port autonome de Conakry fait l’objet d’une mise à sac assez dévastatrice pour les populations guinéennes. Des installations héritées de l’ère coloniale, ont été entretenues et exploitées, selon le bon vouloir des autorités post-indépendance, sans qu’on n’y applique la rigueur comptable qui sied en la matière, comme cela se passe autour de nous. Vu les avancées technologiques et les demandes de qualité, la Guinée se doit de changer de mode de gestion du Port de Conakry. Une réalité économique qui explique le besoin de l’administration de voir plus clair dans les rouages de cette grande machine économique. Un expert ivoirien sera approché et le contrat de travail signé pour sortir le port de l’ornière. Les camps adverses aimant pêcher en eau trouble, se mirent au boulot pour empêcher la transparence qui devait s’installer au port, après le passage de l’expert ivoirien. De tentatives d’intimidation aux menaces de mort, des actions criminelles ont été engagées. Le pauvre expert a été retrouvé mort dans une chambre d’hôtel ici, à Conakry.
Depuis, les investigations sont restées muettes et la roue de la magouille au port continue de plus belle. Avant lui, c’était un jeune Guinéen venant des USA qui avait connu le même sort. Pourquoi la direction et le ministère des Transports ont abandonné le projet d’informatisation des activités portuaires et pourquoi le gouvernement n’en a-t-il pas fait une priorité, avant de se lancer dans l’option de privatisation. Tant qu’on ne présente pas une situation saine et acceptée par tous, nos recettes portuaires iront dans d’autres comptes. Imaginez les pertes constatées durant les années de rébellion en Côte d’Ivoire, même si nous déplorons cette crise. La presqu’île de Kaloum est favorable à une activité portuaire de dimension internationale ou intercontinentale, mais rien n’est entrepris dans ce sens. Donc, la privatisation en cours est une nouvelle aventure économique, dont les conséquences ne peuvent être que désolation et fuite de capitaux. D’ailleurs, la méthode de privatisation sauvage a trop perduré, quand on sait ce que nous perdons sur les contrats miniers et les dizaines de sociétés ou entreprises étatiques liquidées au lendemain du 3 avril 1984. Revoyons les principes. Analysons les résultats avant d’appauvrir de plus l’Etat, pour faire des bonifications salariales. Etant entendu qu’on manque d’avion, de train, de bus et enfin de bateau, il faut poser la question au département des Transports, de savoir à quoi consiste sa mission, à part la rentabilisation du port autonome de Conakry. Un partenaire qui propose 100 milliards de francs guinéens ne donne qu’un peu plus de 22 millions de dollars au taux de 4500 Fg pour un 1 dollar. Excusez, nous sommes en total désaccord avec ceux qui veulent brader notre port. Il existe des partenaires potentiels pour débloquer 500 millions de dollars et pourquoi pas des milliards pour avoir l’exclusivité du port de Conakry ! Se gargariser pour 25 millions de dollars, c’est trop insulter les Guinéens. C’est ce que veut faire le gouvernement. L’échec dans les Transports nous exige de récuser ce contrat avec le groupe Bolloré, de souscrire des actions civiles près des tribunaux contre l’Etat, si jamais notre appel n’était pas entendu… Pour sûr, des avocats sont prêts à soutenir la cause de la vérité quel qu’en soit le prix. Nous continuerons à développer nos investigations dans les jours à venir, pour que les milliards additionnels visés ne passent pas dans des poches occultes. Le port est donc en danger, Guinéens et Guinéennes. Aboubacar Sidick SAMPIL L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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