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Grand, longiligne, les traits fins, Alhassan Barry garde encore aujourd’hui la forme olympique du basketteur qu’il fut dans sa jeunesse. Lorsqu’il se lève pour prendre la parole en public, il en impose à son auditoire non seulement par sa haute silhouette mais aussi par sa verve, son talent oratoire et la rigueur de ses analyses. Ce meneur d’hommes hors pair, qui a accompli une longue carrière dans l’administration territoriale et a consacré son temps libre, toute sa vie durant, aux mouvements associatifs, vient d’être élevé à la haute distinction de Chevalier de l’Ordre National du Mérite par décret du Président de la République française sur proposition du Ministère des Affaires étrangères. La distinction dans l’Ordre National du Mérite lui a été conférée par la France pour les qualités et les mérites dont il a fait preuve dans l’administration territoriale, ainsi que pour sa créativité et sa participation active aux mouvements associatifs au service de ses concitoyens. Je l’ai connu quand il était en terminale philo au Lycée de Labé, alors que j’étais en classe de quatrième, au début des années soixante. Je me souviens aujourd’hui encore de ses exploits sportifs de l’époque, notamment sur les terrains de basket ball. Une fois son baccalauréat de philosophie en poche, en 1961, il a été sélectionné pour obtenir une bourse d’études supérieures pour la France. Les relations entre la Guinée et l’ancienne puissance coloniale n’étaient pas encore empreintes de l’animosité qui les a caractérisées par la suite. Saïfoulaye Diallo, le numéro deux du gouvernement de la Ière République, avait négocié, lors d’une mémorable mission à Paris, en 1961, la reconnaissance du baccalauréat guinéen. Cet accord est aujourd’hui encore valide, ce qui explique que les étudiants guinéens peuvent poursuivre leur 3ème Cycle dans les universités françaises. Nous devons à ce titre à l’illustre Saïfoulaye Diallo une infinie reconnaissance pour sa fidélité à ses engagements et à la parole donnée. C’est ainsi qu’Alhassan Barry a débarqué à l’Université de Caën, en octobre 1961, où il obtiendra la maîtrise d’Histoire-Géographie, puis, quelques années plus tard, à Paris, le diplôme de l’Ecole d’application des attachés territoriaux. A sa sortie de l’université, il commence par enseigner ces deux disciplines successivement au lycée technique d’Evreux, puis à celui de Soissons, jusqu’en 1972. Il devient alors cadre supérieur dans l’administration territoriale dans la région parisienne. Il sera, entre autres, pendant plus de dix ans, de 1973 à 1984, chargé de mission à la Direction de l’urbanisme, puis responsable du service du Développement économique, à la Mairie de Montreuil, une ville de plus de 100 000 habitants. Dans ce cadre, il a animé successivement la restructuration du centre-ville, la reconquête des friches industrielles et l’implantation d’activités innovantes. Parallèlement, il a contribué à l’instauration d’un dialogue structuré entre la municipalité et les organisations d’immigrés résidant dans les foyers de cette ville appelée « la deuxième ville du Mali », après Bamako. Cette démarche a contribué à engager et à développer une politique de jumelage-coopération, puis de co-développement, avec le cercle de Yélimané dans la région de Kayes au Mali. A Tremblay-en-France, autre ville de la ceinture parisienne, 35 000 habitants, qui a le privilège d’abriter sur son territoire la zone aéroportuaire de Roissy-Charles de Gaulle, où il a travaillé de 1984 à 1991, il a créé et dirigé, à la demande du Maire, le Service du développement économique (SDE). Ce service a permis à la municipalité de s’approprier et de maîtriser l’animation économique sur l’ensemble de son territoire : - des emplois pour les demandeurs locaux ; - des bénéfices pour la commune de l’ensemble de la fiscalité des entreprises ; - de la taxe professionnelle ; - de la taxe sur le foncier bâti. A la Mairie de Pantin, 50 000 habitants, considérée comme le « 21ème Arrondissement de Paris », il a occupé, de 1991 à 2004, les fonctions de responsable, successivement, de l’Urbanisme, de la Fiscalité locale et des Relations internationales. A la direction des Finances, il a en particulier mis en place une méthode de travail prospective sur la taxe professionnelle, tandis qu’aux Relations internationales, il a contribué à sensibiliser sur le principe de réciprocité dans la coopération entre Pantin et les collectivités du Sud telles que Praia au Cap Vert et Wélingara au Sénégal. Dans ses activités professionnelles au service de l’administration territoriale, il a toujours été animé par le souci de sensibiliser les autorités sur la double démarche nécessaire dans la procédure de la coopération publique décentralisée, à savoir : - L’intégration des migrants dans leur commune française d’accueil ; - L’implication institutionnelle des migrants dans les politiques locales de solidarité et de coopération-développement avec leurs pays d’origine. Lors de son admission au statut de retraité de la fonction publique, en août 2004, il a reçu la médaille d’honneur du travail et a été distingué comme faisant partie des « 93 personnalités du 93 », le nombre 93 étant le code du Département de la Seine Saint-Denis en région parisienne. Responsable d’associations de ressortissants guinéens en France, il a été également le Président fondateur de la Coordination des Associations Guinéennes en France (CAGF), de 1997 à 1999, une institution qui regroupe une centaine d’associations de ressortissants de la Basse Guinée, de la Moyenne Guinée, de la Haute Guinée et de la Guinée forestière, les quatre régions naturelles qui composent la Guinée. La CAGF a permis d’impliquer la diaspora guinéenne dans la politique de coopération de la France : - La coopération décentralisée des collectivités territoriales ; - La politique de co-développement de l’Etat français. Sollicité par la commission « Coopération et Développement » du ministère des Affaires étrangères, il a présidé, de juin 2000 à mars 2002, le groupe de travail « Osim et Développement ». L’objectif de ce groupe de travail a été d’établir un diagnostic des besoins de renforcement des capacités d’intervention, de partenariat et de représentation des Organisations de solidarité internationale issues des migrations (Osim). Cette recherche-action qui a mobilisé, pendant deux ans, des représentants des ministères concernés, des collectivités territoriales, des ONG françaises et des Osim, a conduit à la création, en mars 2002, d’une plate-forme des Osim, qui est le Forim : Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations. C’est ainsi qu’Alhassan Barry a été le Président fondateur du Forim, qu’il a dirigé de mars 2002 à mai 2005. Le Forim regroupe des réseaux, des regroupements, des fédérations d’Osim d’Afrique, d’Asie, de l’Océan indien et des Caraïbes. Au titre du Forim, il a été nommé, par décret du Premier ministre, membre du Haut Conseil de la Coopération Internationale, de janvier 2003 à décembre 2006. Alhassan Barry est membre des organisations internationales suivantes : - La commission « Coopération et Développement » du ministère des Affaires étrangères - Le « Groupe Cotonou » de Concord, plate-forme européenne des ONG de solidarité internationale - La section française de la « Commission for Africa », commission préparatoire du G8 britannique en 2005, mise en place par Tony Blair, premier ministre britannique. Dans le cadre de son mandat au Forim, il a participé à de nombreux forums, colloques et rencontres internationales : - Sommet de Johannesburg en 2002 - Forums sociaux : africains et européens - Commission mixte France-Guinée - Missions de travail sur le renforcement des capacités des ONG au Mali, au Burkina, au Niger et au Bénin. Il est membre fondateur et préside, depuis juin 2006, la Plate-forme Euro-Africaine du Co-développement (PEAC). La PEAC entend dépasser l’échelle française du Forim, même si celui-ci se veut de dimension mondiale, pour élargir à l’échelle européenne la démarche du co-développement concernant en priorité le continent africain. Petit-fils aîné, avec son jumeau Alhousséïny, de l’Almamy Ibrahima Sory Daara, le dernier chef spirituel du Fouta Djallon théocratique, Alhassan est père de quatre enfants. Son épouse, Oumoul Khaïraty Bah, appartient à la grande aristocratie intellectuelle Bhoubha N’dhian de Labé. J’ai eu une seule fois l’occasion de rappeler, lors d’une réunion publique, un événement le concernant qui m’a profondément marqué. C’était en 1976. Je venais d’arriver en France. Le CAEIR, le Comité d’aide et d’entraide aux intellectuels réfugiés, m’avait assuré gîte et couvert dans un centre de transit à Montreuil où Alhassan était cadre à la Mairie. Quelle ne fut ma surprise - car je ne savais pas qu’il était dans cette ville - de le voir arriver un jour dans ce centre pour venir me chercher et m’amener chez lui. Je me suis alors dit, en mon for intérieur, que tant qu’il y aura de tels hommes, la Guinée peut espérer être sauvée, malgré les tragiques péripéties et les vicissitudes de son évolution historique depuis 1958. Alpha Sidoux BARRY, Rédacteur en chef de www.guineeactu.com
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