mardi 9 mars 2010
Un gouvernement de transition s'occupe de.... transition - Au lieu de faire des économies, on augmente le déficit
Haroun Gandhi

Même si l'on peut se réjouir de voir les salaires des fonctionnaires augmenter, vu leur faible niveau actuel, il me parait surprenant de constater que, sans examen ni de la situation des finances publiques, ni du fichier de la fonction publique (dont font d'ailleurs partie les militaires), on procède à une augmentation unilatérale de 50% pour les salaires, de 30% pour les pensions. Y a-t-il un lien entre la présence des syndicats au gouvernement et cette mesure ?

En outre, ainsi que l'indique le Compte-rendu du Conseil des Ministres du 4 Mars, le projet (???) de budget 2010 est un « budget d'austérité, basé sur une évaluation objective du contexte économique et social de la Guinée - (où peut-on trouver cette évaluation ?) - et qui tient compte de la dégradation de ces principaux indicateurs de développement au cours de l’exercice écoulé. Avec un taux de croissance du produit intérieur brut négatif en 2009, un déficit budgétaire insoutenable - (pourquoi l'augmenter de manière considérable alors ?) -, l’État a accumulé des arriérés considérables - (qu'il faudra bien rembourser ?) - sur le service de la dette intérieure et extérieure avec comme corollaire une suspension de l’aide bi et multilatérale et de l’aggravation de la pauvreté. Le projet du budget 2010 tire les leçons - (comment ?) - légèrement constaté dans la gestion de l’exercice écoulé et traduit la nouvelle politique gouvernementale… ».

Pour mettre en musique ce constat, somme toute difficilement contestable, on découvre que la meilleure façon d'en tirer les conséquences est d'augmenter le traitement des fonctionnaires. Dette mise à part, ce qui pèse le plus sur le budget de l'État, est encore obéré davantage. Autrement dit au lieu de faire des économies, on augmente le déficit.

L'inflation est à venir

J'espère que la planche à billets ne va pas fonctionner pour absorber ce surcroit de dépenses publiques, car de façon MÉ-CA-NI-QUE (je ne rentrerai pas dans les détails, afin d'être compris par tous), l'inflation est à venir d'ici deux à trois mois, c'est-à-dire au moment des élections, si le chronogramme est respecté.

Que vont dire alors les Guinéens, en constatant que l'opposition, n'obtient rien de tangible sur le plan économique, et pire a accentué le coût de la vie ? Car ne nous-y trompons pas, si les fonctionnaires pourront plus facilement absorber ces hausses de prix à venir, il en va différemment pour l'homme de la rue, pour lequel le prix du carburant et donc celui des transports aura augmenté immédiatement (il a même augmenté de 30% passant de 5000 GNF à 6500 GNF), et sera confronté à la hausse des prix des autres produits ? Tout le monde comprend que le simple fait d'augmenter les frais de transport (sans parler d'autres considérations plus subtiles encore) relèvera le prix des produits (dès le prochain container même ?), simplement parce que les commerçants guinéens - même si on les considère souvent comme des analphabètes - établissent leurs prix de vente en fonction du prix de revient - ils savent donc compter en revanche.

L'État constate qu'il aura des difficultés à boucler les fins de mois, mais au lieu de prendre les mesures idoines, se lance dans une fuite en avant pour des motifs vraisemblablement politiciens. Comment comprendre en effet, autrement cette mesure démagogique ?

L'argent ne pousse pas sur les arbres

JMD avait dit que l'opposition guinéenne était la plus bête du monde, et comme je veux bien lui accorder qu'il n'en fait pas partie, cela signifie donc qu'il a d'autres desseins. Il ne peut pas se présenter aux élections présidentielles, mais rien ne lui interdit de devenir le Premier Ministre du futur Président élu. Et en dehors de la grande majorité silencieuse, il pense peut-être qu'il sera populaire chez certains, car il sera celui qui a augmenté le pouvoir d'achat des fonctionnaires. Est-ce là sa seule vision pour la Guinée ?

Sauf à me démontrer que cette mesure est parfaitement cohérente avec la politique d'ensemble dont on attend d'ailleurs la présentation (une mesure économique ponctuelle et déconnectée des réalités n'a aucun avenir), je trouve scandaleux de faire comme si demain, on rasait gratis ; car l'argent distribué ne pousse pas sur les arbres, et vient bien de quelque part. J'aimerais connaitre le budget prévisionnel et provisoire qui permet cette folie. C'est d'ailleurs un des aspects de la démocratie à construire, que d'avoir des éléments chiffrés, et non se contenter de constater que certains « mages » ont pensé pour nous.

L'État devra en effet trouver les recettes correspondantes à ce déficit encore accentué, et ce n'est en taxant la population, qu'il s'y prend de la meilleure façon.

Pour ne pas être dans la critique systématique, j'indique toutefois une solution qui aurait abouti à des résultats similaires. On pouvait dire aux syndicats par exemple : « vous avez six mois pour « nettoyer » le fichier de la fonction publique (indication des fonctionnaires fantômes, de ceux qui ne travaillent pas ou plus, des propositions de retraites y compris anticipées, de reclassement, de formation.... et même de démissions disciplinaires pour des malversations flagrantes....). Vous pouvez même imaginer un système qui récompenserait par des primes, le mérite de certains (y compris le fait d'être présent à son poste pendant 8 heures), afin de motiver davantage ceux qui travaillent ».

A l'issue de cette restructuration, la masse salariale prévue par exemple pour le nombre total actuel de fonctionnaires, serait restée la même, mais pour un nombre diminué, ce qui aurait entrainé une augmentation pour chaque individu, mais aucune pour l'État. En effet, si un fonctionnaire ne travaille qu'une heure par jour, cela signifie que le fonctionnaire « nouveau » peut remplacer 8 collègues (boutade !!!). La masse salariale ne bougera pas, mais ce fonctionnaire « nouveau » a multiplié virtuellement son salaire par 8 (ce n'est bien sûr qu'une hypothèse théorique, non réaliste de cette façon sur le terrain, mais cela permet d'indiquer une direction à prendre pour faire réellement des économies).

Une absence d'esprit de responsabilité

Par ailleurs, ce type de procédure permettrait de responsabiliser les acteurs des mouvements syndicaux, car ce qu'il manque en Guinée, c'est justement cet esprit de responsabilité. La majeure partie des fonctionnaires (y compris beaucoup de politiciens) pensent que l'État leur appartient, et en profitent, au lieu de le servir. Or l'État pour pouvoir tenir ses engagements, doit au moins obtenir quelque chose de ses agents (paiement pour service fait), ce qui est loin d'être le cas. Pour reprendre une expression guinéenne, l'État ne peut plus faire semblant de payer des fonctionnaires, qui font semblant de travailler : c'est l'un des changements fondamental à mettre en place.

Ce gouvernement ne doit s’occuper que de transition

En définitive, ce gouvernement qui n’est qu’un gouvernement de transition doit s’atteler à sa mission principale qui est d’organiser des élections libres, crédibles et transparentes. Les problèmes économiques guinéens sont sérieux et ne peuvent se résoudre par la simple décision d'un leader aussi charismatique soit-il. C'est un travail de longue haleine, qui nécessite de faire des efforts, ce qui suppose une pédagogie simple et claire pour tous, notamment en expliquant à la population d'où nous partons, où nous allons et ce que nous faisons pour y arriver (et tout cela de manière transparente). Il faut annoncer la couleur avant, et j'invite donc tous les citoyens à questionner les partis politiques sur leurs intentions réelles. Nous devons voter pour un programme et un projet politique, et non pas pour le sourire d'un homme...

Si des partis politiques prennent ce chemin, alors ils pourront avoir le soutien de l'ensemble de la population, y compris pour faire des efforts si cela débouche sur un progrès pour tous.

Un gouvernement déjà disqualifié

Il ne s'agit plus d'annoncer des mesures d'accompagnement ainsi intitulées :

  • maîtrise de l’inflation par la stabilisation de la monnaie nationale ;
  • poursuite de l’assainissement des fichiers de la Fonction publique et de la Solde.

Qu'a fait ce gouvernement de concret pour parvenir à stabiliser la monnaie ?

On n'en sait rien, alors qu'il serait même préférable de revaloriser la monnaie avant de chercher à la stabiliser.

De même, combien de fonctionnaires fantômes a-t-il débusqué ?

Aucun chiffre, juste une intention...

Les augmentations de traitement des fonctionnaires sont elles, bien réelles et chiffrées, alors que les autres mesures à prendre ne sont que des effets d'annonce destinées à faire passer la pilule amère, dues aux mesures réelles prises.

Il est temps de ne se concentrer que sur la mission qui lui a été confiée. Plus vite, il y parviendra, mieux ce sera, car en se montrant plus soucieux des avantages liés à l’exercice du pouvoir que de l’avenir de la Guinée, il s'est déjà disqualifié … avant même d'avoir commencé...


Haroun GANDHI


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Sékou Oumar Camara, jeudi 11 mars 2010
L`adoption du projet (?) de Budget 2010 par le Conseil des Ministres est un test intéressant pour mesurer la viabilité du CNT. Cet organe étant chargé, entre autres, du suivi de l`action gouvernementale, on verra bien s`il aura à se prononcer sur les prévisions du Gouvernement. Déjà en présentant un budget déficitaire, avec un déficit certain (puisque la Guinée n`est pas crédible) et des dons hypothétiques, le Gouvernement montre qu`il n`a pas les pieds sur terre. Quant au fait il ait décidé de l`augmentation des charges publiques avec cette mesure de hausse des traitements et pensions, inutile de revenir sur ce que M. Gandhi a déjà si brillamment dénoncé...Quel pays!
Lamine Camara, jeudi 11 mars 2010
Article très intéressant dans l’ensemble avec une petite correction qu’un gouv de transition devrait aussi élaborer un budget. Ce budget vient d’être élaboré et approuve par le dernier conseil des ministres. Le budget 2010 est de 5.850 milliards de FG soit environs 1,2 milliards de dollars. Mais le problème fondamental de la Guinée est la non transparence de l’Etat et du gouvernement. Tout porte à croire que ce gouv de transition n’échappe a cette règle. Dans la partie recette du budget le ministre des finances annonce une recette interne et dons de 4.962,22 milliards de FG, sans nous dire la part de la recette interne et sa source. De la cote dépense de 5.850 milliards de FG, nous n’avons aucune information sur la structure de cette dépense. Quel est par exemple la part des dépenses de fonctionnement. Combien la fonction publique coute-t-elle aux contribuables ? Quel est le salaire du président de la république, du PM, des ministres etc. ? La part de l’armée dans le budget, un black out. Le CNT va ne nous couter combien, aucune information. Les citoyens doivent le budget national dans le plus petit détail.
Barry Abdourahmane, mercredi 10 mars 2010
Comme toujours les interventions d’Haroun outre leur clarté se caractérisent par leur pertinence et leur profondeur. Deux mises en garde à méditer sont en filigrane dans cet article. D’abord, les Guinéens doivent enfin se rendre compte que l’économie d’un pays n’est ni un don de dieu, ni le fruit du hasard. Le respect d’une certaine cohérence d’ensemble, à défaut de lois bien établies, est indispensable à la santé d’une économie et au bien-être des populations. Autrement nous aurons le même résultat que celui obtenu par un éléphant abandonné dans un magasin de porcelaine. Les décisions économiques dictées par des calculs politiques de peu profondeur ne peuvent qu’être préjudiciables au pays. Nous en avons pourtant déjà fait la douloureuse expérience depuis cinquante ans Ensuite ce gouvernement n’est en effet qu’un gouvernement de transition ; par conséquent il ne devrait ni être pléthorique, ni s’écarter de sa mission qui consiste à mettre en œuvre la transition. Il ne peut donner l’impression, d’autant qu’il n’en a pas les moyens, de vouloir mener atteindre l’objectif de développer la Guinée ; qu’il se contente, en marge de l’organisation de la transition, de gérer les affaires courantes. Personne ne lui en voudra de n’avoir pas pu développer la Guinée en trois mois ( c’est à peu près la durée qui lui est impartie). En sommes nous devons enfin abandonner les faux-semblants et nous engager dans la voie de la raison, pour une fois que nous en avons l’opportunité.
Balde, mercredi 10 mars 2010
Je dirai même plus. Qu`ont proposé nos chers leaders politiques pour réduire le coût de la vie du guinéen ou le déficit ? C`est là la preuve qu`il ne s`intéressent qu`aux élections et au pouvoir. Une fois en place, il ne faudra pas attendre grand chose d`eux et des opposants qui ne feront que critiquer sans proposer de solution.
A.T., mercredi 10 mars 2010
Mr Gandhi la situation est meme pire que vous ne le dites: notre PM et ses ministres passent leur temps a recevoir des delegations etrangeres et a assiter a l`ouverture et la cloture de tous les seminaires et reunions a perdiems. Le compte-rendu du conseil des ministres nous parle de contribution financiere pour Haiti !!! Nos chefs militaires doivent bien rigoler actuellement.
DIOP Moustapha, mercredi 10 mars 2010
Excellent article mon cher Haroun. A mon avis, il s`inscrit dans ce travail de veille permettant de suivre la politique guinéenne dans le processus de transition. Il faut qu`on commence à faire plus d`économie dans ce pays et moins de politique. Encore toutes mes félicitations.
Bangoura Ibrahima, mardi 9 mars 2010
Mon cher Gandhi, je te remercie pour cette article. En tant que membre du club nimbacap21, nous avons proposé un cadre de référence pour bien mener la transition. La notion de s`occuper uniquement et uniquement que de la transition y figure. Appelant le gouvernement de ne gérer que les affaires courantes sans de nouveau projet entrainant des décaissements du trésor public. Il faut croire que le pouvoir fait tourné la tête. Nous nous sommes battus tous ensemble pour l`avènement de la démocratie et de la bonne gouvernance, mais les responsables se succèdent et les mêmes erreurs se répètent. Quand je pense que le Premier d`entre eux "jean Marie Doré" a affirmé que les guinéens de l`extérieur ne comprennent rien aux problèmes guinéen, cela me laisse dubitatif. J`ose espérer que nos politiques à savoir les leaders majeurs sauront prendre le problème à bras le corps et qu`encore une fois de plus nous n`allons pas manquer l`histoire.
André Loua, mardi 9 mars 2010
Belle analyse, pleine de bon sens. On comprend alors pourquoi certains pensent que la Transition a déjà échoué. Ce pays a de sérieux problèmes. Il s`agit encore d`un autre rendez-vous manqué de l`histoire. L`élection présidentielle ne sera que de la poudre aux yeux.
Sékou Oumar Camara, mardi 9 mars 2010
M. Gandhi, quoi dire de plus? La Raison a abandonné la Guinée. Vivement qu`elle revienne le plus vite possible!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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