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Même si l'on peut se réjouir de voir les salaires des fonctionnaires augmenter, vu leur faible niveau actuel, il me parait surprenant de constater que, sans examen ni de la situation des finances publiques, ni du fichier de la fonction publique (dont font d'ailleurs partie les militaires), on procède à une augmentation unilatérale de 50% pour les salaires, de 30% pour les pensions. Y a-t-il un lien entre la présence des syndicats au gouvernement et cette mesure ?
En outre, ainsi que l'indique le Compte-rendu du Conseil des Ministres du 4 Mars, le projet (???) de budget 2010 est un « budget d'austérité, basé sur une évaluation objective du contexte économique et social de la Guinée - (où peut-on trouver cette évaluation ?) - et qui tient compte de la dégradation de ces principaux indicateurs de développement au cours de l’exercice écoulé. Avec un taux de croissance du produit intérieur brut négatif en 2009, un déficit budgétaire insoutenable - (pourquoi l'augmenter de manière considérable alors ?) -, l’État a accumulé des arriérés considérables - (qu'il faudra bien rembourser ?) - sur le service de la dette intérieure et extérieure avec comme corollaire une suspension de l’aide bi et multilatérale et de l’aggravation de la pauvreté. Le projet du budget 2010 tire les leçons - (comment ?) - légèrement constaté dans la gestion de l’exercice écoulé et traduit la nouvelle politique gouvernementale… ».
Pour mettre en musique ce constat, somme toute difficilement contestable, on découvre que la meilleure façon d'en tirer les conséquences est d'augmenter le traitement des fonctionnaires. Dette mise à part, ce qui pèse le plus sur le budget de l'État, est encore obéré davantage. Autrement dit au lieu de faire des économies, on augmente le déficit.
L'inflation est à venir
J'espère que la planche à billets ne va pas fonctionner pour absorber ce surcroit de dépenses publiques, car de façon MÉ-CA-NI-QUE (je ne rentrerai pas dans les détails, afin d'être compris par tous), l'inflation est à venir d'ici deux à trois mois, c'est-à-dire au moment des élections, si le chronogramme est respecté.
Que vont dire alors les Guinéens, en constatant que l'opposition, n'obtient rien de tangible sur le plan économique, et pire a accentué le coût de la vie ? Car ne nous-y trompons pas, si les fonctionnaires pourront plus facilement absorber ces hausses de prix à venir, il en va différemment pour l'homme de la rue, pour lequel le prix du carburant et donc celui des transports aura augmenté immédiatement (il a même augmenté de 30% passant de 5000 GNF à 6500 GNF), et sera confronté à la hausse des prix des autres produits ? Tout le monde comprend que le simple fait d'augmenter les frais de transport (sans parler d'autres considérations plus subtiles encore) relèvera le prix des produits (dès le prochain container même ?), simplement parce que les commerçants guinéens - même si on les considère souvent comme des analphabètes - établissent leurs prix de vente en fonction du prix de revient - ils savent donc compter en revanche.
L'État constate qu'il aura des difficultés à boucler les fins de mois, mais au lieu de prendre les mesures idoines, se lance dans une fuite en avant pour des motifs vraisemblablement politiciens. Comment comprendre en effet, autrement cette mesure démagogique ?
L'argent ne pousse pas sur les arbres
JMD avait dit que l'opposition guinéenne était la plus bête du monde, et comme je veux bien lui accorder qu'il n'en fait pas partie, cela signifie donc qu'il a d'autres desseins. Il ne peut pas se présenter aux élections présidentielles, mais rien ne lui interdit de devenir le Premier Ministre du futur Président élu. Et en dehors de la grande majorité silencieuse, il pense peut-être qu'il sera populaire chez certains, car il sera celui qui a augmenté le pouvoir d'achat des fonctionnaires. Est-ce là sa seule vision pour la Guinée ?
Sauf à me démontrer que cette mesure est parfaitement cohérente avec la politique d'ensemble dont on attend d'ailleurs la présentation (une mesure économique ponctuelle et déconnectée des réalités n'a aucun avenir), je trouve scandaleux de faire comme si demain, on rasait gratis ; car l'argent distribué ne pousse pas sur les arbres, et vient bien de quelque part. J'aimerais connaitre le budget prévisionnel et provisoire qui permet cette folie. C'est d'ailleurs un des aspects de la démocratie à construire, que d'avoir des éléments chiffrés, et non se contenter de constater que certains « mages » ont pensé pour nous.
L'État devra en effet trouver les recettes correspondantes à ce déficit encore accentué, et ce n'est en taxant la population, qu'il s'y prend de la meilleure façon.
Pour ne pas être dans la critique systématique, j'indique toutefois une solution qui aurait abouti à des résultats similaires. On pouvait dire aux syndicats par exemple : « vous avez six mois pour « nettoyer » le fichier de la fonction publique (indication des fonctionnaires fantômes, de ceux qui ne travaillent pas ou plus, des propositions de retraites y compris anticipées, de reclassement, de formation.... et même de démissions disciplinaires pour des malversations flagrantes....). Vous pouvez même imaginer un système qui récompenserait par des primes, le mérite de certains (y compris le fait d'être présent à son poste pendant 8 heures), afin de motiver davantage ceux qui travaillent ».
A l'issue de cette restructuration, la masse salariale prévue par exemple pour le nombre total actuel de fonctionnaires, serait restée la même, mais pour un nombre diminué, ce qui aurait entrainé une augmentation pour chaque individu, mais aucune pour l'État. En effet, si un fonctionnaire ne travaille qu'une heure par jour, cela signifie que le fonctionnaire « nouveau » peut remplacer 8 collègues (boutade !!!). La masse salariale ne bougera pas, mais ce fonctionnaire « nouveau » a multiplié virtuellement son salaire par 8 (ce n'est bien sûr qu'une hypothèse théorique, non réaliste de cette façon sur le terrain, mais cela permet d'indiquer une direction à prendre pour faire réellement des économies).
Une absence d'esprit de responsabilité
Par ailleurs, ce type de procédure permettrait de responsabiliser les acteurs des mouvements syndicaux, car ce qu'il manque en Guinée, c'est justement cet esprit de responsabilité. La majeure partie des fonctionnaires (y compris beaucoup de politiciens) pensent que l'État leur appartient, et en profitent, au lieu de le servir. Or l'État pour pouvoir tenir ses engagements, doit au moins obtenir quelque chose de ses agents (paiement pour service fait), ce qui est loin d'être le cas. Pour reprendre une expression guinéenne, l'État ne peut plus faire semblant de payer des fonctionnaires, qui font semblant de travailler : c'est l'un des changements fondamental à mettre en place.
Ce gouvernement ne doit s’occuper que de transition
En définitive, ce gouvernement qui n’est qu’un gouvernement de transition doit s’atteler à sa mission principale qui est d’organiser des élections libres, crédibles et transparentes. Les problèmes économiques guinéens sont sérieux et ne peuvent se résoudre par la simple décision d'un leader aussi charismatique soit-il. C'est un travail de longue haleine, qui nécessite de faire des efforts, ce qui suppose une pédagogie simple et claire pour tous, notamment en expliquant à la population d'où nous partons, où nous allons et ce que nous faisons pour y arriver (et tout cela de manière transparente). Il faut annoncer la couleur avant, et j'invite donc tous les citoyens à questionner les partis politiques sur leurs intentions réelles. Nous devons voter pour un programme et un projet politique, et non pas pour le sourire d'un homme...
Si des partis politiques prennent ce chemin, alors ils pourront avoir le soutien de l'ensemble de la population, y compris pour faire des efforts si cela débouche sur un progrès pour tous.
Un gouvernement déjà disqualifié
Il ne s'agit plus d'annoncer des mesures d'accompagnement ainsi intitulées :
Qu'a fait ce gouvernement de concret pour parvenir à stabiliser la monnaie ?
On n'en sait rien, alors qu'il serait même préférable de revaloriser la monnaie avant de chercher à la stabiliser.
De même, combien de fonctionnaires fantômes a-t-il débusqué ?
Aucun chiffre, juste une intention...
Les augmentations de traitement des fonctionnaires sont elles, bien réelles et chiffrées, alors que les autres mesures à prendre ne sont que des effets d'annonce destinées à faire passer la pilule amère, dues aux mesures réelles prises.
Il est temps de ne se concentrer que sur la mission qui lui a été confiée. Plus vite, il y parviendra, mieux ce sera, car en se montrant plus soucieux des avantages liés à l’exercice du pouvoir que de l’avenir de la Guinée, il s'est déjà disqualifié … avant même d'avoir commencé...
Haroun GANDHI
www.guineeactu.com
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