samedi 18 octobre 2008
Un Galema peut en cacher un autre
Saïdou Nour Bokoum

Je vais raconter simplement une ou deux anecdotes, qui ne valent certes pas démonstration, mais pourraient illustrer certaines analyses critiques et pertinentes qui ont précédé, qui répondaient à Galéma Guilavogui.

J’ai rencontré M. Galéma Guilavogui une première fois ou une série de fois dans le petit salon attenant au bureau du tout puissant ministre de la Jeunesse d’alors, Joseph Gbago Zoumanigui. Tout puissant parce qu’il présidait un comité interministériel en vue de réfléchir à une possible ouverture politique. Déjà ! C’était fin 92 ou début 93, je dis cela de mémoire, comme dirait M. Galéma. Figuraient dans cette commission entre autres Facinet Touré, Ahmadou Tidiani Traoré, le nom des autres m’échappe. Notez au passage, que Facinet était plus gradé que Gbago

Donc M. Galéma et moi évoquions des souvenirs de Lycée, que nous n’avions pas beaucoup en commun, nous n’étions pas de la même promotion. Il était un ou deux ans avant moi. On bavardait. Entre gens qui avaient fait le Lycée de Donka, et aussi diaspora revenus au bercail. Nous avions tous deux séjourné en Côte d’Ivoire, lui, après avoir été deux fois ministre du tyran du pays des geôles et moi en tant que coopérant des ex colonisateurs. M. Galéma, et je cite de mémoire, était d’accord avec moi, que le système était déjà en dérive dans l’ethnostratégie, que pour lui, en attendant qu’il puisse gagner honnêtement sa vie, il n’était pas question de se laisser enrober ni par les uns ni par les autres.

Les uns c’étaient les Somparé, Assifat, Solano, etc. Ils se réunissaient dans le tout petit bureau d’Assifat qui était alors secrétaire général, ensuite chez un ami des miens, un  des futurs pontes du P.U.P, homme d’affaires de son état, immeuble K… où il avait son bureau. Les autres, les Partis qui étaient déjà en place. C’était aussi ma position. J’étais là, comme contractuel. Ils ont tout fait pour m’enrôler. J’ai failli rédiger une mouture du préambule du R.D.P. Mais j’ai farouchement résisté. Somparé, je l’ai déjà raconté ailleurs, me lançait à chacun de ses passages, « Bokoum, quand est-ce que tu vas te déterminer… Bokoum, qu’est-ce que tu attends ?! »

C’est Gbago qui m’a sauvé.

-« Dites donc, foutez-lui la paix, du moment qu’il fait le travail technique qu’on lui demande, c’est l’essentiel. »

L’histoire a vite tourné. Gbago a disparu pendant les évènements de février 96, après s’être fait virer par qui l’on sait.

Quelle ne fut pas ma surprise de trouver Galéma, quelques mois après, hantant les hautes structures du P.U.P. qu’était devenu le R.D.P. !

La deuxième fois que j’avais rencontré Galéma, toujours dans un petit salon, c’était chez Djibril Tamsir Niane. Je venais juste de partir du journal de l’U.N.R., La Nouvelle République (qui avait été fondée par la future équipe du Lynx). Alpha Saliou Kourouma et moi, eûmes l’idée d’initier ce que l’on appelle aujourd’hui, de façon quelque peu ronflante, une structure de la société civile. Nous ne nous sentions pas bien dans les Partis, les meetings, « vive, à bas ! », etc. Cependant, nous voulions peser de quelque façon dans la dynamique sociale, en tout cas participer au changement, disons plutôt la transition en cours. J’ai mis W. Sassine et Ahmed Tidjane (l’artiste) dans le coup.

Nous fûmes ahuris, voire écœurés Alpha Saliou, Sassine et moi, de nous retrouver devant des ex et futurs caciques des deux républiques. Il y avait là, à part l’inévitable Kiridi Bangoura, dont la présence s’expliquait par ses liens familiaux avec Niane, au moins quatre ex ambassadeurs des deux républiques, un ou deux ex ministres de la première, là aussi je fais comme Galéma je cite de mémoire, donc il y avait justement Galéma, Bonata Dieng, un autre ex ambassadeur, Diallo quelque chose.., Ivone Condé, qui deviendra la première ministre des affaires sociales de Lansana Conté.

Bref on nous avait débordés, et Sassine qui n’avait ni sa plume ni sa langue dans sa poche, est rentré proprement dans le paquet de ces revenants.

« Non mais vous avez assez bouffé comme ça, qu’est-ce que vous foutez encore ici, surtout qu’il n’y a plus rien à bouffer.. »

Niane a voulu jouer les pompiers, mais on ne ferme pas sa gueule à Sassine.

Galéma est alors monté au créneau. D’un ton docte, ou doctoral, il expliqua qu’il avait reçu son « quitus » après son passage pendant je ne sais combien d’années à tel ministère P.D.G. et qu’il n’avait de leçon de patriotisme à recevoir de personne. Il était parti la tête haute, etc.

Peut-être voulait-il dire qu’il n’avait pendu personne, qu’il n’avait assisté à aucune pendaison et qu’il n’avait dénoncé aucun pendu ?

C’était un malentendu total entre lui et nous. Ce n’est peut-être qu’une coïncidence : mais Ivone Condé et Galéma se retrouveront ministres. Sassine va tirer sa révérence, Alpha Saliou navigue je ne sais plus dans quelle galère. J’oubliais, Kiridi deviendra super ministre des élections et il n’a pas dit son dernier mot !

Moi ? J’ai dit niet à Assifat, ministre tombeur de Gbago et futur puissant ministre des élections, jusqu’à ce que Le Tout Puissant eut décidé de le rappeler à Lui.

Ceci n’est naturellement pas une réponse à Galéma. Mais ça aidera les chercheurs à lui retourner les faits et les arguments pertinents. Moi je suis fatigué d’être un « intello ». Aux plus jeunes de faire leurs recherches, nous répondrons présents s’ils nous demandent des archives (de mémoire ou même scripturaires).

Sékou « Père du Non » ? Les archives de la section R.D.A.de Mamou sont là pour dire le contraire. Les rencontres avec les étudiants de la FEANF et leur position indépendantiste, dès les années cinquante, violemment combattue par un Sékou Touré, sont largement étalées dans «  Idéologies des indépendances » (1) du regretté Ives Benot (notre Helman du Lycée) qui était justement un des grands cadres venus aider la Guinée et Sékou Touré après le départ en catastrophe des Français : Ives Benot, Ki Zerbo, Moumini, Foté Memel, etc.

Je me souviens que quand, en 1961, on nous a embastillés à Sonfonia, après 72h de diète, on nous traîna au camp Samory pour interrogatoire. Personnellement, on me demanda n’importe quoi sur Helman alias Ives Benot ! Ils ont dû chercher à extorquer les mêmes « aveux », à Paramécie, futur éminent hématologue et Colonel de l’armée américaine, aujourd’hui à la retraite. Ils sont très informés ces flicards : A. D. et moi, on nous appelait les enfants d’Helman, parce qu’on arrivait à obtenir la moyenne en français. Plus sérieusement, on demandait à l’adolescent que j’étais de dénoncer l’humaniste Helman qui était venu aider la Guinée, avec un salaire qui lui permettait de se payer juste du lafidi.

C’était le complot des enseignants. Le premier (?) complot. Sékou avait, ce jour, cessé d’être notre « héros ». Manifestement il continue de l’être pour certains, dont Galéma.

Des réponses plus avisées, ont largement disqualifié cette étrange sortie de Galéma pour ne pas s’attarder sur des souvenirs qui cherchent seulement à éclairer ce nouveau positionnement de Galéma.

 

Un dernier souvenir tout récent, puisqu’il date de moins de trois mois, où l’on voit qu’un Galéma peut en cacher un autre. Galéma sur les ondes d’une radio privée, si ma mémoire est bonne, a eu des mots durs, souvent justes, peut-être même sincères, contre cette farce macabre de restitution des corps de nos concitoyens originaires de la Forêt, suppliciés dans un camp. Il y en avait une demi-douzaine, me semble-t-il. Les crocodiles ont versé des larmes dans lesquelles se noyaient des excuses de faux culs malgré leurs galons. D’ailleurs les corps n’étaient pas tous présentables : le formol a dû manquer – d’effet – au bout de plusieurs  années de purgatoire.

La question que je me pose à propos de cette sainte colère de Galéma, est la suivante :

La question que je me pose à propos de cette sainte colère de Galéma, est la suivante :

Les six morts  de la Forêt méritent-ils plus notre devoir de mémoire que les cinquante mille morts et/ou disparus des geôles du P.D.G, ou plus près de nous, les quelque deux cents trucidés de janvier-février 2007 ?

Honnêtement, je ne crois pas que Galéma ait subitement sombré dans un réflexe identitaire.

Il y a seulement qu’un autre Galéma se cachait derrière le premier, qui nageait dans la mare obscurantiste de l’Ecole guinéenne (2), au frontispice de laquelle est inscrite, nimbée d’une lumière glauque, la fameuse formule de l’honorable Somparé (3) : « LE P.D.G PLUS LE LIBERALISME ».

Galéma a seulement fait un pas de plus vers l’abîme où nous a conduits cette Ecole.

Saïdou Nour Bokoum
pour www.guineeactu.com

«« « « « « « O » » » » » » »

1)  Idéologies des Indépendances, Ed Maspéro (?)

2)  Qu’il ne faut assimiler à aucune école guinéenne, il s’agit, et plus d’un de mes précédents articles, toujours disponibles sur le Net l’expliquent, il s’agit donc ici, d’une idéologie (voir note ci-dessous)

3)  La formule complète : Le P.U.P., c’est le P.D.G. plus le libéralisme, fondement de l’idéologie post-P.D.G.de l’Ecole guinéenne

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Vos commentaires
Abdourahamane Saidou Baldé, mardi 14 décembre 2010
Mr Bokoum merci de cette remonté historique pour ns la jeunesse qui ne connaissons pas les cadres guinéens sauf de face. Vs nous édifiez à travers cet écrit nous comprenons qui est Galema ex ministre dépuis le temps de la 1ere République qui continue à occuper les postes stratégfique de l`Etat mais je crois mr Alfa Condé fera l`essentiel pour revoir sa stratégie de développement car la victoire à beaucoup d`amis et la défaite est personnelle.
Ansoumane Doré, mardi 21 octobre 2008
C`est une page d`"histoire vivante" de la Guinée que conte ici Saïdou Nour Bokoum avec l`art habituel qu`on lui connaît.Son témoignage n`est point de deuxième main, cela repose sur des rencontres avec des personnages en des lieux précis qui ne peuvent pas être réfutés, sauf mauvaise foi flagrante par les protagonistes.Ce genre de témoignage, on en redemande, comme disait, sur ce site à propos d`autre chose, Oumar Cissé. Comme le dit avec modestie Saïdou Nour,ce n`est pas une réponse à Galéma qu`il fait ici mais ce sont des éléments à un débat.Ce qui me frappe dans ce texte c`est le portrait de l`individu-type formé intellectuellement dans la culture du PDG.J`en ai rencontré à l`époque de l`apogée du PDG, en France, à Kinshasa (ex-Zaïre), à Abidjan, à Nairobi etc.Le proto type a été le même: manque de conviction sur une apparence de conviction; fond creux derrière des mots ronflants et sans signification concrète; dissimulation et utilisation peut-être inconsciente de la duplicité et de la tromperie. Ces traits de caractère ont dû indélébilement marqué plus d`un à jamais. Le témoignage de Saïdou Nour est à conserver dans nos archives.
Kylé, lundi 20 octobre 2008
Merci, mon frère Nour Bokoum pour ce témoignage. Maintenant, je te "reconnais" car on écrit, pas pour soi, mais pour être lu et compris, que soit conducteur de "magbana" ou autre....
DRAHAMANE, dimanche 19 octobre 2008
Excellent temoignage.Les 4 vérités sont un vaccin anti double jeux.
tutankhamon, samedi 18 octobre 2008
Toutes les energies de tout horizon confondu contribuent a faire de Galema un homme populaire qu`il ne merite pas d`etre.Galema est un vieullard senile qui ne merite pas autant d`interet.de toute maniere merci monsieur BOUKOUM de votre fraiche memoire.
Balde MS, samedi 18 octobre 2008
Partout ou irez mes prieres vos accompagneront, vous etes une bibliothq ambulante pour nous, Que le tout puissant vous accorde une longevite, vous permettant de voir les fruits du changemnt pour lequel vous continuez a vous battre...Amen. Vous etes un hero national, tres mallheureusment ce sont les vautours qui distribuent les medailles de notre peuple aux individus qui ne meritent que du chatiment populaire....Qu`allah vous protege et protegent tous ceux qui se battent pour le devlpmnt de notre pays. Ceux qui font le contraire, que le tout puissant les convrtisse en patriote

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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