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Les élections présidentielles guinéennes de l’an 2010 auraient dû avoir un seul vainqueur: la République de Guinée. En tout cas nombreux parmi nous l’avaient souhaité. Nombreux parmi nous ont prié pour cela. Nombreux ont même fait des sacrifices énormes pour que la Guinée sorte de ce processus grandie et prête à relever les défis de l’impunité, de l’injustice, de la mal gouvernance et de la pauvreté. Nous savions surtout que nous ne serions jamais en mesure de relever ces défis sans préserver la paix, l’unité et la concorde nationale. Mais hélas ! C’était sans compter avec l’esprit maléfique de certains guinéens.
L’entre deux tours a été marqué par la démolition systématique des piliers fondamentaux de notre nation grâce à la chasse organisée et perpétrée contre une composante importante de notre pays en Haute Guinée, la bonification de l’ethnocentrisme, la banalisation du crime haineux fondé sur les considérations ethniques et régionales et l’érection en vertu du mensonge, de la corruption et de la manipulation. A l’origine, l’idéologie tribaliste et ethnocentriste désignée sous le vocable « d’Alliance Naturelle » dont les dirigeants actuels et ceux de la période transitoire ont été les concepteurs et réalisateurs.
Aujourd’hui, après plusieurs décennies de sacrifices et de prières pour un lendemain meilleur pour tout le peuple de Guinée, nous nous retrouvons devant des défis encore plus importants. En effet, depuis l’installation du Professeur Alpha Conde comme Président de la République de Guinée, l’espoir des guinéens s’est brutalement transformé en cauchemar et la boucémerissation est devenue un principe de gouvernance, le tout fondé sur une tribalisation à outrance de l’Etat et le terrorisme d’Etat.
Au moment où les victimes des nombreuses répressions passées crient à l’aide pour une justice, le nouveau Président a planté le décor en optant, face aux nombreux crimes de sang, pour le pardon à bon marché. Ce choix le met dans le sillage d’une catégorie de politiciens guinéens bien connus qui, par crainte d’offenser, ou de se faire rabrouer, sont devenus maitres dans l’art de spiritualiser leur refus de confronter le criminel. Ils estiment tous en cœur qu’il vaut mieux pardonner. Personne n’est contre le pardon, mais tel qu’il se recommande en Guinée, nous courrons le risque de rester dans le déni et donc dans l’incapacité de guérir, refouler l’amertume. Cette situation conduit immanquablement à ériger l’impunité en vertu. Pour le Professeur Alpha Conde une telle attitude signifie qu’on ne saurait condamner autrui pour un crime qu’on a soi-même commis et/ou qu’on s’apprête soi-même à commettre ?
En plus, en s’attaquant de façon sélective aux « auteurs » de crimes économiques à travers des « audits » faits dans une confusion et un amateurisme béant, on se rend compte que le seul intérêt recherché est l’opportunité de chantage et de règlements de compte contre les adversaires politiques.
Derrière l’acharnement contre les operateurs économiques, se cache une manœuvre de diversion qui vise à détourner l’attention des populations sur les vrais problèmes. Nous avons un gouvernement en place depuis bientôt trois mois qui n’arrive pas encore à produire une simple politique d’orientation. De même, en trois mois, aucune solution aux nombreux problèmes dont la population est confrontée ne semble pointer à l’horizon. En clair, nous nous trouvons devant la situation du professeur qui rabroue son élève qui lui a posé la question dont il ne connaît pas la réponse. C’est dépasser cela !
Devant ce tableau plutôt sombre, nous avons besoin, pour pouvoir continuer la lutte, de nous rappeler les raisons profondes qui ont motivé et qui motivent encore le noble combat mené par nos ancêtres et par nous-mêmes depuis des décennies. Il s’agit de la conquête de la liberté, de la préservation de la dignité humaine, de la lutte pour la justice – la bonne gouvernance et la démocratie. Nous devons non seulement lutter pour empêcher de nouvelles victimes, aider ceux et celles qui souffrent, mais aussi et surtout préserver les acquis. L’un de ces acquis est sans nul doute la liberté de la presse obtenue de haute lutte.
La lutte pour ces valeurs cardinales est en cours dans notre pays depuis avant notre accession à l’indépendance le 2 octobre 1958. Nous luttons pour la démocratie par exemple pour garantir la paix dans notre pays. Et dans cette lutte pour la paix par la démocratisation, l’assistance aux médias doit être considérée comme un des moyens pouvant contribuer à lutter contre des fléaux qui règnent dans notre pays et qui sont un facteur important de pauvreté et de conflit potentiel, à savoir la corruption, le terrorisme d’Etat, l’impunité, et l’ethno-stratégie.
Une telle assistance devrait avant tout renforcer la formation. En effet, les journalistes initiés au journalisme d’enquête sont mieux à même de fouiller davantage leurs sujets et sont à priori mieux outillés pour dévoiler au grand jour, les cas de manipulation honteuse et méchante de la population comme celui « d’empoisonnement des militants de l’arc-en-ciel par les peulhs » les cas de corruption ; ce qui oblige les dirigeants d’institutions publiques à plus de transparence et de responsabilité.
La promotion de la viabilité économique des médias indépendants et leur soutien financier et matériel est une stratégie indispensable qui s’impose aujourd’hui à nous. Elle nous permet non seulement de combattre l’impunité en mettant à nu les auteurs des crimes passés, mais aussi de prévenir d’autres crimes.
Le Fonds ambitionné vise à nous doter de mécanismes permanents et efficaces de financement de l’assistance aux medias et de payement des honoraires d’avocats engagés dans les poursuites judiciaires contre les criminels auprès des tribunaux nationaux et internationaux. Il vise aussi à apporter une aide efficace et constante aux nombreuses victimes et à leurs familles.
Nous lançons ainsi un appel à tous les guinéens épris de paix, de justice et de liberté à supporter ce fonds pour que vive une presse libre - professionnelle et indépendante en Guinée, une justice pour tous et une impunité zéro.
A tous les Guinéens qui restent silencieux face aux attaques répétées contre une partie du peuple, je rappelle cette citation du Pasteur allemand Martin Niemöller à propos de l’indifférence:
« Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n'ai rien dit.
je n'étais pas communiste
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n'ai rien dit.
je n'étais pas syndicaliste
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n'ai rien dit.
je n'étais pas juif
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n'ai rien dit.
je n'étais pas catholique
Et puis, ils sont venus me chercher.
Et il ne restait plus personne pour protester»
Le véritable problème aujourd’hui dans notre pays n’est pas seulement la violence qui s’abat sur certains de nos compatriotes, mais le silence des autres guinéens. En agissant ainsi, ceux-ci croient se protéger, considérant que le malheur n’arrive qu’aux autres, sans savoir que leur attitude les met dans une logique d’attentisme religieux de leur propre tour. En ces temps d’indignation sélective, il faut que les compatriotes épris de paix et de justice redoublent d’effort pour dénoncer haut et fort tous les actes de violation des droits et libertés que le nouveau régime est entrain de commettre. Le « Professeur » Alpha Conde a clairement démontré qu’il n’incarne pas le changement. Son avènement nous retourne chaque jour des années en arrière tant les fondements de la nation guinéenne sont quotidiennement sapés au rythme des manipulations aux élans ethnocentristes.
Faya L. Millimouno
www.guineeactu.com
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