|
C’est un vrai pogrom que l’Alliance Arc-en-ciel et le RPG d’Alpha Condé ont orchestré contre les populations peules qui habitent en Haute-Guinée, dans certaines régions de la Guinée-Forestière et dans la capitale guinéenne.
Les militants de l’Arc-en-ciel et du Parti du « Rassemblement du Peuple de Guinée » se sont livrés à des violences sans précédent contre les Peuls dans les préfectures de Siguiri, Kouroussa, Kérouané et Kankan (Haute-Guinée), Kissidougou et N’Zérékoré (Guinée-Forestière) et à Conakry. Ce parti politique dont l’ethnocentrisme de certains de ses militants et responsables se confirme de plus en plus mérite désormais l’appellation de Parti de « Rancœur contre les Peuls de Guinée ».
Les violences du RPG sont inédites et leur ampleur se passe de tout commentaire. C’est pourquoi, j’emploie le terme de pogrom. A cet argument, il faudrait ajouter le passé idéologique et politique d’Alpha Condé dont l’orientation socialo-communiste d’inspiration soviétique est connue de tous.
En effet, on parle de pogrom dès lors qu’il y a « un assaut, avec pillages et meurtres d'une partie de la population contre une autre ». Le terme qui est d’origine russe fut employé dans le massacre des Juifs dans ce pays et emprunté par d’autres langues.
Autant dire qu’on peut parler de pogroms dans le cas d’autres minorités ethniques dès lors qu’elles sont circonscrites dans une aire géographique qui les rend vulnérables et numériquement inférieures. C’est le cas des peuls dans les régions précitées. En outre, les actions dont cette population a été victime s'accompagnent de pillages, mais aussi de destructions des biens personnels, communautaires, de viols et d'assassinats. La seule question qui se pose, c’est de savoir si cette « brève explosion de violence d'une communauté contre un groupe qui vit au milieu d'elle-même » (Raul Hilberg 1926-2007) se limitera à un simple soubresaut ethnique ou si elle perdurera au risque de provoquer un embrasement incontrôlable.
Quoi qu’il en soit, ce n’est malheureusement pas la première fois que l’ethnie peule est une cible en Guinée. La première date de 1976, lorsque Sékou Touré a eu cette affirmation : « Je déclare la guerre aux Peuls ». Plus qu’une phrase, c’était un appel à massacre. Au génocide tout simplement. Telly Diallo, ancien Secrétaire Général de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), on s’en souvient, avait servi d’alibi politique dans la logique d’élimination des Peuls par le Parti Démocratique de Guinée (PDG).
Cependant, la violence du 19 octobre et des jours qui ont suivi contre les Peuls est un fait inédit. Le fait que ce soit un parti politique qui ne détient pas le pouvoir qui se déchaîne contre une composante de l’entité nationale est à plus d’un titre effrayant. En effet, dans l’histoire politique des pays ou des Etats, ce sont les systèmes qui contrôlent l’Exécutif, c’est-à-dire le pouvoir, qui exercent le plus souvent la violence contre une partie de la population. Ce qui fait que le cas guinéen soulève beaucoup d’interrogations.
Comment un parti politique qui ne détient pas le pouvoir peut-il se livrer à des exactions contre des citoyens du fait de leur origine sociale ou ethnique et de leur appartenance politique ? Quel rôle le système politique en place joue-t-il dans cette affaire de sécurité nationale ? Que fait-il de son devoir primordial d’assurer la sécurité de tous les citoyens ? Y aurait-il connivence, complicité, indifférence ou bienveillance à l’égard du parti dont les militants sont victimes d’exactions ?
Ces exactions ne seraient-elles pas un prélude à des violences encore plus graves ? Plus clairement, ces attaques armées contre les Peuls et de leurs biens dans une zone que le RPG considère comme sa chasse gardée ne sont-elles pas un test au cas où il y aurait des fraudes électorales au détriment du candidat originaire de la Moyenne-Guinée ? Quelle sera la réaction des populations de la Moyenne-Guinée lorsque leurs concitoyens chassés des régions de la Haute-Guinée et d’ailleurs arriveront dans un état de dénuement matériel et de délabrement physique ? Quelles conséquences le pays encourt-il si les gens se laissent entraîner par un parti qui fait de la violence son arme politique ?
Si certaines interrogations ne peuvent avoir des réponses immédiates, il est clair que les violences contre une partie de la population quelle qu’elle soit expose le pays à une explosion de violences. L’approche du second tour de la présidentielle dans le contexte actuel est plus qu’un risque, mais un danger qu’il faut prévenir avec la plus grande sérénité. Hélas, l’Arc-en-ciel d’Alpha Condé en provoquant les violences contre les Peuls a indiscutablement un but avéré : faire des morts, détruire les biens et humilier cette population qu’Alpha Condé en personne a qualifié d’étrangère. Il a tout récemment appelé les populations de Guéckédou, préfecture de la Guinée-Forestière, « à ne pas voter pour Cellou Dalein Diallo car les Peuls sont des étrangers ». Il renchérit ce propos ethnique en ces termes : « Ce pays n’appartient pas aux Peuls. »
C’est au cours de la tournée électorale durant laquelle il a tenu ces propos que les populations ressortissantes de la Moyenne-Guinée ont été les cibles des militants du RPG et de l’Arc-en-ciel. Les atrocités commises ne suffisant pas aux yeux d’Alpha Condé, il a imaginé un scénario catastrophe en empoisonnant ses propres militants et sympathisants le jour de son retour de campagne à Conakry. Il ose même réclamer de la compassion pour les propres crimes et manigances qu’il a commises.
Il faut savoir qu’Alpha Condé n’en est pas à son coup d’essai. Il avait monté le même scénario d’eau empoisonnée en 1993 et 2008. Il avait accusé son adversaire de l’époque, le Général Lansana Conté d’avoir empoisonné les pompes de Conakry et les réservoirs de la Société des Eaux de Guinée. On s’étonne que personne n’ait rafraichi la mémoire, sûrement pas très fraîche, de notre professeur qui est plus laborantin qu’autre chose. Ne soyons pas étonnés s’il monte un nouveau coup-fourré qui, cette fois-ci serait plus dramatique, voire tragique, que pathétique.
Le comble de tout, c’est l’appui apporté par Jean-Marie Doré à la trouvaille de son poulain en déclarant que les résultats médicaux que ces empoisonnements relèvent du secret d’Etat. Une manière de camoufler la forfaiture de son coéquipier du RPG. Plus cynique et révoltant, le relèvement de ses fonctions de Dr Fatoumata Binta Mambadion. Une personnalité incontestée bien connue du monde médical guinéen à l’image du Professeur (cette fois-ci, au sens académique du terme) Oumou Younoussa (Bah) Diallo.
Le seul crime de Dr Binta : avoir refusé de mentir sous serment. Ah ! Neutralité du gouvernement de transition où es-tu ? Au secours, la Guinée est en train d’être dorée par Jean-Marie !
Alpha Condé ne recule devant rien d’autant plus qu’il n’a rien à perdre. Il ne se sent guinéen qu’à l’occasion d’échéances électorales. Il est malinké par défaut et la plupart de ces derniers l’ont choisi pour la même raison. Sinon, il est de notoriété publique que c’est Lansana Kouyaté qui a ravi la troisième place à Alpha qui, lui-même, a ravi la seconde à Sidya Touré. Les raisons sont encore ethniques et d’ordre culturel. Les conservateurs du RPG n’entendaient pas être dirigés par un de leurs serviteurs. D’où l’éjection de Kouyaté qui avait été pressenti pour remplacer le vieil opposant. Mais, comme d’habitude le conservatisme a eu raison de l’allié à qui « vrai malinké » rappelait naguère le statut au sein de la communauté de la Haute-Guinée. Comble de tout, cet Alpha-là ose taxer les autres d’ethnocentrisme.
Je n’insisterai pas davantage sur l’attitude et le comportement d’Alpha Condé qui explique mieux que quiconque ce qu’il est dans son livre « Guinée, Albanie de l’Afrique ou néo-colonie américaine ? ».
Une chose est claire : Alpha Condé a programmé les violences contre les Peuls et les autres ethnies. Les qualificatifs de « mangeurs de sang » qu’il a attribués aux Forestiers ne sont pas moins ethnocentriques que les propos qu’il a tenus contre les peuls dans sa campagne électorale. Les Soussous n’ont guère été épargnés au temps du Général Lansana Conté.
Il est incontestable que les stratégies d’Alpha Condé se succèdent et ont toutes le mêmes buts.
Isoler et discréditer les Peuls et provoquer des conflits interethniques
Dès son arrivée en Guinée, Alpha Condé a ciblé les militants de ses adversaires politiques. Qu’il s’agisse de ceux de Sidya Touré, de Lansana Kouyaté, Lounsény Fall, Cellou Dalein Diallo, Abé Sylla, Papa Koly Kourouma ou de tout un autre. Une fois qu’il a connu son principal adversaire du second tour, en l’occurrence Cellou Dalein, il a réorienté sa tactique. Ainsi, les Peuls qu’il haïssait déjà feront l’objet de toute la rancœur qu’il avait contre eux et contre les autres ethnies.
De ce fait, Alpha Condé cherchera à isoler les peuls en les coupant des toutes les ethnies guinéennes. C’est l’explication la plus plausible des empoisonnements d’eau et de yaourt du 22 octobre 2010 à Conakry. L’accusation sans fondement et de manière catégorique des Peuls dans le mépris de toute analyse médicale et scientifique en est la preuve. La raison est simple : il fallait à Alpha Condé, non seulement un moyen, mais aussi une occasion pour rebondir après la découverte des fausses listes électorales que son parti a distribuées dans tout le pays.
Diviser l’Alliance Cellou Dalein Président et la couper de la base
L’autre but d’Alpha Condé et de son arc diabolique, c’est d’opposer les Peuls aux populations de la Basse-Guinée. L’adhésion de ces dernières aux idées des principaux leaders des partis politiques de l’Alliance des Bâtisseurs est un vrai cauchemar pour Alpha Condé. Il croit que le mépris avec lequel il a traité le Général Lansana Conté est dans les oubliettes. Cependant, cette attitude est encore vivace dans l’esprit de tous ceux qui considéraient le Général non plus en simple président, mais en notable. Convenons qu’il est effarant d’entendre une personne qui dresse une partie de la nation contre une autre parler d’unité nationale et de gouvernement d’union nationale.
En empoisonnant les gens, parmi lesquels les ressortissants de la Basse-Guinée, Alpha Condé était persuadé qu’il allait pousser les Soussous à se joindre à ses militants pour brutaliser les Peuls et détruire leurs biens. Mais, il a failli atteindre son but car, en lieu et place, ce sont des agents de la police et de la Force Spéciale de sécurisation du Processus Electoral (FOSSEPEL) qui feront la besogne : arrêter, brutaliser, violer et tuer des innocents militants et sympathisants de l’Alliance des Bâtisseurs.
La garde présidentielle ne sera pas absente de certaines exactions. Ainsi, le défenseur des droits civiques, le Président de l’Observatoire National des Droits de l’Homme en Guinée (ONDH) Mamadou Aliou Barry, a été victime d’une brutalité d’une rare violence de la part de ce corps de sécurité. Son seul crime, c’est d’avoir dénoncé les vols, viols, arrestations et meurtres d’innocents citoyens. Le caractère ethnique n’est aucunement à exclure de l’acharnement sur cet homme qui n’a pas hésité de dénoncer l’injustice depuis les événements tragiques du 28 septembre 2009.
Cependant, aux noms cités s’ajoute celui de M. Bah Oury qui a échappé de justesse à la brutalité de la même garde présidentielle. Il a en revanche essuyé les foudres de Jean-Marie Doré qui n’a pas hésité de le menacer publiquement. Si on sait que tous les deux sont des rescapés du 28 septembre 2009.
Tous ces événements sont intimement liés aux maux et malheurs qu’Alpha Condé draine derrière lui et ne sont pas comptabilisables tant ils sont nombreux. La question qui se pose, c’est quel comportement citoyen et responsable les leaders de l’Alliance des Bâtisseurs, les Guinéens épris de paix et de justice et soucieux de la cohésion sociale doivent adopter. Quelle sera la réaction du Président de la transition face à l’injustice subie par les militants de l’Alliance Cellou Dalein ?
La première des dispositions à entreprendre, c’est de sécuriser les populations chassées des régions de la Haute-Guinée et de la Guinée-Forestière. Ensuite, éviter l’extension du conflit et les règlements de compte. Pour ce faire, le Président de la transition et les deux leaders doivent s’impliquer. Plus que les paroles et les bonnes intentions, les deux prétendants au pouvoir présidentiel doivent être jugés sur les faits. Alpha Condé devra présenter officiellement ses excuses aux populations brutalisées et chassées par ses militants.
Deuxièmement, les élections doivent être annulées dans toutes localités, communes et régions où les citoyens ont été chassés du fait de leur appartenance politique ou ethnique. C’est la meilleure manière de prévenir de nouveaux dérapages. Notamment, lors des élections législatives.
C’est le lieu de saluer la sagesse de la Moyenne-Guinée qui a officiellement annoncé son opposition à tout esprit revanchard et tout règlement de compte. Le contraire serait faire le jeu d’Alpha Condé qui n’est pas à confondre avec les Malinkés en tant que composante sociale. Seuls certains militants illuminés du RPG sont tombés dans le piège pour se livrer à des actes criminels qui risquent de leur coûter très cher. Il ne serait pas étonnant que les auteurs et les commanditaires de telles exactions se retrouvent devant les tribunaux des droits de l’homme.
Les alertes d’organisations internationales de défense des droits de l’homme des Nations-Unies comme Human Right Watch, Amnesty International et autres organisations sont, espérons-le, un prélude à d’éventuelles sanctions.
Enfin, les Guinéens ne sont pas dupes. Ils se sont réveillés à la démocratie. Ni menaces et intimidations, ni brodequins et armes ne pourront avoir raison de leur détermination à élire librement et démocratiquement leur futur président. Tout indique que les résultats du premier tour seront confirmés à la hauteur de la maturité politique des citoyens qui ne céderont pas à la division insufflée par des va-t-en guerre.
Mon souhait, c’est que le message de paix du Fouta, mais aussi et surtout celui des leaders de l’Alliance Cellou Dalein Président interpelle les autres communautés. Notamment, la communauté malinké dont les sages ont quelque peu manqué de clairvoyance ces derniers temps en prenant position en faveur d’Alpha Condé au seul motif qu’il serait leur fils.
Les Guinéens doivent se ressaisir et cultiver plus que jamais la paix et extirper l’ethnocentrisme de leur cœur.
Espérons qu’Alpha Condé et son alliance Arc-en-ciel entendront le message.
Lamarana Petty Diallo
www.guineeactu.com
|