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Il y a longtemps, vivaient au pays de Kankan des ethnies paisibles qui aimaient tellement la démocratie qu'elles avaient tenu à donner à chaque habitant le nom d'un parti politique. Dans les rues de Kankan, il était ordinaire de rencontrer un petit PDG, une petite UFDG, un bébé RPG, un adolescent GPT, un gamin NGR, un adulte RDR, un vieux RDIG et une vieille UFD. Certains citoyens de Kankan avaient une mère PUP, un père CDP, une sœur UDG, un oncle UFR, une tante UPR et une nièce PEDN. Chaque habitant de Kankan était un parti politique. Un jour, quelques grands bandits se présentèrent devant le palais présidentiel, se déclarant fabricants de partis politiques imbibés de démocratie. Ils sont parvenus à convaincre le Président qui était déjà mort mais qui n'était pas encore enterré, qu'ils pouvaient fabriquer les meilleures démocraties qui puissent exister dans le monde. Ils se sont déclarés experts en démocratie et ont même montré leur grande usine CNDD qui allait servir à la fabrication de ladite démocratie.
Le fougueux tonton Dadis, le magicien Pivi, Toumba le perdu, Keita l'ignorant et El Tigre Konaté ont promis une démocratie magique qui était inodore, incolore et invisible. Le président mort qui n'était toujours pas enterré, le colonel du CMRN devenu Général et président démocratiquement élu du PUP, le nouveau père de la nation qui était bien mort, leur donna son accord parce qu'il était surpris et content par les propos des bandits. Il leur demanda de commencer immédiatement le boulot. Le grand bandit national qui de temps à autre, jouait le rôle du comédien national par le truchement du Dadis Show, qui avait une connaissance profonde des ethnies de Kankan, débuta à mimer les présentations grandioses sur la démocratie que ses amis et lui étaient en train de créer. Les gouverneurs, les ministres, les chefs religieux et les populations ordinaires sont venus le voir pour lui dire que c'était lui-même qui devait rester au pouvoir pour occuper de manière permanente la place du président Général mort et désormais enterré.
Tous les grands intellectuels bandits, les politiciens sans vergogne et autres criminels sont venus visiter les grands chantiers de la démocratie du troisième père de la nation Dadis Camara. Ils étaient tous très contents de parler de ses bonnes qualités de la démocratie invisible que personne n'avait...vue.
Un grand défilé national fut enfin organisé le 28 septembre pour permettre au propriétaire de l'usine CNDD qui était désormais le président autoproclamé du pays de Kankan de présenter à ses collègues étrangers ses grandes réalisations démocratiques. Avant la cérémonie, le bandit en chef tenta de voir les grands travaux réalisés par Ben Cherif et Moussa. Il fut surpris de rencontrer le néant. Malgré la surprise et la déception, il a fait semblant d'aimer l'excellent travail qui a été "accompli." Il félicita chacun et chacun est devenu Grand Commandeur de l'Ordre National de Kankan.
Au défilé du 28 septembre, les civils ont été accueillis par le feu militaire. Les militaires étaient partout. Le CNDD était toujours militaire, la justice était militaire et les fusillades étaient faites par des militaires. L'opinion internationale qui nous avait habitués à ces bêtises, appela au calme. Le bandit en chef continua à faire semblant d'admirer la grande démocratie qui défilait sous ses yeux. Ben Cherif et ses amis continuèrent à applaudir ce qui n'existait pas. Mais tout d'un coup, Docteur Toumba décida de mettre fin aux illusions des habitants de Kankan en leur faisant remarquer que la démocratie version Dadis était dans le pétrin.
Comme vous le remarquez, je n'ai fait que reprendre à ma manière, "les habits neufs de l'empereur" de l'écrivain Danois Hans Christian Anderson (1837). La démocratie version CNDD n'existe pas ! Il ne sert à rien de persister dans l'illusion. La démocratie n'est pas une recette magique qui peut résoudre tous nos problèmes. Tout comme elle n'est pas nécessairement une bonne chose pour toutes les situations. La démocratie doit non seulement évoluer par étape, elle doit également être accompagnée de la création d'une société civile et d'un développement économique.
Seydou COULIBALY
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