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Le 1er Président de la Cour Suprême n’a pas tergiversé. Le 11 mai dernier, le magistrat Mamadou Sylla a pris une ordonnance nommant les 5 membres du Collège médical prévu par la nouvelle Constitution. Ils sont chargés d’examiner l’état de santé des candidats à l’élection présidentielle du 27 juin prochain.
C’est donc le début de l’application d’une des nouvelles dispositions (l’article 29 alinéa 1er) de la Constitution concoctée par le Conseil National de Transition (CNT) et promulguée la semaine dernière par une Ordonnance du président de la Transition le général Sékouba Konaté.
Depuis la publication du quintet de médecins appelés à cette redoutable tâche, la parlotte enfle dans les cafés et autres points de ralliement de gens férus de la chose politique. Sur la qualité professionnelle desdits médecins, les observateurs sont unanimes à reconnaître qu’ils sont des experts chacun en leurs domaines. Il s’agit de Professeur Madigbè Fofana au Service de Cardiologie de l’Hôpital national Ignace Deen, Docteur Alpha Amadou Sank Diallo au Service de Médecine interne de l’Hôpital national Donka, Docteur Mohamed Hawada au Service de Médecine interne de l’Hôpital national Ignace Deen, Professeur Amara Cissé au Service de Neurologie à l’Hôpital national Ignace Deen, Docteur Sélé Kourouma au Service de Neurologie de l’Hôpital national Ignace Deen. Les cinq doivent prêter serment ce jeudi 13 mai à la Cour Suprême.
Ceux des critiques qui se font un peu médisants sur ce groupe médical de choc émettent l’espoir qu’ils sauront faire preuve d’une moralité irréprochable, afin de ne pas lésiner sur les critères médicaux devant sous tendre le ‘’passage au scanner» de nos « chers présidentiables ».
Toutefois, les discussions sont plus vives, houleuses voire acrimonieuses lorsqu’il s’agit de parier sur les leaders qui s’en tireront sans anicroche et ceux qui risquent de se faire recaler pour des raisons de santé douteuse. Là-dessus, certains s’appuient déjà sur les spécialités des médecins choisis: médecine interne, cardiologie et neurologie. C’est déjà la panique à bord. Etant entendu que c’est le mystère sur la palette de maladies qui risquent d’être épinglées. « Chaque Guinéen est malade de quelque chose », a martelé un militant comme pour se consoler avant le verdict des médecins. Un autre tente de dédramatiser en affirmant qu’il ne s’agit-là que d’une simple formalité.
En tout cas, les militants des différents partis dont rien ne semblait jusque-là empêcher la candidature se font, à tort ou à raison, des cheveux blancs. L’inquiétude monte dans leurs poitrines. L’on sait que certains leaders politiques mouillent leurs chemines dans l’arène politique depuis des mois. Avec dans leur viseur la grande soirée électorale.
Une chose est sure, cet article de la Constitution relookée par l’équipe de Hadja Rabiatou Serah Diallo, la présidente du CNT, ne devrait pas être du goût de tous les acteurs politiques guinéens. Mais, pouvaient-ils seulement le dire de vive voix au risque de se faire jeter l’anathème sanitaire dessus?
Pour le moment, l’on est curieux de savoir comment nos batteurs d’estrade vont se soumettre à ce « diktat constitutionnel » dont beaucoup d’entre eux se seraient allègrement passés. Les Guinéens qui ont encore en mémoire les déboires que la santé fragile de leur deuxième président le général Lansana Conté a causés à leur pays, semblent à priori favorables à cet examen destiné à juger de la santé mentale et physique de ceux qui prétendent à la gestion de leurs destinées. Les résultats de cet exercice vont-ils les satisfaire ? Attendons de voir. D’ici-là, on croise les doigts…
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
Liste des cinq membres du Collège médical
Ordonnance du 1er Président de la Cour Suprême
- Vu la Constitution en son article 29 alinéa 1er
- Vu la lettre numéro 010/049/PP/CS du mai 2010 du Premier président de la Cour Suprême
- Vu la lettre 824/NSP/cadre du 10 mai 2010 du ministre de la Santé et de l’Hygiène publique
- Ordonne : Les médecins dont les noms suivent spécialistes dans les domaine de la Médecine interne, de la Cardiologie et de la Neurologie sont désignés pour constituer le Collège médical chargé d’examiner l’état de santé des candidats à l’élection du président de la République:
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Professeur Madigbè Fofana au Service de Cardiologie de l’Hôpital national Ignace Deen
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Docteur Alpha Amadou Sank Diallo au Service de Médecine interne de l’Hôpital national Donka.
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Docteur Mohamed Hawada au Service de Médecine interne de l’Hôpital national Ignace Deen
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Professeur Amara Cissé au Service de Neurologie à l’Hôpital national Ignace Deen
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Docteur Sélé Kourouma au Service de Neurologie de l’Hôpital national Ignace Deen.
Les intéressés prêteront serment devant la Chambre constitutionnelle et administrative de la Cour suprême avant l’accomplissement de leur mission.
Conakry, le 11 mai 2010
Signé Mamadou Sylla, Premier Président de la Cour Suprême
Des leaders politiques réagissent
Bah Ousmane Pdt de l’UPR
« Nous trouvons cela normal »
« La première des choses, moi, je veux faire remarquer que nous, nous sommes très légalistes. Si la loi dispose qu’un Collège médical soit mis en place, afin d’examiner l’état de santé des potentiels candidats à la présidentielle, nous trouvons cela normal. Et il faut faire remarquer que c’est une première en Guinée. Si tout ceci c’est pour donner de la transparence au processus électoral, c’est absolument salutaire. Il faudrait aussi dans la pratique qu’on puisse connaître l’état de santé de ceux qui nous dirigent. Par expérience, nous avons vu ce qui s’est passé ailleurs, et nous avons vécu notre propre expérience, nous avons vécu une situation terrible. Donc personnellement du point de vue légal, je ne trouve pas d’inconvénient. Surtout si cela apporte à la transparence du processus, ça ne me dérange pas. Il faut absolument connaître l’état de santé de ceux qui nous gouvernent. Moi personnellement, je me soumettrais à l’examen de ce Collège médical. On n’est jamais sûr de ce qui se passe dans l’organisme humain. La carapace peut paraître intacte, alors qu’à l’intérieur, il se passe des choses. »
Lounceny Fall, Pdt du FUDEC
« Nous voulons un président sain de corps et d’esprit »
« Je souhaite que les choses se passent honnêtement et que l’on dise l’état de santé de chaque candidat. Nous voulons un président sain de corps et d’esprit pour nous éviter ce que nous avons connu dans ce pays. Le président du FUDEC est prêt à se soumettre à tous les textes. J’ai l’habitude de le faire à chaque six mois, et ce n’est pas cette fois-ci que je vais me dérober. Et ce n’est pas uniquement pour la campagne qu’il faut avoir un président sain. Car, ce n’est pas seulement pour l’élection présidentielle qu’un candidat doit être en bonne santé. Le candidat doit être en bonne santé, parce que nous voulons un président sain, qui doit faire face aux problèmes du pays avec ses aptitudes physiques et mentales. Nous avons eu ici un président malade et nous savons ce que cela a provoqué. Nous avons suivi la faillite de l’Etat. Et nous ne voulons plus que cela se répète dans ce pays. »
Alpha Mamadou Diallo, Pdt du PULS
« J’aurais aussi voulu qu’on y associe la médecine du travail »
« Moi, je pense que c’est une très bonne chose. Par l’expérience du passé, aujourd’hui c’est quand même important de connaître l’état de santé des candidats qui vont éventuellement gérer la Guinée. La pression de la gestion d’un pays est très énorme. Le Collège médical choisi pour cette tâche est constitué de médecins très compétents, mais j’aurais aussi voulu qu’on y associe la médecine du travail qui peut aussi jouer le même rôle. Parce que tout ce qu’on fait par rapport à l’administration publique, la médecine du travail est souvent sollicitée pour le faire. Donc, je pense qu’en adoptant cette politique d’examiner les candidats avant les élections, comme cela se passe d’ailleurs dans les autres pays, c’est une bonne chose. »
Alpha Ibrahima Sila Bah, Pdt du PGRP
« Il y a lieu de tirer les leçons du passé… »
« Je crois que cette initiative est nécessaire. Elle nous évite de nous voir diriger demain par un président malade. Nous avons besoin d’un président qui dispose de toutes ses facultés morale, physique et mentale pour gouverner la Guinée. Ce qui est d’autant plus important que le pays connaît aujourd’hui d’énormes difficultés qui sont dues à la mal gouvernance. Parce que tout simplement, le pays était géré par un chef malade. Donc, il y a lieu de tirer les leçons du passé pour donner à la Guinée un président qui ne souffre d’aucune incapacité physique, morale et mentale. »
Propos recueillis par Samory Keita L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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