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L’observation de la dernière élection présidentielle américaine a été pour moi une révélation. Mon féminisme, c’est-à-dire ce désir de voir élues, un jour, le plus grand nombre possible de Présidentes à travers le monde a été plus intense que mon attachement au vote pour un membre quelconque d’une communauté qui serait la mienne en raison de ma couleur de peau. Je confesse volontiers, donc, avoir souhaité l’investiture d’Hillary Clinton, tout le temps de la Convention démocrate. Je n’en suis pas peu fier puisque Barack H. Obama a bien mené la campagne d’un homme politique américain, candidat au suffrage de tous les Américains. Et il a été élu par un pourcentage de ses concitoyens blancs, autrement plus important que celui de tous les électeurs noirs réunis qui, de toute façon, n’ont pas, à 100%, voté Démocrate. President of The United States of America, il l’est bel et bien devenu grâce à sa personnalité et à ses compétences supposées d’homme d’État et non pour sa couleur qui n’est pas plus ni moins vertueuse que la blanche ou la jaune. Et c’est bien pour cela qu’il n’est pas inutile de rappeler le rêve du pasteur Martin Luther King sans le galvauder pour autant comme on est si prompt à le faire en ce moment dans tous les milieux : « … Je fais le rêve que mes quatre enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés pour la couleur de leur peau mais pour leur personnalité !… Je fais un rêve… » Et c’est bien pour cela aussi que pendant, au moins, quatre ans – s’il est bien protégé et il n’y a pas de raison de douter qu’il le sera –, Barack H. Obama présidera aux destinées de l’Amérique et, dans une certaine mesure, au sort du reste du monde avec toutes les qualités et les « quelques » défauts de ses prédécesseurs. Il faudrait juste lui souhaiter qu’ils soient à peu près les mêmes que chez les plus illustres d’entre eux. Tant l’hypothèse qu’il puisse faire pire que le dernier en date paraît hors d’atteinte du plus commun des présidentiables américains! Bien sûr, certains ont déjà trouvé à redire au rouge et noir des habits de Michelle Obama et de ses filles, le jour on ne peut plus solennel de l’élection de leur époux et père. D’autres ne tarderont pas à faire remarquer, même à tort, dans les moindres décisions du nouveau président, des soi-disant atavismes de ses origines à moitié noires. Les mêmes qui – à juste raison, du reste – n’ont jamais taxé de blanche ni de texane la gestion catastrophique des affaires américaines et mondiales de George W. Bush durant ses huit trop longues années passées à occuper le Bureau Ovale. Le rêve célèbre ayant donc connu un début de réalité en ce mémorable 5 novembre 2008 avec l’entrée programmée le 20 janvier 2009 à la Maison Blanche de Barack Obama, citoyen et sénateur noir – métis, pour être exact –, je ne résiste pas un seul instant à l’envie d’inviter le monde entier à entamer sans plus attendre un autre rêve. Un nouveau rêve, bien « éveillé » lui aussi, un rêve à ce point total, mondial, global même, comme on dit de nos jours, qu’il se démultiplierait en divers autres pouvant paraître aussi utopiques que les vœux pas du tout pieux, en définitive, du pasteur noir américain, d’il y a quarante-cinq ans. Faisons le rêve que Lansana Conté en Guinée-Conakry, Omar Bongo au Gabon, Paul Biya au Cameroun, Robert Mugabe au Zimbabwe, Abdelaziz Bouteflika en Algérie, pour ne citer que les dinosaures les plus emblématiques des chefs d’État africains entonnent d’ici à Noël 2008 et au Nouvel An 2009 ce credo : « To change their leaders, all our countries need ! And yes, all together, we can do it right now! Traduction: De changer leurs chefs, tous nos pays ont besoin ! Et oui, tout ensemble, nous pouvons le faire immédiatement ! » Faisons le rêve qu’en République démocratique du Congo et dans tous les territoires des Grands Lacs, aux alentours, les colonnes humaines en déshérence, sacrifiées qu’elles sont aux ambitions tragiques des Kagamé, Kunda et autres Kabila regagnent leurs foyers et qu’ils n’aient plus jamais à les quitter. Faisons le rêve d’une fraternité et d’une envie de vivre ensemble retrouvées au Darfour et au Soudan, inspirées par le « Africa must unite » du chantre du panafricanisme Kwame NKrumah. Faisons le rêve qu’en ces temps de libéralisme triomphant redeviennent camarades, comme du temps de l’Internationale socialiste révolutionnaire, Européens de l’Est, Africains et Américains du Sud et que des manifestations ne soient plus organisées voire des crimes racistes perpétrés à l’encontre des Noirs étudiant ou résidant à Moscou, à Pékin, à Berlin, à Prague ou à Budapest... Faisons le rêve que l’île d’Haïti ne soit plus abandonnée aux cyclones, aux divers tremblements et autres effondrements après l’avoir longtemps été entre les mains sanguinaires de Papa Doc et du Bébé du même nom et sous les matraques de leurs tontons macoutes. Faisons le rêve que des visages émaciés d’enfants d’Afrique, d’Asie, d’Europe de l’Est et de partout ailleurs dans le monde ne soient guère dévorés par les mouches de la saleté, de la faim, de la malnutrition, de la misère et de la maladie ! Faisons le rêve que s’éteignent enfin tous les brasiers du Proche, du Moyen et de l’Extrême Orient et que ne s’en allument plus jamais d’autres. Faisons, enfin, le rêve que « l’investissement » dans l’humain soit à l’avenir plus important que celui dans la spéculation financière. Et que, d’un côté du monde, ne continuent pas de s’édifier des murs, alors que de l’autre côté, des nécessiteux ne songent qu’à les escalader au péril de leur vie – au pire –, au risque de se voir au – mieux – tôt ou tard renvoyés, menottés, dans leur misère d’origine et leurs enfants exfiltrés sans ménagements des écoles « indûment fréquentées »… Et pour en revenir à l’élection de Barack H. Obama, il restera à rêver Qu’au nom d’un certain droit d’aînesse, sensible déjà chez quelques chefs d’État Ou à cause d’injonctions à faire comme-ci ou à ne pas faire comme-ça de quelques autres, gesticulant, récriminant à propos de tout et tirant plus vite que leur ombre Et dont on peut se demander, parfois, s’ils ne sont pas nostalgiques, pour certains d’entre eux, des idéologies sombres de l’histoire, On ne braque pas très vite le nouveau Président américain, a priori le plus ouvert à la multipolarité du monde. Cheick Oumar Kanté pour www.guineeactu.com
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