lundi 29 septembre 2008
Typiquement guinéen
Moussa Bella Barry

Je ne prétends pas faire ici une analyse psychique du « typiquement guinéen ». Il y a des gens qui ont plus de compétence requise pour cela. Mais pour mieux expliquer mon idée, je me vois dans l’obligation de me créer un prototype.

La sensibilité de l’Homme est indépendante de sa volonté. Réprimer la sensibilité peut conduire à l’inertie, au manque d’intérêt et à l’indifférence. J’entends par sensibilité ici, la manière d’apercevoir l’environnement à travers un modèle psychanalytique. Le rôle, la procédure du refoulement de tendances, la position par rapport au groupe étant les catégories de classification.

Donc partant de cette vision, la sensibilité c’est porter l’attention selon les grands intérêts et non selon son propre état ou sa position au sein du groupe, de son clan.

Notre intellect est étroitement lié à notre sensibilité. L’idée qui laisse croire à la séparation de l’intellect de la sensibilité est hasardeuse, tenir de telles idées pour sincères est un manifeste d’urgence thérapeutique.

L’intellect est vu ici comme la faculté de comprendre, la faculté de l’entendement qui compare et qui juge.

Descartes disait : notre entendement est fini, alors que notre volonté est indéfinie ; c’est la cause de nos erreurs.

Le bon sens et l’expérience sont des qualités importantes, le concours de ces deux qualités accompagnées d’une sensibilité clairvoyante et d’un réel intellect permet de galvaniser des énergies.

La confrontation de différents tempéraments, le choc de conflits d’intérêts et l’humilité ont forgé le caractère du typiquement guinéen. Ce caractère lui offre une vitalité et une passivité triomphante ; il est pour lui une chance et une entrave à son émancipation citoyenne en même temps. Je sais cela peut sembler réducteur et erroné, mais il faut bien essayer de comprendre ce caractère atypique du typiquement guinéen.

De toute manière, si le caractère du typiquement guinéen n’est pas le fondement de son comportement, il n’en demeure pas moins l’origine. L’histoire du typiquement guinéen est corollaire de l’abandon de ses droits garantis par la constitution ; la jovialité et la mélancolie se fondent chez lui en une liaison intime. Le typiquement guinéen a tendance d’ignorer son état calamiteux, et à cet effet il se réfugie le plus souvent derrière le sort, la fatalité, ou fait le repli patriotique de clan. Personne ne se bat pour l’amour de la nation. Ceux-ci ont incité à précipiter l’état en enfer et à la destruction de ses institutions.

Le typiquement guinéen est une entrave à son émancipation citoyenne, car tout lui manque par sa passivité, et, malgré le scandale géologique de son sous-sol. Par la corruption, des décideurs fourbes typiquement guinéens font du lobbying pour des intérêts des puissants groupes de l’argent contre les intérêts de leur propre peuple, (voir dossiers miniers par exemple).

Il est permis de poser la question de savoir à quoi ressemble ce peuple qui accepte que les oligarchies nationales n’aient à lui proposer que les alternatives entre la passivité et le dénuement, alors que les oligarques eux vivent dans toute impunité dans l’opulence avec ses avantages, ses excès?

Le typiquement guinéen est aussi une chance, par ce qu’il y a une vitalité consistante qui a pris forme à cause de ses souffrances, cet état est le résultat des systèmes autoritaires et des catastrophes économiques des récentes décennies qui ont usé le substrat de la nation. Les épreuves assumées collectivement l’ont endurci, les fourberies des oligarques ont précieusement aiguisé l’optique de sa conscience nationale, car l’unité nationale est reconnue à présent comme vitale par plus d’un. Le typiquement guinéen a compris, le changement de comportements ne se fera qu’ensemble, et aucun groupe n’est en mesure de triompher sur les autres. Il suffit maintenant de se donner une règle de conduite.

De nos jours le typiquement guinéen toutes tendances confondues débat avec prédilection plus sur son passé récent que sur des idées et des concepts qui peuvent mener le pays de l‘avant ; les typiquement guinéens se tirent à boulets rouges les uns sur les autres sans replis.

Je pense en dépit de la liberté de l’écriture d’un internaute libre, il ne faudrait pas oublier dans les débats, l’essentiel qui régit l’état de droit et la démocratie.

Le typiquement guinéen étant ce qu’il est, je suis de l’avis, qu’il ne sert à rien d’attendre la délivrance par un hypothétique messie militaro-politique. Le changement viendra dans tous les cas, pacifiquement ou brutalement, car les masses populaires n’en peuvent plus. L’exemple a montré partout que, le pourrissement des institutions entraîne la déliquescence de l’état dans son fondement ; cela fut le cas qui a appelé la révolution française de 1789 ou celle de 1911 qui institua la république en Russie, et les événements de janvier février 2007 en est une autre illustration pour nous.

Le typiquement guinéen étant ce qu’il est, je suis de l’avis, qu’il ne sert à rien d’attendre la délivrance par un hypothétique messie militaro-politique. Le changement viendra dans tous les cas, pacifiquement ou brutalement, car les masses populaires n’en peuvent plus. L’exemple a montré partout que, le pourrissement des institutions entraîne la déliquescence de l’état dans son fondement ; cela fut le cas qui a appelé la révolution française de 1789 ou celle de 1911 qui institua la république en Russie, et les événements de janvier février 2007 en est une autre illustration pour nous.

Il faut plutôt que les intellectuels de l’intérieur et de l’extérieur du pays, (pas les lettrés et nonobstant les entraves de l’oligarchie en place), se mettent ensemble, se donnent un idéal et prennent conséquemment leurs responsabilités, créent des laboratoires d’idées pour servir comme schéma de développement de notre pays, ça serait une manière de fêter nos cinquante ans de nation libre.

Quoique le constat de ce qui a résulté de l’action soit catastrophique, des doutes bien fondés existent, je pense tout de même que les revendications de l’intersyndicale durant les événements de janvier et février 2007 ont montré la capacité mobilisatrice d’un idéal, cette action a été un témoignage très intéressant, qui a montré que des Guinéens de l’intérieur et de l’extérieur peuvent se mobiliser autour d’un idéal pour servir leur pays. C’est une leçon à rééditer.

Une critique abjecte sur le typiquement guinéen s’est instituée en système chez nous, si un individu ne cadre avec cet exposé schématique de la doctrine du caractère que certains Guinéens se font d’eux, on lui refuse les tempéraments d’être typiquement guinéen. Le typiquement guinéen a tendance à ne considérer tout le reste en dehors de son clan, que comme un univers hostile à son pays et à ses habitants. C’est pourquoi nos chefs bien aimés passent la serpillière sur toute mise en garde contre les dérapages politique et économique, ils ignorent toute opposition et tous conseils. Ceci a conduit à l’accouchement de nos successifs régimes moribonds. Ce sont les hommes qui forgent l’histoire, même quand ils la forgent à travers. Plus les faits sont rassemblés avec adresse et présentés avec une fine sensibilité aux populations, plus l’effet obtenu est puissant, l’efficacité de cette méthode se démontre à satiété dans tous les régimes qu'ont connu les Guinéens.

Le club du typiquement guinéen considère tous ceux qui n’en font pas partie, simplement comme les apôtres du diable etc., et, qui veulent la soumission du pays et de ses habitants. Tous les décideurs du pays s’en sont servis ces dernières décennies à convenance comme un fond de commerce politique, c’est une des causes absurdes de l’exclusion soutenue de certaines sommités guinéennes dans la gestion des affaires de notre pays.

Différencier les points de vue sur certains aspects de la vie politique nationale provoquent chez le typiquement guinéen une attitude autiste ou du sectarisme ; mais les événements de janvier - février 2007 ont démontré qu’il ne faut pas donner trop d’importance à ce genre de comportements, car n’ayant aucune valeur sociologique pertinente, donc non intéressants, c’est des bulles de savon.

Ave Guinée !

Moussa Bella Barry, Berlin, Allemagne
pour www.guineeactu.com     

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Vos commentaires
Moussa Konate @Toronto Canada, vendredi 3 octobre 2008
Tres belle reflexion M Diallo. Malheureusement, le "typiquement guinéen se trouve dans toutes les spheres de l`administration de CKY.Comme vous l`aviez si bien dit, le changement qu`elle soit pacifique ou musclée, se fera dans un avenir proche parceque, le peuple n`en peut plus.Dans les autres nations, une revolution est toujours accompagnée de lendemains meilleurs mais en Guinée,ce sont tjs des lendemains qui dechantent et c`est dommage.La faute est du au typiquement guineenne.
Ansoumane Doré, mardi 30 septembre 2008
Mon cher Moussa Bella, vous abordez ici des points de vue très justes sur nous tous mais,à l`expérience, je pressesns que personne ne voudra s`y reconnaître.C`est ainsi et pourtant vous voyez juste. Tous ceux ,à travers le monde , qui ont des problèmes nationaux comme les Guinéens, écrivent. Les écrits sans être suffisants, ont été très importants , aux grands changement de l`histoire dont vous rappelez quelques uns.Mais beaucoup de Guinéens parmi ceux qui peuvent lire et comprendre ce qui s`écrit sur leur pays, lisent-ils et méditent-ils ces écrits? Je n`en suis pas sûr...C`est un point que vous avez vu juste,à mon avis même si vous ne le dites pas ainsi. Si le "typement guinéen" que vous présentez n`était pas une réalité je suis persuadé que nous ne serions pas collectivement au fond du "panier de crabes" dont j`ai déjà parlé. Nous avons eu un certain nombre d`occasions manquées pour en sortir. Ce fut le cas, au début des années 90,de la légalisation du miltipartisme qui aurait pu être l`occasion pour l`opposition nouvellement constituée de former un front(à composantes multiples) contre Lansana Conté et sa mainmise sur le pays avec le PUP.Mais c`est chacun pour soi qui a triomphé.L`autre occasion manqué a été les dramatiques évènements de 2007 où des jeunes Guinéens ont perdu la vie. Lansana Conté avait été, du point de vue des opinions (nationale et internationale)marginalisé mais "le typiquement guinéen" lui a permis de revenir en force 15 mois plus tard. Bref "le typiquement guinéen" me semble être que chacun se croit, chez-nous,capable de tout et malin sur tout.On a certes besoin de chacun et de tous en même selon nos capacités respectives et c`est ce qui fait un tout.Mais tout le monde ne peut pas tout faire.Il faudrait qu`on se convainque de cela .

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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