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La date buttoir de l’ultimatum de l’armée approche, les cours des devises étrangères battent des records inégalés, les prix des denrées de première nécessité culminent irréversiblement vers des hauteurs jamais atteintes, l’eau et l’électricité deviennent des perles d’une valeur inestimable, l’ethnocentrisme et le régionalisme deviennent au fil du temps le seul moyen de gouvernance. Qu’est-ce qu’il faut de plus comme catalyseur pour soulever la population contre un régime qui est loin des compétences d’un gouvernement de changement ? L’immolation par le feu d’un pauvre citoyen désemparé et en panne d’espoir ? Peut être oui, et ce catalyseur s’annonce pour bientôt.
Les Guinéens comme la plupart des Africains au sud du Sahara ont et continuent de suivre avec beaucoup d’attention les chutes l’un après l’autre des régimes arabes d’Afrique. Rien ne prouve qu'Alpha Condé et sa coterie soient à l’abri d’un tel déferlement d’une population au bord du gouffre. Le niveau de conscience politique des citoyens est devenu très élevé. Les gens n’ont plus peur, ils ont pris l’habitude de s’organiser et de descendre dans la rue presque tous les jours. Jadis, ça pouvait prendre des années pour que les consciences s’éveillent. Mais aujourd’hui, les choses s’accélèrent, les masses n’ont plus peur du massacre de l’armée. A la veille de l’opération tempête du désert, Sadam Hussein avait dit qu’on ne peut plus avoir peur d’un ennemi contre lequel on s’est déjà battu à maintes reprises. Si autrefois l’armée demeurait la seule institution organisée à la différence de l’opposition, de nos jours même au sein de celle-ci, la différence des tendances commence à apparaître. La tergiversation entre Sékouba et le nouveau régime d’une part et d’autre part l’arrestation illico du Général Nouhou Thiam il y a quelques semaines et les incarcérations de plusieurs autres officiers qui se poursuivent jusqu’à aujourd’hui contribueront à casser l’armée en minuscules groupes défendant chacun une aspiration et une idéologie différentes.
Quant à ceux qui croient à un soutien des Occidentaux au régime guinéen, que ceux-ci se détrompent. Le système de domination impérialiste est en banqueroute à cause du niveau de conscience des citoyens du tiers monde. L’Occident a prétendu apporter la démocratie mais il a porté au pouvoir des voleurs corrompus, des fascistes qui oppriment les peuples. Cette démocratie n’a aucun sens car elle repose sur un mensonge. D’après le diplomate américain George F. Kennan « les droits de l’homme et la démocratie n’ont jamais été la préoccupation première pour les Occidentaux. Mais si un gouvernement révolutionnaire émergeait quelque part et menaçait leurs intérêts, ils interviendraient en utilisant les droits de l’homme et la démocratie comme prétexte » Tout ce qu’ils ont de cartels de destruction massive est en retard par rapport au niveau de conscience tiers-mondiste. Le cartel médiatique ne tient plus face à internet et aux réseaux sociaux. Les évènements en Egypte ont corroboré cette théorie, Aljazeera et internet ont été en pôle position pour transmettre la réalité sur le terrain alors que le cartel médiatique occidental refusait d’en parler au début. Le cartel financier lui aussi est au bord de l’abîme, la crise économique qui a récemment ravagé les banques occidentales a mis à nu la désuétude du système capitaliste tant cher aux impérialistes. Comme si cela ne suffisait pas, la récente annonce faite par le Comité d’Annulation de la dette du Tiers monde qui a invité les gouvernements d’Afrique à suivre l’exemple de certains pays d’Amérique latine à refuser de payer leurs dettes illégitimes réclamées par les impérialistes vient encourager l’esprit de soulèvement contre l’emprise occidentale.
Les puissances néocoloniales ne comprennent pas que le monde a changé. On le voit en Côte d’Ivoire par exemple. Les Etats-Unis et la France veulent imposer Alassane Ouattara, une marionnette venue du FMI. Les pays d’Afrique de l’Ouest devaient intervenir militairement pour le compte des puissances impérialistes mais les soldats africains ne veulent pas provoquer un nouveau bain de sang pour défendre les intérêts occidentaux. C’est la grande leçon : le niveau de conscience politique dans les pays arabes, en Afrique et dans tout le Tiers-Monde est beaucoup plus élevé maintenant. Il y a quelques décennies, si la France passait par des coups d’état armés pour asseoir des dictateurs commis à sa cause, désormais elle use de coups d’état électoraux. Le silence médiatique qui a suivi la présidentielle au Burkina tout récemment est frappant, alors que des tas de reporters se bousculent aux portes d’Abidjan.
Pour revenir au cas guinéen, des révoltes spontanées ont régulièrement éclaté et elles ont toujours été réprimées dans le sang. Mais toutes ces révoltes sont des rivières qui, avec le temps, finissent aujourd’hui par former un fleuve de contestations insurmontables à l’image des pays arabes. Hier, un ancien militaire sénégalais s’est donné la mort en s’immolant par le feu devant la présidence à Dakar. Des accrochages ont été signalés le même jour à Djibouti. Bientôt l’Afrique noire prendra le taureau par les cornes pour vivre à son tour cet air de liberté qui vient du nord du continent. Le régime guinéen quant à lui compte masquer son incapacité à gérer les problèmes des Guinéens par des annonces fictives et anodines de visites de tel ou tel diplomate ou bailleur de fonds venus apporter leur soutien ou venus financer le nouveau régime. Tels sont les consignes des agents impérialistes français qui taraudent Alpha en se faisant passer pour des conseillers. Nous avons vu ces mêmes diplomates financer des dictateurs tels que Ben Ali ou Hosni Moubarak pendant des décennies, mais dès que l’heure du changement a sonné les peuples ont pris les choses en main. Alors plus rien ne retient les Guinéens pour marcher droit vers le délogement d’un dictateur imposé et incapable, car n’ayant ni la formation requise pour redresser le pays ni l’expérience d’un gestionnaire de l’État. La dégradation des conditions de vie de la population se poursuit à une si grande vitesse qu’on peut affirmer sans se tromper que les jours du régime guinéen sont à leur tour comptés.
Boubacar Bah, Bangkok – Thaïlande
www.guineeactu.com
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