Les coulisses de la rencontre Gbagbo-Konaté. Ce titre qui barre dernièrement une des pages de l’hebdo panafricain Jeune Afrique a en effet suscité de nombreux débats dans certains milieux tenus par des professionnels de la presse et autres hommes politiques. Tant et si bien que, vu les troubles récurrents et cycliques de N’Zérékoré, l’on a le loisir de dire que c’est l’avenir de tout un pays qui est exposé actuellement à un danger permanent de déstabilisation.
Des observateurs de la scène politique guinéenne redoutent que le chaos ne provienne de la Côte d’Ivoire où des liaisons dangereuses seraient en train d’être tissées entre le malade convalescent de Ouaga et un certain Sidiki Konaté, le numéro deux des forces nouvelles de Guillaume Soro, actuel PM ivoirien. D’après JA, Sékouba Konaté est convaincu que Dadis a téléguidé, à partir du Burkina Faso où il réside depuis janvier, la mutinerie du 31 mars au camp militaire de Kaleya (Forécariah), à quelque 110 km au sud de Conakry. « Moussa Dadis Camara, s’insurge El tigre, m’appelle tous les jours pour m’assurer de son soutien, alors qu’il finance des groupuscules pour défier l’autorité de l’État dans sa région natale». Cette lecture de la situation qui a une odeur de branle-bas, relance encore une fois le débat sur l’incertitude qui épie la Guinée. Une incertitude hélas synonyme de fertilisant pour certains dont la seule obsession est de voir le pays s’embraser.
Mais au fait, pourquoi accuse-t-on le malade convalescent, s’obstinent à s’interroger des proches... désemparés de l’ex-chef de la junte ? Pour Les carnets de Guinée un des rares sites Internet guinéens bien informés, la réponse est toute simple : « De son exil Ouagalais, l’ancien chef de la junte militaire qui a usurpé le pouvoir le 23 décembre 2008, fait preuve d’un besoin incessant d’argent. Il a demandé, par l’entremise du secrétaire général du ministère des Finances, à l’Etat guinéen la somme d’un million de dollars. (...) Le général Sékouba Konaté qui ne voit pas l’urgence d’une telle dépense ne serait pas également dans de bonnes dispositions pour accéder à cette étrange demande. L’on se demande d’ailleurs si ces fonds ne serviront pas à entretenir une opposition contre le président de la transition. Ce serait alors de bonne guerre que le général également oppose une fin de non recevoir. » Et le site de Troubles à N’Zérékoré : Dadis à l’index, mobilise des fonds?
Rappeler avant de s’interroger sur la destination du magot requis : « le 18 janvier lors du déplacement du ministre d’Etat à Ouagadougou, le gouverneur de la Banque centrale avait diligenté 1 million 500 mille dollars en faveur de l’ancien chef de la junte. Et le 28 mars dernier, un autre million de dollars lui a été acheminé. Aujourd’hui, c’est encore un million de dollars que réclame l’exilé de Ouaga. Que fait-il de tout cet argent ? Il voudrait organiser une rébellion contre la transition que l’on ne serait pas étonné. » Ce ne sont que des élucubrations pour ternir l’image de l’homme du 23 décembre 2008, scande t-on dans les milieux acquis à la cause du convalescent de Ouaga. Dans ce landerneau, on pense comme Jules Barbey d’Aurevilly que « Les plus grands hommes en politique (comme à la guerre) sont ceux qui capitulent les derniers ».
De toute évidence, on ne pourra peut être jamais savoir quelles orientations cet argent prendra. Même si certains esprits malins pensent que l’ex-homme fort de Conakry pourrait s’abriter derrière un parti politique afin de briguer cette fois-ci légalement la magistrature suprême. Cela est d’autant plus plausible que les banderoles incendiaires – ‘’Sans le retour de Dadis, pas d’élections’’, etc. - vues à N’Zérékoré récemment par une délégation de l’UE en disent long sur la ténacité des siens à vouloir faire participer leur fils aux prochaines joutes électorales. Mais, les troubles sont-ils les meilleures façons de contribuer à l’édification d’une nation, fut-elle encore en quête permanente de leader serein, dévoué et patriote ?
En attendant, on est au stade des accusations. Certainement, la vérité finira par triompher pour le bonheur du peuple de Guinée. Ce qui est sûr, Konaté a brandi le glaive des représailles contre toute tentative de déstabilisation du processus de transition en cours. « Aux fauteurs de troubles de se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard », avait dit le président intérimaire, lors d’un discours télévisé. Il y a donc réellement de l’eau dans le gaz. Mais que Dieu sauve la Guinée. Et fasse repentir les esprits maléfiques qui soufflent sur les braises, afin que cette partie de l’ouest africain traverse enfin imperturbablement la crise dans laquelle elle reste engluée.
Thierno Fodé SOW
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