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Faut-il revoir le chronogramme de la transition tel que semble le demander le Capitaine Moussa Dadis Camara ? Pour les uns, il faut accorder deux ans au CNDD qui s’en ira après avec son président. D’autres pensent par contre que rien ne garantit que le chef de la junte ne se portera pas candidat en 2010. Autant dire que la transition se trouve aujourd’hui sur une corde raide.
Le Groupe International de Contact sur la Guinée, les forces vives et le CNDD doivent en principe siéger ce jeudi 18 juin à Conakry pour la quatrième fois sur la transition guinéenne. Le sort du chronogramme de la transition proposé par les forces vives et avalisé par le président Capitaine Moussa Dadis Camara est le principal enjeu de cette rencontre entre les facilitateurs internationaux et les parties prenantes à cette période cruciale qui devrait déboucher sur l’organisation des élections libres et transparentes.
En effet, après le tête-à-tête que le chef de l’Etat a eu avec les leaders des partis politiques en présence du corps diplomatique et consulaire, le mercredi 11 juin dernier à la RTG Koloma, beaucoup d’interrogations planent sur ce chronogramme. Le Capitaine Moussa Camara Dadis Camara a souhaité sans le dire expressément que ledit programme qui prévoit les élections législatives et présidentielles en fin 2009 soit revu afin de donner deux ans à la junte militaire au pouvoir depuis le 23 décembre 2008.
Cette demande intervient après plusieurs semaines de diatribes présidentielles contre les leaders politiques qu’il a accusé de l’avoir pris en otage en lui faisant signer ce chronogrammealors que le CNDD avait clairement parlé de deux ans de transition dans son discours de prise du pouvoir. L’opinion qui s’est inquiétée de ce dialogue de sourds entre les partis politiques et le CNDD était visiblement soulagée par la reprise de langue à un moment où la transition politique semblait dans l’impasse.
Cependant, cette rencontre a donné naissance à une interrogation plus tenace que bien d’autres portant sur la transition en cours. Il s’agit de savoir si en obtenant des forces vives deux ans de transition, le Capitaine Moussa Dadis Camara qui a déjà menacé d’ôter sa tenue militaire et de se présenter aux élections présidentielles va renoncer définitivement à cette idée de candidature.
L’incident qui a émaillé la rencontre de la RTG Koloma renforce cette interrogation. En effet, l’ambassadeur d’Allemagne en Guinée M. Karl Prinz a essuyé les foudres du Capitaine Dadis lors qu’il a cherché à savoir si le président de la République sera candidat après 2010. Au cours de ladite rencontre, le chef de la junte n’a cessé de répéter qu’il ne sera pas candidat en 2009. Et le diplomate allemand qui s’exprimait aussi en qualité de porte parole de l’Union Européenne en Guinée a vu juste en posant cette question qui se murmurait déjà dans les travées de la salle de conférence de la RTG.
Il ne s’agit pas ici de s’attarder sur la question de savoir si l’ambassadeur d’Allemagne devait poser cette question du reste embarrassante pour le Capitaine Moussa Dadis Camara. Ce sont plutôt la réponse et le ton du président de la République qui ont alimenté à nouveau les interrogations sur sa réelle position quant aux prochaines présidentielles. Lorsqu’il a affirmé qu’il était Guinéen comme les autres, les souvenirs du discours de Boulbinet se sont ravivés dans les têtes. Rappelant qu’il avait déclaré lors de ce meeting qu’il n’était pas né militaire et qu’il restait un citoyen guinéen. Donc, il avait qualité de se présenter à n’importe quelle élection.
On sait que les faiseurs de roi et autres courtisans qui font la pluie et le beau temps sous son règne s’acharnent à le persuader de ne pas lâcher le fauteuil présidentiel. Mais cela justifierait-il que le chef de la junte renonce à son engagement répété des trois premiers mois de son magistère au cours des quels il a juré de rester neutre et de rendre le pouvoir aux civils au terme de la transition.
C’est pourquoi aujourd’hui, la question lancinante que se posent moult Guinéens est celle de savoir à quoi ça servira de revoir le chronogramme si le capitaine Dadis devrait se porter candidat aux prochaines présidentielles. Dans la tête de la majorité des populations, la révision du chronogramme de la transition viserait uniquement à permettre au CNDD et à son président de faire deux ans au pouvoir. Certes, on espère que les militaires pourront mettre ce temps à profit pour balayer la maison de façon à permettre au successeur de Dadis de mieux s’y prendre dans la gestion du pays.
Sachant d’avance l’issue d’une élection à laquelle participerait le chef d’Etat en poste en Guinée, l’inquiétude grandit davantage. Dans l’interview qu’il a accordée tout dernièrement à la télévision ‘’Africâble», le Capitaine Moussa Dadis Camara avait été pris de colère face à la question du journaliste de savoir s’il peut organiser des élections et les perdre. Tout comme d’ailleurs la question sur son éventuelle candidature en 2010.
Les sorties musclées du président du CNDD contre les leaders des partis politiques par rapport au chronogramme dont il semble avoir regretté la signature ont conduit certains de ses compatriotes à se dire ‘’pourquoi ne pas lui accorder les deux ans qu’il demande s’il doit quitter après». Seulement, faut-il les lui concéder alors qu’on n’a pas la garantie absolue qu’il ne sera pas candidat aux prochaines présidentielles ? se demandent certains. S’il doit forcément se présenter malgré la prorogation, il vaut mieux alors aller aux élections en fin 2009, répondent d’autres observateurs de la scène nationale.
Une chose est sure, les forces vives de la nation ont du pain sur la planche en ce sens qu’elles sont amenées à se prononcer sur une question dont les conséquences sont imprévisibles pour l’avenir de la Guinée. La position ambiguë du président de la République risque de leur donner du fil à retordre. Car, même s’il vient à conjurer qu’il ne se présentera pas en 2010, les jeux et les enjeux qui rythment la vie au Camp Alpha Yaya Diallo siège de la présidence pourraient réserver des surprises désagréables.
La réponse à la demande présidentielle est tellement délicate que les forces vivres notamment les partis politiques risquent d’entrer irrémédiablement dans un bras de fer dévastateur avec le président Dadis qui ne semble pas lésiner sur la prorogation de la transition. Autant dire que s’il n’obtient pas les deux ans qu’il appelle de tous ses vœux, l’atmosphère politique pourrait sentir le roussi. Et bonjour les dégâts.
Comme on le voit, aujourd’hui plus qu’hier, la transition guinéenne est sur une corde raide. Qu’en sera-t-il ? Tout un mystère.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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