lundi 22 février 2010
Transition : positions tranchées et camps retranchés

La cohabitation du président intérimaire Sékouba Konaté et du premier ministre transitoire Jean-Marie Doré s’annonce comme un mariage contre-nature avec des perspectives irréconciliables.

Le carnage du 28 septembre 2009 est l’obstacle principal, le péché insurmontable, la pierre d’achoppement et l’arrête dans la gorge du couple de la transition.

En effet Sékouba et Jean-Marie font un traitement diamétralement opposé de l’événement.

Point de non-retour

Nonobstant son passé au service de la dictature de Sékou Touré, Jean-Marie considère le 28 septembre comme un point de non-retour dans l’histoire de la Guinée postcoloniale. Cela n’est guère surprenant, car son corps et sa mémoire portent les marques des coups que les Bérets rouges lui infligèrent au stade.

Sékouba : aveuglement et cynisme

Quant au général Sékouba Konaté, président intérimaire et ministre de la défense, il est aveugle devant les forfaits des ses hommes. Il feint toujours d’ignorer que l’ONU range les actes commis par l’armée dans le lot des crimes contre l’humanité. Muet comme une tombe avant le 3 décembre, Sékouba a prouvé, depuis le début de son “intérim”, qu’il appartient au groupe des éléments criminels des forces armées et de sécurité. Cette attitude est mise en évidence par son refus d’invoquer la justice et sa volonté de perpétuer l’impunité de l’Etat et de l’armée.

Quatre points illustrent ce comportement, logique aux yeux de Konaté et de ses acolytes, mais aberrant pour le reste du monde.

Premièrement. Pour Konaté et le Cndd, les dirigeants et les militants des Forces vives, d’une part, et l’armée d’autre part, sont également responsables des évènements tragiques du 28 septembre 2009. Ils placent ainsi les assassins et les victimes au même plan. Pis, pour toute solution, ils prétendent que les deux antagonistes doivent se pardonner réciproquement.

Mais la justice internationale les rattrapera et leur prouvera que leur position est fausse et cynique, inacceptable et condamnable car elle illustre l’impunité de l’Etat et de l’armée de Guinée.

Deuxièmement. Ayant acheté les services de juristes corrompus, le Cndd les a nommés dans la soi-disant commission nationale d’enquête.

Violant leur serment professionnel, ces hommes de main ont ravalé le massacre de l’an dernier au statut de simple violation de droit commun ! Dans la même lancée ils ont absous les tueurs du stade, innocenté Moussa Dadis Camara et tourné Toumba Diakité en unique bouc émissaire du bain de sang. C’est cette dernière manœuvre qui avait poussé l’ancien aide-de-camp à tirer à bout portant sur son patron. La commission d’enquête blanchit donc le commanditaire et culpabilise l’exécutant.

Troisièmement. Le maintien des officiers incriminés dans le cabinet présidentiel, qui est un gouvernement miniature, est un instrument permettant à Sékouba de rivaliser et neutraliser le gouvernement du Premier ministre, notamment en matière sécuritaire. Les mains de Jean-Marie Doré sont donc liées au départ et sa marge de manœuvre restreinte.

Quatrièmement, l’équation monstrueuse.

De nature calme, Gén. Sékouba affiche le contraire de la volubilité de son prédécesseur. Mais cela signifie-t-il qu’il pense clairement et s’exprime aisément ? Cela n’est pas évident. Ainsi, le 15 février courant son cerveau, qui tourne au ralenti, a accouché d’une équation monstrueuse dans laquelle impunité = paix et justice = guerre. Par cette formule implicitement menaçante, Sékouba se livre au chantage et cache mal sa volonté d’intimidation. D’un côté, il cherche à faire accroire que la quête de la justice mène à la violence. De l’autre, il insinue que le maintien de l’impunité signifie la paix !!!

En dehors de la minorité infime du Cndd et de ses alliés, Sékouba est le seul à entretenir une idée aussi funeste. En effet, dans leur majorité écrasante, les Guinéens rejettent la position erronée et la politique injuste du Général. Mieux, par leurs vœux et leurs actes, ils appellent ardemment au lever du soleil de la justice, dont les rayons fécondants feront éclore, enfin, la paix, la démocratie et le développement en Guinée.

Fatou Bensouda, procureure adjointe de la Cour pénale internationale, interview révélatrice

S’exprimant hier 18 février au micro du reporter de la BBC, Jean-Marie a évoqué la présence actuelle à Conakry de la procureure adjointe de la Cour pénale internationale, la Gambienne Fatou Bensouda. Il a affirmé notamment que la justice guinéenne est incapable de juger les crimes du 28 septembre, qu’elle manque d’indépendance et accuse des lacunes aiguës de formation.

Tout cela est évident. Mais par ces points de vue officiels, l’occupant de la primature balaie les conclusions de la commission nationale. Et sa réponse suggère qu’aussi longtemps que les criminels du 28 septembre (Sékouba Konaté, Moussa Tiegboro Camara, Claude Pivi Togba), seront au pouvoir, la tension prévaudra. Et la transition restera illusoire, car les autorités ne pourront ni “réformer” l’armée, ni organiser des élections libres, transparentes et crédibles.

Les positions des deux camps sont ainsi tranchées et difficilement conciliables. Chaque partie va plutôt se retrancher sur sa résolution.


Tierno Siradiou Bah


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Sékou Oumar Camara, mercredi 24 février 2010
"Le carnage du 28 septembre 2009 est l’obstacle principal, le péché insurmontable, la pierre d’achoppement et l’arrête dans la gorge du couple de la transition". Détrompez-vous M. BAH, le PAMS (pacte militaire de solidarité) qui lie le CNDD et le FFV va fonctionner à merveille pour ses parties prenantes. N`est-il pas déjà scellé? Nous allons continuer à étonner le monde...
Amandaline, lundi 22 février 2010
J`ai toujours du plaisir a vous lire.vos articles sont pleins de bon sens.Nous aurions voulu que nos intellectuels s`impliquent plus;je pense que le fait qu`ils aient baissé les bras a permis aux médiocres de prendre en otage notre pays.Avoir une compétence est devenu un délit chez nous.
Keoulenba, lundi 22 février 2010
Mr vous pensez que Sekouba a été enrôlé dans l’armée, pour caresser les fesses ou bien il est allé à MEKNES et en chine pour apprendre de la politique ? Non ! Dans l’armée on apprend à tuer au nom de l’état, compris ! Vous savez en Guinée il y a un mal qui court dans nos veine, qui nous rend aveugle devant l’évidence ; c’est l’ethnocentrisme. Sinon, Konate et Dadis c’est du même moule. Sauf que l’un est taciturne, stoïque et l’autre douillet et bavard. Quand DADIS disait « je suis désolé » juste après le carnage du 28 septembre, j’ai eu mal au cœur. Puis Konate qui semblait être le contraire de DADIS est venu enfoncer le clou par cette préférence de la paix à la justice. Si Mr Jean Marie DORE, réfute et ignore la compétence de la justice guinéenne en tant que premier Ministre, alors tous les magistrats guinéens doivent démissionner. En tout cas, les médecins eux ont fait du bon travail pour sauver les victimes qui sont arrivées dans les hopitaux. Vive la paix et que ceux qui se sont fait zigouiller au stade au nom de la démocratie dont, ils ne maîtrisent même pas la définition, attendent. Nous discuterons de leur cas plus tard. Dans tous les cas, l’heure n’est pas à la discussion des problèmes de justice, de chef militaire, de cour pénale internationale. Allons aux élections pendant que l’occasion nous est donnée. Quand nous trouverons cet homme blanc comme neige, honnête comme Jésus, alors nous prendrons le temps de décortiquer tous nos maux, pour savoir qui a construit le camp Boiro ? Qui a pendu les guinéens ? Qui a tué au pont du 8 novembre ? Qui a violé à la baïonnette au stade du 28 septembre ? etc.
Barry, lundi 22 février 2010
Salut frère, Essaie un peu d’être réaliste, un peu de patience, la justice tous les Guinéens la veulent aujourd’hui, il n’est pas dit le président qui naitra après les élections ne puissent pas faire de justice dans son pays. Le seul moyen aujourd’hui pour les Guinéens martyrisés de voir enfin une vraie justice tranchée les haines des cœurs des uns et des autres est une élection libre et transparente aux yeux de tous. Et Dieu Merci n’espoir qui n’était pas la reviens petit à petit avec un gouvernement (Quelque soit les personnes qui le compose) qui nous promet des élections dans 5 mois, wait and see. Le reste viendra, 6 mois c’est déjà pas loin, qu’est ce que Dieu pouvait faire de plus pour nous que faire de Sekouba un ennemi des amis ce jour a Ouaga juste pour que le pays prenne le chemin du développement. Je suis conscient que rien n’est encore gagne de Sekouba, mais l’espoir fait vivre.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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