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Le leader du Parti pour l'espoir et le développement national (PEDN) était, contre toute attente à la rencontre du palais avec le chef de la junte. Aux côtés de cet ancien PM, l'ex-député du PUP Mamady Diawara, président du parti pour le travail et la solidarité, ainsi que bien d’autres leaders de petites formations politiques. La présence au palais de cette aile de l’opposition a suscité une levée de boucliers.
Les uns pensent que Kouyaté et ses pairs cherchaient des points auprès de la junte, les autres estiment que c’est naturel de venir écouter l’acteur de l’invitation qu’est le capitaine Dadis Camara. Mais la première considération est la plausible et sujette à toutes sortes de polémiques au sein des milieux politiques. Au sein du forum des forces vives, c’est un non évènement, d’autant plus que le leader du PEDN a signé son arrêt de mort politique en cherchant à se rapprocher du capitaine Dadis Camara. Lequel, au risque de se noyer dans les mots diplomatique de Kouyaté, doit largement s’inspirer de cet enseignement de François Duc de la Roche Foucauld nous alerte déjà : « Nous nous persuadons souvent d’aimer les gens plus puissants que nous ; et néanmoins c’est l’intérêt seul qui produit notre amitié. Nous ne nous donnons pas à eux pour le bien que nous leur voulons faire, mais pour celui que nous en voulons recevoir. »
En attendant, voulant justifier sa présence au palais, à l’appel du président du CNDD, Lansana Kouyaté relève, tranchant : « Pour 2009, la position de mon Parti n'est pas caché. Depuis l'aube même de ces discussions, nous avons dit que nous ne pensons pas que techniquement, qu'il soit possible d'organiser des élections en 2009. » Quoi de plus normal quand on sait que le PEDN fait partie des derniers-nés, donc trop jeune pour rester dans le starting-block ! Même si, l’ancien PM refuse cette thèse, il est à signaler que sa démarche auprès de la junte est loin de faire l’unanimité au sein de l’opinion.
Mais lui, reste formel et critique: « Les forces vives ne sont pas un bloc monolithique. J'ai toujours pensé que comme un groupe de partis, l'initiative propre, la personnalité propre des partis, ne doit pas s'estomper devant une décision qui refléterait la pensée unique. (…) Pour l'instant, il n'y a pas eu de synthèse au niveau des forces vives. Donc nous trouvons qu'il n'est pas opportun de bouder une quelconque réunion tant que nous mêmes nous n'avons pas fait la synthèse de ce travail », explique Lansana Kouyaté dans la presse. Voilà qui tranche dans le vif l’idée que chacun a du leader du PEDN.
Actuellement, il est en mauvaise posture. En effet, rejeté par le forum des forces vives, désavoué en coulisses par certains militants de son parti, vomi par la majorité des Guinéens auxquels ils avaient promis eau et électricité à sa prise du pouvoir suite aux convulsions populaires de janvier et février 2007, utilisé comme rempart par la junte, Kouyaté est manifestement aux abois. Aura-t-il la chance d’être le seul et le premier ancien PM à occuper Sékoutouréya ? On en doute fort, pourrait-on répondre. Son passage à la tête de la Primature, les actes, attitudes et comportements observés chez l’homme permettent déjà de juger de ce qui reste encore des rêves nourris au soir même de la prise de fonction en qualité de PM de large consensus.
Pour rappel, Kouyaté est resté Premier ministre, chef du gouvernement de consensus pendant 15 mois avant d’être limogé le 20 mai 2008. Reparti à Abidjan où il était, ce PM, a créé le parti de l’espoir et du développement national (PEDN). Depuis qu’il est dans l’arène, il est de ceux-là qui ne souhaitent pas que les élections se tiennent en 2009. Le temps de ASNAVIE, l’ong de sa douce moitié de finir d’embellir chaque grand carrefour de Conakry par des monuments ou les portraits du chef de la junte.
Quoiqu’il en soit, Lansana Kouyaté fait l’objet de nombreuses accusations et d’autres dont le fonds jeunesse de deux milliards GNF que le défunt président Lansana Conté aurait alloué à la jeunesse ; le dossier du BNP Paribas, etc. Celles accusations sont manifestement loin de rassurer l’électorat. Surtout quand on se rappelle les autres révélations de Chantal Colle la sulfureuse: « Lansana Kouyaté, dans le dossier de l'électrification de la ville de Conakry avec les panneaux solaires, avait déclaré qu'il avait accordé le marché à 2 millions de dollars, alors qu'en réalité, c'était un marché de 23 millions de dollars qu'il a donnés ». Ces chiffres sont difficiles à prouver. C’est pourquoi, il faudra au leader du PEDN des gages solides pour retrouver la sympathie de ses pairs, asseoir son parti à travers la Guinée et s’attirer davantage le reste de l’électorat auquel il n’est plus possible de voler un centime de suffrage. Fut-on diplomate, mué en homme politique.
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
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