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« Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation ! …Depuis cinquante ans, nous attendons. Pourquoi ne pourrions-nous pas attendre deux ou trois ans encore ? », dixit Elhadj Boubacar Biro Diallo, ancien Président de l’Assemblée Nationale.
Ce Lundi 2 Février 2009, toutes les notabilités de la Guinée : imams des grandes mosquées, évêques et prêtres des différentes églises et paroisses, sages des quatre coordinations régionales du pays, acteurs de la société civile étaient massivement mobilisés au Camp Alpha Yaya Diallo, siège des nouvelles autorités guinéennes, pour une cérémonie de prières et d’incantation des livres saints pour une transition dans la paix et la quiétude sociale, sous la houlette du CNDD.
Mais au-delà de la mobilisation exceptionnelle, la lecture du Saint Coran et les prières des imams et des prêtres, ce sera surtout les discours prononcés à l’occasion qui feront date, en cette autre journée d’onction nationale aux actions de la nouvelle équipe gouvernementale et, en particulier, du CNDD et son Président, le capitaine Moussa Dadis Camara.
Et parmi les plus marquantes, par l’éloquence, la profondeur et le ton de sincérité, on retiendra cette intervention de l’ancien Président de l’Assemblée Nationale de Guinée, Elhadj Boubacar Biro Diallo, dont nous vous proposons quelques extraits saillants :
« Mesdames et Messieurs, chers compatriotes !
… Le CNDD vient de nous mettre une corde au cou. Nous devons le comprendre, pour abandonner nos vieilles méthodes : le mensonge et la démagogie... Nous devons nous entendre, et leur dire la vérité, toute la vérité.
Si le Président du CNDD a pris sur lui, la responsabilité de nous réunir, c’est pour nous dire que nous sommes les premiers agents de l’édification de notre nation. Mais depuis 50 ans, nous avons failli à notre devoir.
… J’ai connu, comme il vient de le dire, tous les régimes : je suis de naissance féodale, j’ai vécu le régime colonial, j’ai vécu le régime du PDG que nous avons façonné ensemble, j’ai vécu le régime qui vient de s’éteindre. Si on m’avait compris, si on m’avait accepté, on ne serait pas là aujourd’hui…
M. le Président, ce ne sont pas vos connaissances qui vous ont mis ici, ce n’est pas votre naissance : c’est le destin. Dieu avait décidé, avant de vous créer, que vous allez commander la Guinée. Je ne sais pas pour combien de temps, vous ne le savez pas, c’est Dieu qui le sait.
Le conseil que je m’en vais vous donner est le suivant, il est simple : c’est Dieu qui vous a envoyé en mission, à un moment où le peuple de Guinée était désespéré. C’est dans les mêmes circonstances qu’il a envoyé le prophète Moise, au secours du peuple d’Israël. Et nous devons comprendre çà et vous devez l’accepter !
C’est pour vous dire de ne pas vous laisser impressionner, ni influencer par n’importe quelle pression. Qu’elle soit de l’intérieur ou de l’extérieur.
C’est nous qui savons ce que nous avons subi pendant cinquante ans. Nous connaissons mieux que quiconque, la plaie qui nous a rongé pendant cinquante ans. Si Dieu nous a envoyé quelqu’un, je pense qu’il va guérir cette plaie. Mais avec nous, oui, avec nous !
Mettons le mensonge de côté, la démagogie. Vous êtes guinéen, vous l’avez dit. Nous l’avons entendu, nous l’avons noté. Le peuple vous jugera à l’action. Dieu vous jugera, c’est lui qui vous a envoyé ici, ce n’est pas nous.
Aux forces armées, de toutes les catégories, je vous demande de vous donner la main, de serrer les rangs.
Toute la Guinée est dedans. Mais attention, attention ! Notre armée était devenue un fourre-tout : tous nos enfants délinquants, des voleurs, des drogués, on les a foutus dans l’armée. Je demande à M. le Président de balayer à sa porte. Nous serons avec lui. Quand il aura fini de balayer à sa porte, il pensera à la Guinée.
… On dit : « rapidement, rapidement, il faut passer le relais aux civils ». Eh, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Depuis 1958, combien de fois on a fait le recensement du peuple de Guinée ? Depuis 1958, combien d’élections « libres et transparentes » nous avons faites ? Et nous avons violé toutes nos lois !!!
L’extérieur qui ne nous connaît pas, nous dit qu’il faut respecter la légalité : quelle légalité ?
Nous avions entendu le premier responsable dire que c’est lui, la loi, et ce premier là, il est parti, donc il est parti avec la légalité ! Alors, nous tous, nous ne les laisserons pas faire ce qu’ils veulent.
Je dis tenez-vous la main, serrez les rangs, bannissez entre vous les ambitions. C’est Dieu qui est le propriétaire du pouvoir. Et il l’a dit : « Il y a beaucoup qui veulent le pouvoir, mais ce n’est pas le vouloir qui compte, ce n’est pas l’ambition qui compte, c’est le destin ».
Aujourd’hui le peuple de Guinée doit être soudé. Nous demandons au CNDD :
- de prendre le temps nécessaire pour nous faire une Loi Fondamentale correcte, plombée, inviolable !
- de toiletter tous les textes, le temps qu’il le faut.
Eux, ils ont dit qu’ils ne sont pas venus au pouvoir pour s’éterniser, ils l’ont promis. Mais il leur faut le temps nécessaire pour balayer la maison. Il faut décrotter pour balayer et défricher le chemin à ceux qui viendront légalement par la voie des urnes.
Il faut donner à la Commission Electorale Nationale Indépendante, le temps de faire le travail. Ils ont commencé le recensement, mais à la vitesse du caméléon. Moi, je me suis déjà fait recenser, mais, tenez-vous bien : il m’a fallu, à moi seul, 25 minutes pour terminer mon recensement. Pour mettre l’empreinte digitale, c’est la croix et la bannière ; pour faire la photo, c’est encore plus long.
Donc, il faut le temps nécessaire. Nous ne sommes pas pressés. Nous avons attendu pendant cinquante ans, on ne peut pas attendre deux ans, trois ans ?
M. le Président, je vous remercie. Que Dieu guide vos pas, qu’il vous protège ! Dieu a eu pitié de la Guinée et des Guinéens, il a écouté, il a entendu et a respecté les prières des pauvres misérables de la Guinée : il vous a envoyé. Ce n’est pas dû au hasard !
J’ai fait allusion tout de suite à le venue de Moise, au temps du pharaon le plus méchant : Ramsès II, qui tuait tous les nouveaux nés garçons du peuple d’Israël et ne laissaient que les filles. Mais çà, c’est ignorer Dieu et la puissance de son pouvoir : c’est Pharaon lui-même, qui a élevé Moise, et c’est ce Moise justement, qui a eu raison de lui. La volonté de Dieu est immuable, personne n’y peut rien !
Soyez tranquille, menez votre petit bout de chemin. N’ayez crainte qu’en Dieu, n’ayez peur que de Dieu : c’est le seul qui vous a mis ici, c’est le seul qui va vous préserver !
Le peuple de Guinée est avec vous, et il vous donne l’engagement d’utiliser tous les moyens nécessaires pour vous appuyer. Mais le jour où nous vous verrons dévier, on vous dira.
Nous, nous n’avons besoin de plus rien ! Moi, j’ai mes 84 ans maintenant, nous n’avons besoin de plus rien ! Nous avons besoin de la paix, de la quiétude, de la tranquillité, pour nous préparer à l’inéluctable, c'est-à-dire, la fin. Nous savons que nous irons de l’autre côté, on nous demandera des comptes. Nous n‘avons pas encore notre maison au paradis, loin de là ! Nous devons la construire. Ce n’est pas par le mensonge, la démagogie, le vol, les détournements… C’est par la vérité, l’honnêteté, la piété.
Donc, M. le Président, soyez tranquille, menez votre bon bout de chemin, maintenez la cohésion autour de vous. Personne ne peut rien contre vous. Personne ne vous a envoyé, c’est Dieu qui vous a envoyé. Vous êtes sous la puissance, la protection de Dieu.
Que Dieu vous sauvegarde. Que Dieu sauve la Guinée ! »
Transcrit par Fodé Tass Sylla Rédacteur en Chef de www.guineeactu.com
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