vendredi 5 juin 2009
Transition et participation féminine!
Saifoulaye Diallo

Voilà qui est encourageant pour l’avenir de la Guinée: cette dynamique de “Mouvements des femmes Guinéennes”. Reste à espérer que ce ne sera point un simple feu de paille; ou, juste une sortie médiatique.

 

Car, si la majorité de nos sœurs pouvaient être touchées par cette fièvre mouvementée, on n'aurait pas eu besoin de quotas pour imposer leur présence dans les instances de décision. Et, pour cause:

 

-         Démographiquement elles sont plus fortes.

 

-         Économiquement, elles s'affirment de plus en plus: dans beaucoup de foyers, c'est elles qui portent le "pantalon"; c'est un phénomène nouveau, mais quasi généralisé.

 

-         Intellectuellement, elles percent; mais, pas encore massivement.

 

Il faudrait donc que leaders de ces “Mouvements” continuent à s'organiser pour une sensibilisation plus poussée de la gent féminine. Car, je pense qu'elle (cette gent), bien mobilisée, peut apporter beaucoup à la Guinée, à l'Afrique et au reste du monde.

 

Cependant, il ne faudrait pas se tromper de cible: ce ne devrait pas être un ensemble de “mouvements” contre les hommes; mais, plutôt une chaîne de mouvements de mobilisation des femmes dans le sens précis de leur faire prendre conscience de leur force. Et ça, vous pouvez me croire, ne sera pas une mince affaire. Car, certaines léthargies sont difficiles à juguler.

 

Donc, tout le monde devrait prendre conscience que l’union (en l’occurrence femmes/hommes) fait la force dans ce processus de combat pour le développement socioéconomique de la Guinée. Si les uns et les autres sont suffisamment conscientisés sur la force que représentent les femmes dans la société, celles-ci retrouveraient naturellement leur place dans cette société; sans avoir besoin de la demander aux hommes.

 

Une femme “libérée” des emprises de certaines traditions, et consciente de sa responsabilité, serait mieux à même de jouer pleinement son rôle qu’une autre que l’on trouverait profondément “endormie” et à laquelle on confierait une responsabilité publique pour le simple fait qu’elle soit femme.

 

Donc, courir à l’assaut des autorités de Conakry pour simplement glaner quelques postes en faveur des meneuses les plus bruyantes, en laissant la véritable base féminine (paysannes, marchandes, artisanes, étudiantes, élèves du secondaire…) dans la léthargie, ne mènera pas bien loin. Ce serait comme une locomotive sans wagons, elle peut aller loin, mais, ne déplacera point grand-chose. Et, dans ce cas, je ne vois pas pour quoi la gente féminine ne continuerait pas à être le “bétail” électoral de qui saura en tirer parti.

 

Pour ce qui est de l'organisation de la transition, je crois qu’en plus de ces nobles objectifs de ces mouvements de femmes guinéennes, les acteurs politiques et sociaux de la Guinée devraient porter leur attention sur ces facteurs non moins importants.

 

La Guinée a une Administration pléthorique, budgétivore et inutilisée.

 

Tout ou presque se fait par des organismes externes à l'Administration classique. C'est le système de “projets” et d‘institutions parallèles qui contribuent à tuer l’Administration publique en la vidant de toute sa substance. S’il est de notoriété publique que l’Administration guinéenne est malade, ce n’est pas en la mettant systématiquement à l’écart qu’on peut la soigner et améliorer sa performance.

 

C'est une situation qui engendre une double dépense et empêche toute possibilité de performer cette Administration.

 

Pour illustrer mon propos, je prendrai entre autres, l'exemple du système d'assainissement des eaux usées récemment implanté à Kaloum. Le nouveau ministre d'État de l'Urbanisme s'en était inquiété - dès sa prise de fonction - du fait que ce système ne soit pas encore mis en service. Pourquoi cette situation? C’est parce que l'initiative de ce “projet” a été une affaire personnelle, elle ne s'est pas inscrite dans la structure du fonctionnement de l'Administration.

 

Une personne a initié le projet, l'a mené à bonne fin, a empoché - en passant - son "dû" et, est partie. Ceux qui sont là - n’étant pas impliqués dans le processus de décision - ne savent pas ce qu'il faut faire de cette infrastructure qui aura coûté à la Guinée des millions de dollars de dette.

 

Donc c'est une Administration fictive et dispendieuse que nous maintenons à bout de bras juste pour que l‘on dise que nous aussi nous avons une Administration.

 

Pour corriger cela, il aurait pourtant suffit que les décideurs acceptent de mettre en place un système qui permet de recruter des personnes véritablement préparées à faire fonctionner une Administration publique moderne et efficient; et, de leur doter des moyens requis pour qu’elles puissent s‘acquitter de leur mission.

 

Or, en Guinée, cinquante ans après “l'indépendance”, on n'a pas une École Nationale d'Administration Publique. À quoi bon en avoir alors que notre “université” en produit des “Administrateurs” à la pelle?

 

Chaque année la Guinée bénéficie de centaines de bourses d'études extérieures depuis 1958; personne au Service des Bourses Extérieures du Ministère de l'Enseignement Supérieure et de la Recherche Scientifique ne songe à orienter les étudiants en fonction des besoins en personnel de l'Administration publique. Qui le leur a demandé? Alors pour quoi vont-ils le faire? Gaspiller les ressources disponibles n’est-il pas le sport favori de notre performante Administration?

 

Si non, en lieu et place d'une CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante) qui viendra avec ses milliards de Francs Guinéens de budget (22 millions de dollars étasuniens de financement extérieur et 7 milliards de Francs Guinéens de contrepartie guinéenne pour la seule élection législative prévue en fin 2009) chaque fois qu’il y a des élections, pourquoi ne pas rétablir l'Administration du Territoire dans son statut légal: en mettant en place des mesures susceptibles de la rendre capable d’organiser des élections propres, comme partout où la démocratie est devenue une tradition?

 

Pourtant, avec ce montant (22.000.000 US$ + 7.000.000.000 GNF), soit environ 110 milliards de GNF ou à peu près 24 millions de US$, on pourrait facilement mettre en place ces mesures qui auraient - dans ce cas - l’avantage d’être permanentes et non temporaires; comme c’est le cas avec une CENI qui, malgré sa présence, n‘a jamais permis d‘avoir des élections régulières.

 

Cinquante ans après l’accession à la souveraineté nationale, il n’y a pas un système adéquat de Droit Administratif en Guinée, permettant d’attribuer prioritairement les emplois de la fonction publique aux mieux qualifiés des guinéens, de protéger les fonctionnaires contre les abus d’autorité de leur supérieur hiérarchique, d’instaurer un système de plans de carrière viable et permanent, de définir de façon cohérente et synergique les attributions des institutions, des services et des personnes; pour ne pas que n‘importe qui soit libre de faire n‘importe quoi comme c‘est le cas aujourd‘hui et depuis 1958.

 

Qui s’en soucie réellement aujourd’hui? Pourtant, des Guinéens vivent en Europe, aux États Unis, au Canada, … et savent que dans ces pays il y a des structures et des lois qui organisent tout. Aucun d’entre eux ne prend la peine de se dire qu’est-ce qui fait que ça marche ici, mais pas chez moi? Par quels moyens sont-ils arrivés à cet équilibre ici, alors que chez moi, c’est toujours le chaos? À qui vont-ils le dire d’ailleurs? Par quelle structure institutionnelle va-t-on recueillir leurs suggestions et les intégrer au système local pour l’améliorer?

 

Comme quoi, l’État, réel (pas celui dont on nous a appris par cœur les caractéristiques à la faculté ou à l‘École d’Administration) reste à mettre en place en Guinée. Pour ce faire, la mobilisation de toutes les énergies disponibles est requise dans un esprit de solidarité et de partage.

 

 

Saifoulaye DIALLO, Conakry, Guinée

 

Pour www.guineeactu.com
 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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