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La France refuse d’apporter toute caution morale à une éventuelle candidature de Moussa Dadis Camara à la prochaine présidentielle. Elle l’a fait savoir à la mission de la junte qui a séjourné la semaine dernière à Paris.
La mission que la junte a dépêchée auprès des autorités françaises, pour leur faire part certainement des intentions qui animent dorénavant le capitaine Moussa Dadis Camara concernant la présidentielle de 2010, n’était pas la bienvenue à Paris. Si l’on s’en tient, ne serait-ce qu’au mauvais accueil qu’un groupe de Guinéens résidant en France lui a fait dans la matinée du mercredi 16 septembre, comme le rapporte un site Internet local.
D’après nos sources, cette fraction de la diaspora guinéenne avait investi la devanture d’un hôtel chic situé dans le 8e arrondissement où la délégation avait pris ses quartiers, pour pas moins de 700 euros la nuitée, par suite. Un confort qui trahit l’austérité budgétaire que le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) fait semblant d’adopter, crise oblige. De quoi ajouter à la colère des manifestants, qui ne cachaient pas semble-t-il, leur hostilité pour une éventuelle candidature de Moussa Dadis Camara. Ils auraient ainsi tancé vertement la junte.
Dans ce grand hôtel parisien donc, les membres de la mission s’étaient terrés dans leurs chambres, fuyant les quolibets de cette foule déchaînée. Après cette douche froide, le général Sékouba Konaté et sa suite ont alors tenté le tout pour le tout pour prendre langue avec les autorités françaises.
Il faut aussi rappeler qu’un magazine panafricain, bien coté, avait fait cas d’un incident qui se serait produit lors des préparatifs du voyage des officiels guinéens à Conakry. Concernant une affaire de visas.
Mais une source proche de l’Ambassade de France en Guinée que nous avons pu joindre, a plutôt dit le contraire. En indiquant que contrairement à ce qui a été dit, les membres de la délégation étaient quasiment tous détenteurs de visas en cours de validité. Ils pouvaient donc s’envoler pour l’Hexagone sans recourir aux services du Consulat français. Toutefois, nous avons appris par la même occasion que l’Ambassade de France n’avait pas été associée à ce voyage sur Paris.
Cela ne surprend guère quand on sait qu’à la demande du Capitaine Moussa Dadis Camara, l’ambassadeur Jean-Michel Berrit et deux autres employés de l’Ambassade de France en Guinée ont été rappelés par Paris, la junte reprochant à M. Jean-Michel Berrit ses critiques acerbes à son encontre.
Le diplomate n’avait pas hésité à flétrir lors de la fête du 14 juillet dernier « les progrès trop lents dans la mise en œuvre du chronogramme électoral et du dialogue politique, le retard dans la mise en place du Conseil national de transition et dans la formalisation de l’interdiction de se présenter aux élections pour les membres du CNDD et du gouvernement et la persistance de violation de droits de l’homme et d’actes de violence contre des civils et des opérateurs économiques par des hommes en uniforme ».
Pour revenir au voyage de Paris, la délégation qui aurait été reçue par certains conseillers du président Sarkozy et le secrétaire d’Etat à la Coopération et à la francophonie, M. Alain Joyandet, aura fait chou blanc, la France ayant réitéré à Dadis Camara de respecter ses engagements, à savoir ne pas se porter candidat aux consultations électorales en vue.
C’est sur cette note que le général Sékouba Konaté devait rentrer au bercail le week-end dernier. Pendant que des acteurs de la société civile guinéenne s’envolaient eux aussi pour la capitale française, où ils devraient conférer avec des parlementaires français ce 23 septembre sur l’évolution du processus de transition en Guinée dans le cadre du PROJEG (Programme de renforcement des organisations de la société civile et de la jeunesse guinéennes). Ce programme cofinancé par le ministère des Affaires étrangères et européennes a pour objectif de « faciliter la concertation entre les différentes composantes de la société civile guinéenne et des organisations françaises de la société civile françaises mobilisées à leurs côtés ».
Dans la foulée, l’Union Africaine a donné un ultimatum d’un mois à la junte, en lui demandant de « s’engager par écrit à ne pas se présenter aux élections ».
Face à l’étau qui se resserre de plus en plus sur le capitaine Moussa Dadis Camara, celui-ci a dorénavant le choix entre renoncer à ses desseins ou résister avec opiniâtreté.
Affaire à suivre donc.
Mamadou Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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