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Désormais, c’est de toutes parts que le capitaine Moussa Dadis Camara est acculé pour l’amener à respecter le chronogramme de la transition. Le refus des forces vives de répondre à son invitation en est une nouvelle preuve.
Le capitaine Moussa Dadis Camara est-il mal en point ? Plusieurs observateurs des derniers évènements qui ont marqué l’actualité guinéenne sont enclins à répondre à cette question par l’affirmative. Le dernier ‘’coup’’ reçu par le chef de l’Etat est venu du Forum des Forces vives qui a décidé de ne pas se rendre au Palais du peuple où les avait conviés le capitaine Moussa Dadis Camara. Ce collectif qui réunit les partis politiques, la société civile, les syndicats, les confessions religieuses et les coordinations régionales, a estimé que ce cadre n’est pas approprié pour un dialogue constructif.
Ce développement du reste inattendu dans les rapports houleux entre le chef de la junte guinéenne et ces forces vives sonne comme le premier véritable écueil entre le capitaine Moussa Dadis Camara et ses interlocuteurs de la transition guinéenne. En effet, jusque-là, les forces vives notamment les partis politiques avaient observé un profil bas devant ce que certains appellent ‘’l’agressivité’’ du chef de l’Etat vis-à-vis de la classe politique guinéenne.
Ces derniers temps, le capitaine Camara ne ratait aucune occasion de tirer à boulets rouges sur les anciens opposants de feu général Lansana Conté. Il leur reproche en effet d’avoir remis en cause les deux ans de transition que la junte s’était proposée de passer dans son discours de prise du pouvoir. En clair, la durée de la transition fixée à un an par le chronogramme des forces vives est la principale pomme de discorde.
Ce refus des forces vives de répondre à l’invitation présidentielle accentue on ne peut plus la pression sur la junte militaire au pouvoir en Guinée depuis le 23 décembre 2008. En moins d’une semaine, plusieurs voix se sont élevées pour rappeler le CNDD et son président au respect de leurs engagements d’organiser des élections libres et transparentes en fin 2009 conformément au chronogramme de la transition. Ce document conçu sous l’arbitrage de la Communauté internationale a été, faut-il le rappeler, approuvé et signé par le capitaine Moussa Dadis Camara.
Le premier son de cloche est venu de la France qui a rejoint les Etats-Unis dans leur logique de fermeté vis-à-vis de la junte militaire guinéenne. Le ministère français des Affaires étrangères par la voix de son porte-parole a ainsi rappelé son attachement « au respect du calendrier électoral initialement proposé par la coalition des forces vives de Guinée qui doit, conformément aux engagements pris devant le Groupe international de contact sur la Guinée (GIC-G), être mis en œuvre le plus rapidement possible par la junte ».
Au sortir de sa réunion des 18 et 19 juin dernier, le Groupe Local International de Contact sur la Guinée en a également appelé « au CNDD et au Gouvernement d’une part au respect des engagements, d’autre part à la conduite de la Transition conformément au chronogramme proposé par les Forces Vives et accepté par le CNDD. Ce chronogramme prévoit la tenue des élections en 2009. »
Il faut rappeler que ce groupe composé de diplomates accrédités en Guinée a été mandaté par le Groupe International de Contact sur la Guinée coprésidé par Ibn Chambas président de la Commission de la CEDEAO et le Pr. Ibrahima Fall de l’Union Africaine. C’est sous l’égide du GIC-G qui a enregistré trois assises à Conakry que le chronogramme de la transition dont il est question a été élaboré.
Autre appel au respect du chronogramme de la transition par la junte militaire, celui de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dont le sommet des chefs d’Etat s’est tenu le 22 juin dernier à Abuja au Nigeria. La CEDEAO a exigé de la part du CNDD l’organisation des élections législatives et présidentielles avant la fin de cette année conformément à ses engagements initiaux
Auparavant, dans son rapport final auquel le capitaine Dadis s’est d’ailleurs violemment attaqué, la conférence des chefs d’état major des pays de la CEDEAO qui s’est tenue à Ouagadougou au Burkina Faso a constaté que la transition guinéenne était en souffrance.
On se rappelle que la même exigence avait été manifestée par l’Union Européenne lors de la visite d’une délégation du CNDD à Bruxelles. L’UE avait insisté pour que le CNDD, son président et le gouvernement réitèrent leurs engagements à ne pas se présenter aux prochaines élections.
Ce qui précède prouve à suffisance que l’étau se resserre aujourd’hui sur la junte militaire notamment le capitaine Moussa Dadis Camara soupçonné de vouloir jouer les prolongations. Jusque-là sous la pression de la seule Communauté internationale, aujourd’hui, le président du CNDD doit faire face à l’épreuve des Forces vives de la Nation. Autant dire que de sa capacité à écouter tous ces appels, dépend du sort de la transition guinéenne.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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