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Le procès des 5 ressortissants Chinois et leurs complices Guinéens interpellés l’année dernière par la junte pour contrefaçon de produits pharmaceutiques a démarré ce lundi, à la Cour d’Appel de Conakry. Cette bande de « faussaires » avait été condamnée en première instance à 5 ans d’emprisonnement, avant d’interjeter appel.
Ce lundi, seuls les 5 ressortissants chinois ont répondu à la convocation du président de la Cour d’Appel. Leurs complices étaient eux, absents des lieux. Les avocats de la défense ont exigé que les objets mis sous scellés lors de l’interpellation de leurs clients soient présentés devant la Cour. Une demande acceptée par le président qui a cité l’article 420 du code pénal guinéen qui stipule que : « hors les cas où la loi en dispose autrement, les infractions peuvent être établies par tout mode de preuves et le juge décide après son intime conviction. Le juge ne peut fonder sa décision que sur des preuves qui lui ont été apportées au cours des débats et discutées devant lui ». La Cour va ensuite confier les accusés au procureur et renvoyer les travaux sine die.
La partie civile avait elle, au cours de cette audience qui fut très brève, insisté sur la nécessité de requalifier les faits.
Car selon elle si lors du procès qui s’était déroulé en première instance au tribunal de Conakry 2, l’année dernière, les Chinois avaient été inculpés pour « escroquerie », cette fois l’accusation voudrait que le chef d’accusation porte sur la « contrefaçon de produits pharmaceutiques ». Ce procès déchaîne les passions au sein de l’opinion d’autant qu’il donne lieu à une confrontation entre le premier président de la Cour d’Appel de Conakry, M. Doura Chérif et le lieutenant-colonel Moussa Tiégboro Camara, ministre à la présidence chargé des Services spéciaux, du grand banditisme et de la lutte antidrogue.
Tiégboro avait récemment convoqué en date du 1er février 2010, Doura Chérif l’accusant d’avoir libéré les Chinois, qui étaient détenus à la Maison d’arrêt de Conakry.
Le président de la Cour d’Appel a refusé de répondre à cette convocation en déclarant dans la presse : « Je ne sais pas de quelle autorité Tiégboro peut-il se permettre de convoquer un magistrat, à priori un président de la Cour. Je ne vois pas la relation qu’il y a entre nous pour qu’il se permette pareils comportements. Je crois que c’est le genre de choses qui doit cesser dans ce pays, parce que la superposition des autorités ne signifie pas leur suppression ».
Doura Chérif profitera pour dire que les Chinois ne sont pas libérés mais placés sous contrôle judiciaire, contrairement aux allégations. Le ministre de la lutte contre le grand banditisme a crié sur tous les toits que lui avait refusé la somme de 150 mille dollars USD contre la libération de ces Chinois, comme pour prouver sa bonne foi à l’opinion. Concernant les objets saisis dans la fabrique clandestine de produits pharmaceutiques des Chinois, il s’agit de 14 machines, une voiture Volkswagen et des bijoux. La justice exige que tous ces objets mis sous scellés soient présentés devant la Cour d’Appel, avant que le procès ne reprenne son cours normal.
Aux dernières nouvelles, M. Doura Chérif aurait porté plainte le 5 février dernier contre le lieutenant-colonel Tiégboro au près du tribunal de première instance pour « outrage à un magistrat dans l’exercice de ses fonctions, menaces, calomnies et injures par voie de presse ».
Djibril Bah Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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