mercredi 1 avril 2009
Tourments et servitudes de l’Union Africaine dans la gestion des conflits
Aboubacar Fofana

Nous voulons passer en revue les contradictions internes qui minent l’Union Africaine (U.A.) depuis sa création, et surtout, depuis le deuxième semestre 2008 jusqu’à aujourd’hui. Pour ce faire, nous prendrons appui sur les exemples de quelques pays Africains à savoir : le Zimbabwé, la Mauritanie, la Guinée, la République Démocratique du Congo, et enfin, Madagascar.

 

Nous essaierons tout d’abord, de comprendre les ressorts qui dictent les prises de position de l’organisme panafricain, ensuite, nous verrons comment ils sont mis en œuvre en cas de survenance de conflit, et enfin, nous verrons les évolutions nécessaires pour que l’Union survive.

 

L’Union Africaine a été décidée par les chefs d’Etat et de gouvernements, lors d’un sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), à Syrte en Lybie,  le 9 septembre 1999. Ils adoptèrent une déclaration, la Déclaration de Syrte, « en vue, entre autres, d’accélérer le processus d’intégration sur le continent afin de permettre à l’Afrique de jouer le rôle qui lui revient dans l’économie mondiale, tout en déployant des efforts pour résoudre les problèmes sociaux, économiques et politiques multiformes auxquels elle est confrontée, problèmes accentués par certains effets négatifs de la mondialisation. »

 

L’Acte constitutif de l’Union africaine, fut adopté en 2000, lors du Sommet de Lomé (Togo).

  

La Décision d’Alger sur les changements anticonstitutionnels de gouvernement, adoptée en 1999, et la Déclaration de Lomé sur le cadre pour une réaction face aux changements anticonstitutionnels de gouvernement, adoptée en 2000, interdisent toute prise de pouvoir par des moyens non constitutionnels.

 

L’Union africaine est donc dans son rôle, quand elle condamne les coups d’Etat qui se produisent sur le continent. Il y a une automaticité de fait.

 

Ce que d’aucuns reprochent à l’Union africaine, c’est de ne pas s’impliquer dans l’observation des conditions d’exercice du pouvoir des gouvernements des Etats membres, avant même que les conflits ne surviennent.

 

Ce fut le cas en Guinée, avec Monsieur Lansana Conté. Surtout en juin 2006, après le massacre de lycéens, lors d’une manifestation pacifique pour pouvoir passer leur examen de fin d’année, alors que leurs professeurs étaient en grève. Il y eut une vingtaine de morts.

 

Une deuxième fois en janvier 2007, lors de l’insurrection populaire, les forces de l’ordre ont tiré, à balles réelles et sans sommation, sur les jeunes. Près de 300 morts, là aussi.

 

Il y eut une médiation de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), en la personne de l’ancien Président Nigérian Ibrahim Babangida, à la suite de ces évènements tragiques et une grève générale de deux mois.

 

Après la signature d’un accord tripartite de sortie de crise entre l’intercentrale syndicale, le conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG), et le pouvoir aux abois, suivi de la mise en place d’un poste de Premier Ministre, chef de gouvernement, il n’y eut pas de suivi et Monsieur Conté a tôt fait de fouler ces accords au pied, en limogeant Monsieur Lansana Kouyaté.

 

Dans le cas du Zimbabwé, Monsieur Robert Mugabé n’en a fait qu’à sa tête, durant un an, pendant que l’économie du pays connaissait une chute abyssale, avec des taux d’inflation record, dépassant l’entendement. La South African Development Communauty (SADC) s’est complètement discréditée dans cette affaire, en voulant ménager la chèvre et le choux c'est-à-dire, en ne situant pas clairement les responsabilités du blocage de la situation, en l’occurrence la mauvaise foi notoire de Monsieur Mugabé. Monsieur Thabo Mbeki n’a pas été à la hauteur de la tâche.

 

Qu’elle aurait été la réaction de l’U.A., si un coup d’Etat s’était produit au Zimbabwé ? Une condamnation systématique, alors que l’organisation sous régionale a été incapable de débloquer la situation.

 

En Mauritanie, après le coup d’Etat du 6 août 2008 du colonel Abdel Aziz, la décision de l’UA a été claire et sans ambigüités. De plus, l’on a assisté à une régression démocratique dans ce pays, après des élections incontestées, quinze mois au paravent.

 

En Guinée, après la mort de Lansana Conté et la prise du pouvoir par Le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD), la condamnation du coup de force fut sans appel par toute la communauté internationale. C’était tout à fait logique, même si le guinéen lambda a du mal à la comprendre, lui qui a vécu 24 ans de pouvoir autocratique et corrompu.

 

En République démocratique du Congo (RDC), l’on a vu Monsieur Olusegun Obansanjo traiter avec  Monsieur Laurent Nkunda, comme un chef d’Etat, lors des négociations, et l’U.A., s’empresser de se réjouir de sa chute, une fois qu’il a été arrêté par les hommes de Monsieur Paul Kagamé.

 

Le dernier cas se déroule encore sous nos yeux : il s’agit du coup d’Etat civil ayant chassé Monsieur Marc Ravalomanana du pouvoir, le 14 mars dernier, au profit de Monsieur Andry Rajoelina. Le putsch s’est produit après deux mois de blocage de la vie économique et sociale de la grande île. Tout ou presque a été dit à ce sujet.

 

L’UA, comme dans le cas de la Mauritanie et de la Guinée, exige le retour à l’ordre constitutionnel.

 

Dans une précédente livraison à ce propos, nous posions la question de savoir si :

 

« Le fait d’être élu régulièrement et démocratiquement, est une condition nécessaire et suffisante, pour se maintenir au pouvoir malgré une impopularité manifeste, et faire ce que l’on veut ? »

 

Nous pensons que détenir son pouvoir du suffrage universel, ne peut pas permettre de faire tout ce que l’on veut, surtout quand il y a des manifestations monstres de désaveux, qui durent des mois. A moins de démissionner, il faudrait organiser une consultation populaire, un référendum sur le sujet en question.

 

Nous sommes tous contre la dévolution extraconstitutionnelle du pouvoir, c'est-à-dire, en dehors d’élections démocratiques, conformément aux statuts de l’Union africaine.

 

A ce stade nous devons nous demander pourquoi subitement, alors que l’on pensait que cette période était révolue, les coups d’Etat se multiplient depuis un an sur le continent ?

 

Cela se produit la plupart du temps, quand les voies institutionnelles d’accès au pouvoir sont biaisées. Quand on a le sentiment que rien d’autre ne peut débloquer la situation.

 

Cette situation tendrait à montrer que l’UA ne doit pas se contenter de « l’habillage  ou apparence démocratique » des régimes en place, mais plutôt, exercer un « contrôle » de l’exercice du pouvoir. Elle doit se préoccuper des situations de dictature, d’oppression et de non respect des constitutions ou lois fondamentales, et si nécessaire, élever la voix avant que la crise ne se produise.

 

Elle doit s’ériger contre les tripatouillages des constitutions à des fins personnelles, pour pouvoir se présenter éternellement à la magistrature suprême. Cela constitue une forme de violence faite à l’intelligence des citoyens : un coup d’Etat qui ne dit pas son nom.

 

L’UA doit agir, avant les que les crises ou évènements ne se produisent, au lieu de réagir à ces derniers. En un mot : elle doit éviter de jouer aux pompiers !

 

 

Aboubacar Fofana
pour www.guineeactu.com 
     

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Vos commentaires
Bangaly Traore, jeudi 2 avril 2009
Le dictateur Kaddafi a la tete de l`UA,c`est loin d`etre une bonne nouvelle pour le continent,car dans la libye de kaddafi,comme vous le savez,il n`y a ni election,ni opposition,ni constitution,ni liberte d`expression,ni societe civile et ni la moindre compte sur l`utilisation par le clan au pouvoir de la rente petroliere.peut-on parler d`election si le dictateur est a la tete de l`UA?.
Koundouno Fatoma, mercredi 1 avril 2009
Excellente analyse Mr Fofana! Je pense que l`Union Africaine, dans sa structure actuelle, ne peut résoudre aucun problème du continent, Pourquoi? Parce que tout simplement, les vrais décideurs de la dite union sont tous des dictateurs. Est ce qu`un Mr Oumar Bongo(Gabon) oubien Mr Paul Biya(Cameroun) peut donner des leçons de democratie à un certain Mr Dadis Camara? Si le non est évident, alors le bout du tunnel ne sera pas pour demain. L`Afrique a besoin d`une vraie revolution politique et économique pour son décollage.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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