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Encore en cavale au moment où nous mettions sous presse, l’ex aide de camp le Lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba pourrait-il être une menace pour la stabilité du pays. En tout cas, l’homme qui a osé tirer sur le chef de la junte le Capitaine Moussa Dadis Camara aurait confié par téléphone à l’AFP, qu’il est « en lieu sûr », en train de « voir l’évolution des choses » en compagnie « d’une bonne partie des hommes avec moi ». Quelle sera l’issue de sa traque ?
L’ex aide de camp du Capitaine Moussa Dadis Camara, le chef de la junte guinéenne, court toujours. Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba est activement recherché par les forces de défense et de sécurité depuis qu’il a tiré sur son ancien patron le 3 décembre dernier. La scène qui s’est déroulée ce jeudi aux environs de 18 heures au Camp Koundara, siège du Bataillon Autonome de la Sécurité Présidentielle (BASP), a laissé pantoises les populations guinéennes, qui ne s’attendaient pas à un tel scénario kafkaïen.
Le Lieutenant Diakité sur qui pèsent de gros soupçons dans l’exécution du massacre du 28 septembre au grand stade de Conakry, en serait arrivé à la dispute, voire aux mains, avec le chef de la junte. Le Capitaine Dadis, qui s’était rendu dans l’enceinte de Koundara avec un dispositif de sécurité visiblement allégé tentait ainsi de calmer les ardeurs belliqueuses de son ex-aide de camp. Ce dernier s’était bunkerisé dans ce camp, soit pour échapper à l’audition des enquêteurs de l’ONU sur le massacre du 28 septembre, soit pour protester contre la tentative du Capitaine Dadis, comme le prétendent certains, de lui faire endosser la responsabilité des exactions du stade.
Comme animé d’un instinct de survie, Toumba Diakité n’a donc pas hésité de faire le coup de feu contre son ex patron, qui s’est écroulé sur le champ avant d’être évacué sur le Maroc, le lendemain vendredi 4 décembre dernier. Hospitalisé dans une clinique de Rabat, le chef de la junte guinéenne, qui a pris entre autres une balle à la tête, y a subi une intervention chirurgicale dont les suites sont jugées ‘’favorables» par son ministre des Affaires Etrangères Alexandre Cécé Loua.
Si les Guinéens sont étreints par les incertitudes quant à l’état de santé réel du Capitaine Moussa Dadis Camara, ils ne sont pas moins inquiets à l’idée que le Lieutenant Toumba Diakité serait toujours en cavale. En témoigne la mise à prix de la tête du fugitif par les autorités du pays, qui ont promis une importante récompense à quiconque fournirait des informations sur l’ex-aide de camp. Cet appel à la délation a d’ailleurs été rendu plus explicite le mardi 8 décembre dernier. En effet, le pouvoir promet une somme de 200 millions de francs guinéens et une villa à toute personne qui aiderait à débusquer l’homme en cavale.
Pour leur part, les équipes qui se sont lancées aux trousses de Toumba Diakité n’y vont pas de mains mortes dans leurs descentes. Lundi dernier, suite à une fausse alerte, un commando qui serait conduit par le ministre chargé de la Sécurité présidentielle Capitaine Claude Pivi a semé la terreur à Cosa, un quartier chaud de la banlieue de Conakry. Ces équipes auraient réussi tout de même à mettre la main sur plusieurs des acolytes de Toumba Diakité. Parmi eux, le Commandant du Camp Koundara Mohamed Camara dit Beugré, arrêté vendredi dernier à Pamelap, une localité guinéenne située à la frontière avec la Sierra Leone.
Malgré ces coups de filet réussis, l’inquiétude règne toujours car le principal concerné est encore dans la nature. Et comme s’il voulait narguer les hommes à sa traque, le Lieutenant Toumba Diakité a pu parler à nos confères de l’AFP (l’Agence France Presse). Lors de ce contact téléphonique, l’homme le plus recherché en Guinée a dit : « Je suis en lieu sûr. Je suis en Guinée, je suis libre de mes mouvements ». Et d’ajouter, sibyllin : « On attend de voir l’évolution des choses. J’ai une bonne partie des hommes avec moi ».
Ces derniers propos ont eu le don de semer la peur parmi les Guinéens. Si cette déclaration s’avère, il y a des raisons de se faire du mauvais sang. Avoir des hommes avec soi et attendre de voir l’évolution des choses, ce sont-là des propos qui donnent à réfléchir à ce que le Lieutenant Toumba Diakité pourrait être tenté de mijoter. En clair, certains craignent qu’il ne se replie dans une partie du pays avec ses ‘’hommes» pour ainsi mettre en mal l’intégrité du territoire guinéen. On sait par exemple que l’ex-aide de camp avait pris l’initiative de faire libérer les militaires détenus sur l’île de Kassa. Parmi lesquels figurent plusieurs proches du défunt président Lansana Conté, qui ont été arrêtés pour des raisons qu’il serait difficile d’énumérer.
Sa traque en Guinée, et celle dont il pourrait faire l’objet de la part de la justice internationale sont des éléments inquiétants quant aux velléités susceptibles d’animer le Lieutenant. L’existence de clans au sein de l’armée, celui de Toumba Diakité en est une preuve, explique les soucis de voir l’ex aide de camp se lancer dans une partie de résistance. En comptant, bien sûr, sur ceux qu’il appelle « une bonne partie des hommes avec moi ». D’où peut-être, le risque de somalisation de la Guinée redouté par plus d’un observateur averti.
Alors, les équipes qui se sont livrées à la « chasse à l’homme Toumba » vont-elles mettre le grappin sur lui ? Attendons de voir.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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