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L’inquiétude grandit chez les populations face au retard accusé dans la composition du gouvernement d’union nationale. Ce qui, aux yeux de nombre d’observateurs, serait mauvais signe pour la transition.
Il est encore trop tôt de crier victoire contre ceux qui ne veulent pas du tout entendre parler de changement en Guinée, dans le sens du progrès et pour l’enracinement d’une culture démocratique. Ce pessimisme perceptible chez de nombreux esprits, serait dû au fait que le gouvernement d’union nationale qui est censé ouvrir la voie à ce processus tarde à prendre forme. Quid des raisons de ce retard ? Des tiraillements autour de la finalisation de l’accord global de Ouaga qui a accouché du projet de nomination d’un Premier ministre, chef de gouvernement issu des rangs des Forces vives seraient pour quelque chose dans ce retard. A cela il faut greffer les difficultés que le Premier ministre aurait à faire une synthèse des différentes listes qui lui ont été soumises par la junte et les Forces vives. Et dont il doit impérativement tenir compte dans la composition de son équipe. Certains détracteurs de Jean Marie Doré y voient eux, une volonté délibérée du Premier ministre de faire de la surenchère, lui qui avait voulu fouler au pied l’accord de Ouaga. Avant de se raviser.
De nombreux cadres en quête de postes ont commencé à faire une cour assidue au Premier ministre qui, soudain, se retrouve sous les feux de la rampe.
Parmi les portefeuilles qui nourrissent la polémique dans le cadre du futur gouvernement, il y a celui de l’Economie et des Finances, mais aussi des Mines et de l’Administration du territoire.
A cela il faut ajouter la Communication et les Nouvelles technologies de l’information (NTIC), ainsi que les Transports et le Commerce.
Des ministères qui constituent ce que l’on appelle dans le jargon des économistes les poches de dépenses.
C’est là que sont générées les recettes. Et les militaires ne voudraient pas les lâcher aux mains des civils. Histoire sans doute de se préparer une retraite dorée. C’est dire que la bonne gouvernance n’est pas pour demain. Pour ce qui est des Finances, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances Dr Ousmane Doré était pourtant pressenti pour occuper le fauteuil. Ce rappel de Doré, qui a regagné Washington depuis son éviction du gouvernement en 2008, serait appuyé par l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté, qui malgré les dissensions qui ont opposé les deux hommes à un moment donné, aurait selon un de ses proches, reconnu les mérites de cet expert du FMI. Qui avait quitté la Guinée, on se souvient, sur la pointe des pieds, après avoir été accusé de détournement de fonds destinés à l’organisation du cinquantenaire.
Doré s’était défendu d’avoir pourtant géré les 18 milliards de francs guinéens dont il était l’objet dans ce parfum de scandale financier, comme il fallait. Laissant certains de ses compatriotes toutefois dans le scepticisme. Il reviendra à Jean Marie Doré dont il serait proche, étant tous deux originaires de la préfecture de Lola, d’appuyer cette requête auprès de qui de droit. S’il n’est pas trop tard.
Confier le portefeuille de l’Economie à un cadre compétent et intègre qui ne soit ni membre des Forces vives ni membre de la junte militaire pourrait, de l’avis de bien des gens, mettre un frein à la corruption qui gangrène l’administration publique. Quitte à voir maintenant si Ousmane Doré est la bonne personne sur qui compter. Au sein de l’opinion en tout cas, l’idée de voir un membre du CNDD trôner de nouveau à la tête du département de l’Economie, ne fait pas plaisir. D’autant que le ministre sortant le commandant Mamadou Sandé n’a pas laissé de bons souvenirs en matière de rigueur dans la gestion.
Le ministère de l’Administration du territoire et des affaires politiques (MATAP) constitue aussi une pomme de discorde entre la junte et les Forces vives, dans les tractations qui entourent la formation du nouveau gouvernement.
Ce département clé, dont la gestion de façon saine, pourrait contribuer à la tenue d’élections libres, crédibles et justes serait visé par les Forces vives. Dans cette atmosphère tendue, il faut craindre que la menace sur la transition ne vienne pas seulement du camp des pro-Dadis qui rêvent de son retour, afin de remettre tout le processus à plat.
Elle pourrait venir aussi des prébendiers et des opportunistes de tout poil qui pourraient user de manœuvres afin que les élections ne se tiennent pas dans les six mois fixés par l’accord de Ouaga.
Surtout qu’ils veulent s’accaparer des postes juteux.
Tout ça ne rassure pas l’opinion qui commençait pourtant à voir l’avenir en rose, dès que Dadis a décidé de rester hors du pays.
Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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