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La sous-préfecture de Timbo est située à 50 km de Mamou et à plus de 300 Km de la capitale guinéenne. Erigée en chef lieu d’arrondissement (actuelle sous-préfecture) en 1957, soit un an avant l’indépendance nationale, cette localité est traversée par la route nationale No1 Conakry-Kankan.
Sur le plan historique, Timbo était considéré comme le noyau d’un cercle administratif et religieux de toute la contrée foutanienne. Dans le Fouta théocratique, Timbo faisait partie des 9 diwés, entendez 9 préfectures avec le découpage géographique fait par le colonisateur français. Ces diwés sont : Timbo, Timbi, Labé, Kébaly, Koladé-Kankalabé, Fougoumba, Fodé Hadji, N’Bourya et Koin etc. Ainsi, selon le pacte social signé entre les tribus, le siège du pouvoir central était basé à Timbo où résidaient les deux familles régnantes, à savoir Alphayah et Soriyah. L’alternance au pouvoir se faisait tous les deux ans, après l’expiration du mandat de la famille qui régnait jusque-là. Le principe démocratique de partage du pouvoir était ainsi observé sans faille, car chaque famille était obligée de céder le trône sans violence aucune.
Voir Timbo et se désoler
Piteux dans son état actuel, Timbo ne ressemble qu’à un petit village abandonné. Propice et rayonnant au début, ce diwal a presque perdu plusieurs valeurs historiques qu’il incarnait par le passé, des décennies durant. Un voyageur neutre qui y débarque ne trouve aucun signe pouvant encore retracer le passé glorieux de Timbo. Aucune référence historique ou tout au moins touristique pour témoigner ce que fut Timbo il y a des décennies. Certes, un seul endroit gardait dans un passé récent les signes historiques de Timbo : la Mosquée centrale qui est présentement en pleine rénovation, grâce à la contribution des ressortissants et des bonnes volontés. Cette maison de Dieu en rénovation totale risque aussi de perdre ses traits historiques. Mais pourquoi le diwal de Timbo se trouve-t-il dans cet état ! C’est la question qu’on pourrait se poser, lorsqu’on est un visiteur curieux. Fort malheureusement, on ne peut trouver aucune réponse. Seulement, de passage dans ladite localité, nous avons interrogé un habitant qui a difficilement accepté de nous répondre. Voici les propos de Mody I.B :«Timbo est dans un état inexplicable, mais nous ne somme pas les seuls. En Guinée de façon générale, l’on ne pense jamais à maintenir les traces historiques de nos ancêtres ou descendants. La mosquée de Dinguiraye, le village de Samory (à Minignan Baladougou dans l’actuel Kérouané, ndlr), la cité Niger sont aussi des illustrations parfaites de ce que je vous dis. Pour le cas spécifique de Timbo, je peux vous dire que rien ne montre de nos jours que notre village a eu un passé riche en valeurs religieuses, historiques et même culturelles dans le Fouta. Pourtant, tout se décidait ici. Vers la sortie du village (en direction de Conakry, ndlr), sur cette colline que vous voyez, il y a tout de même un puits que les Almamy du Fouta utilisaient pour des besoins divers, lors de leurs multiples réunions.»
Notre interlocuteur, visiblement peu intéressé par la conversation, a tout de même précisé que le village de Timbo constitue jusqu’à nos jours un lieu de prière et de bénédiction pour certains adeptes de la religion musulmane en Guinée.
Le long de la route nationale, des maisons nouvellement construites ont presque fini par remplacer les vieilles cases des anciens, bâties en banco et recouvertes de pailles, dont la beauté architecturale a défié le temps à travers les âges. Le marché hebdomadaire de Timbo se tient tous les dimanches et connaît toute la pratique florissante du petit commerce de bétail, de produits agricoles, et d’articles divers.
Ave une superficie de 290 Km2, la population de Timbo est estimée à un peu plus de 10.000 habitants, selon une statistique du PRCI (Programme de renforcement des capacités institutionnelles). On note une forte croissance de la couche féminine avec plus de la moitié de la population totale. L’agriculture et l’élevage restent encore les principales occupations des paysans de la localité.
En outre, les édifices publics sont abandonnés et se trouvent dans un état de délabrement avancé. Ce sont, le siège de la sous-préfecture, le poste de police et les sièges d’autres services publics.
Par ailleurs, d’un constat général, l’exode rural a fini par faire de Timbo une contrée dépourvue de bras valides. Une réalité qui n’est pas seulement propre à Timbo. A coté de ces tristes réalités, des sources concordantes affirment que la dépravation des mœurs est aussi un autre facteur déplorable à Timbo. Selon nos sources, la jeunesse de cette localité, tout comme celle de plusieurs autres endroits en Guinée, se livre à la consommation abusive des boissons alcoolisées. Cet état de fait serait d’ailleurs à l’origine de nombre d’actes criminels observés ça et là.
A noter que Timbo compte en tout six districts et vingt secteurs, éparpillés à travers de gros villages situés sur les hauteurs du massif du Fouta Djallon.
De part sa structure géophysique, de par son climat, de par sa diversité culturelle et historique, de par l’hospitalité de ces habitants, Timbo aurait pu être un endroit par excellence pour le développement d’un écotourisme hautement rentable pour la région et pour tout le pays.
Lansana CAMARA L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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