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Le ministre à la présidence chargé des Services spéciaux, de la lutte antidrogue et du grand banditisme, Moussa Tiégboro Camara, a regagné Conakry vendredi en provenance de Rabat où il avait été contraint de séjourner après avoir été blessé lors de l’incident du 3 décembre 2009.
Moussa Tiégboro Camara, promu lieutenant-colonel est rentré de la capitale marocaine vendredi dernier, où il avait été évacué en compagnie du chef de la junte le 4 décembre 2009.
Les deux officiers avaient en effet été blessés lors de la tentative d’assassinat qui a visé le capitaine Moussa Dadis Camara, la veille par son ancien aide de camp Aboubacar « Toumba » Diakité.
Qui depuis est entré en clandestinité, sa tête ayant été mise à prix par le CNDD qui promet de récompenser par l’octroi d’une villa et la somme de 200 millions de francs guinéens, à quiconque aiderait à la capture du fugitif.
Le retour de Tiégboro a été célébré par la junte comme une victoire, donnant lieu à une forte mobilisation dans les rangs de la grande muette à l’aéroport de Conakry.
Cet accueil triomphal réservé au ministre à la présidence chargé des Services spéciaux, de la lutte antidrogue et du grand banditisme découlerait du fait qu’il avait été donné pour mort par des rumeurs qui s’étaient propagées sur son compte, il y a environ deux semaines.
Tiégboro l’a échappé bel s’il faut le dire ainsi, car son aide de camp qui se trouvait à ses côtés dans la voiture lorsque le sergent chef qui voulait attenter à sa vie jetait la grenade, fut tué sur le coup.
Celui qu’on considère comme l’ennemi numéro 1 des cartels de la drogue fut lui, blessé par les impacts de cette déflagration émanant de la grenade.
Des blessures qui nécessitaient une évacuation dans des hôpitaux de grand standing dont notre pays est dépourvu. C’est ainsi qu’il a fait le voyage avec le président Moussa Dadis Camara qui était dans un état plus critique. Tiégboro est revenu, mais qu’en est-il de Dadis ?
D’après lui, « le président se porterait excellemment bien. Et que son retour ne serait plus lié qu’à une question de jours ». Des propos qui semblent être en contradiction avec les révélations faites par le général Sékouba Konaté sur l’état de santé du chef de la junte, au lendemain de son retour du Maroc où il avait séjourné pendant une semaine.
Le président par intérim avait déclaré dans son discours, abordant la question de la santé de Dadis : « Par la grâce de Dieu et nos ferventes prières, sa vie n’est pas en danger. Mais il faut du temps, de la patience et un suivi médical pendant un certain temps pour qu’il se rétablisse totalement ». Entre l’attitude triomphaliste de Tiégboro et la prudence de Konaté, à quoi faut-il dorénavant se fier ? C’est le lieu de rappeler que la junte s’est illustrée ces derniers temps par une dissonance dans les différentes déclarations de ses membres.
Ce qu’il faut retenir de l’état de santé de Dadis c’est que le capitaine a pris un sérieux coup lors des échanges de tirs du 3 décembre.
Et des sources diplomatiques affirment que la probabilité de le voir revenir aux affaires serait très faible.
Pour ce qui est de Tiégboro, un des présumés responsables en tant que chef militaire des massacres du 28 septembre, certains observateurs se demandent si son retour en Guinée le mettrait à l’abri des poursuites que compte enclencher la Cour pénale internationale dans le cadre de ce qui a été qualifié de « crime contre l’humanité ».
En effet, selon le rapport de la Commission d’enquête internationale des Nations Unies, le lieutenant colonel Moussa Tiégboro Camara « est présumé responsable du meurtre de deux manifestants par ses gendarmes sur la terrasse du stade pendant la matinée du 28 septembre ».
Le même rapport stipule que « ses hommes ont été responsables de meurtres, de violences sexuelles, d’actes de torture et d’arrestations et de détentions arbitraires… ». Comme on le voit, Tié serait donc mouillé dans cette affaire du 28 septembre 2009 ainsi que le président de la République et d’autres éléments de la junte.
Face au rouleau compresseur de la CPI, son retour au pays rassurerait plus ses proches, qui craignaient qu’il ne soit retenu au Maroc, en cas de pression de certaines puissances comme la France qui tient à ce que les crimes commis contre l’opposition ne restent pas impunis.
Ici au moins, les présumés responsables de la répression pourraient se sentir à l’abri, à condition bien sûr de ne plus mettre les pieds dehors.
Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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