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Albert Einstein disait que : « Il n’y a qu’un esprit fou qui croit pouvoir arriver à un résultat différent, tout en utilisant encore et toujours les mêmes méthodes». Alpha Condé s’en moque. Il vient donc de réhabiliter Moussa Tiégboro Camara en le nommant secrétaire à la Présidence chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et les crimes organisés. Le raccourci que vient de prendre ainsi cet officier supérieur est somme toute saisissant. Décryptage.
Les atomes crochus
Au lendemain du décès du vieux général Lansana Conté, cet autre Moussa a eu, peut-être à tort, des atomes crochus avec la quasi-totalité des Guinéens suite à la rude bataille qu’il a engagée contre les narcotrafiquants. Membre du défunt CNDD, Tiégboro Camara s’est largement illustré dans ce domaine, parfois avec beaucoup de zèle et d’excès. Conséquence ? De nombreux présumés ont été interpellés, de nombreux biens matériels et financiers mis sous scellés ou connus d’autres directions. L’homme qui avait tout un bataillon avec lui jouissait de fait d’une parfaite confiance de la part de son mentor Dadis Camara. C’est pourquoi il ne reculait devant rien. Il était au stade du 28 septembre, en train de négocier pour un report du meeting organisé par les forces vives. Mais sans succès. La suite on la connaît : des morts à la pelle, des violées à la pelle, etc. Et Dadis s’est bien ‘’désolé’’. Tiégboro est alors catalogué par les instances judiciaires internationales.
Un grand fidèle à Dadis Camara
Tiégboro Camara aura été l’un des plus fidèles à l’ex-chef de la junte guinéenne. Il l’a démontré sous le règne de Konaté en co-signant un communiqué dont voici la teneur : « Dans un souci d’apaisement et de stabilité nationale, le collectif des membres du CNDD élargi aux chefs des états-majors des armées a tenu une réunion ce jeudi 14 janvier 2010 au siège du CNDD au camp Alpha Yaya Diallo sous la coprésidence de leurs excellences, commandant Claude Pivi, ministre chargé de la sécurité présidentielle et lieutenant colonel Moussa Tiégboro Camara, ministre à la présidence chargé des Services spéciaux, de la lutte anti drogue et du grand banditisme. Cette réunion a été tenue suite aux rumeurs persistantes selon lesquelles le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de l’État, président de la République, commandant en chef des forces armées, président du CNDD serait empêché de rentrer chez lui en Guinée. » Et le communiqué d’ajouter : « Le collectif exige le retour en Guinée du président de la Guinée accompagné de son excellence de son ministre de la Défense nationale. Il rassure l’opinion nationale et internationale que le retour du président Dadis renforcera, au contraire, la cohésion nationale, la quiétude sociale et l’unité des forces armées. »
Cette démarche a été comprise chez Konaté comme une insubordination, alors qu’il était en négociation avec Compaoré, Dadis et les autres. Moussa Keita en sait quelque chose. En effet, rapporte JA, soupçonné par le général de continuer à œuvrer dans l’ombre pour remobiliser les pro-Dadis, le colonel Moussa Keita a essuyé publiquement les foudres du nouvel homme fort de Conakry. « Je vais te gifler », lui a lancé, tonitruant, le général excédé alors que le colonel Keita venait à sa rencontre dans le hall de l’hôtel Laico, à Ouaga 2000, qui hébergeait la délégation officielle. Devant le personnel de l’hôtel éberlué, le président par intérim a menacé: « Si nous étions à Conakry, je t’aurais fait enfermer! ». Cette menace a été mise à exécution mais Keita aura sa vie sauve grâce à la médiation de Compaoré.
La décadence
Tiégboro connaîtra sa descente aux enfers avec Sékouba Konaté - Ordre avait été donné à Tiégboro de quitter les locaux qu’il occupait à Coronthi dans la commune de Kaloum et de se départir de ses jeunes gendarmes - qui a éloigné de lui tous les proches de son ami Dadis Camara. Chouchou et intouchable d’antan cet officier a vécu dans une tourmente sans précédent. Déjà cité dans le rapport d’enquête des Nations Unies suite aux massacres d’opposants au stade du 28 septembre, Moussa Tiégboro a été longtemps attendu devant la Cour d'assises de Conakry à propos du narcotrafic. On a même redouté un mandat d’amener à cause du refus du présumé de répondre arguant qu’il jouissait de son statut de ministre. Or, selon la loi, seuls les membres du gouvernement peuvent faire dérogation.
Il aura fallu attendre le mercredi 26 mai 2010 pour que, sur demande du Président de la Cour d'Assise de Conakry, Me Doura Chérif, le ministre d'Etat chargé de la lutte anti drogue et du grand banditisme, Moussa Tiégboro Camara comparaisse à la barre en qualité de témoin pour fournir d'amples explications sur les présumés narcotrafiquants Mamadi Kallo, Saturnin Bangoura, Charles Pascal Tolno. « Je suis un nationaliste, ceux qui sont dans mon dos, l'histoire me donnera raison (....) partout où la loi est légère, c'est là où les narcos s'abritent. » On se rappelle que Tiégboro avait brandi des chiffres: Plus de trois cent Kg de cocaïne, onze véhicules saisis et 1 416 000 000 GNF, en date du 09 avril 2010.
La réhabilitation
Dans le décret nommant Tiégboro, il a été précisé qu’il est ‘’exclusivement’’ chargé des Services spéciaux, de la lutte contre la drogue et des crimes organisés. Selon la même décision d’Alpha Condé qui approche ainsi un inféodé à Dadis Camara, ordre est donné aux ministères en charge de l’Economie et de la Défense de fournir les moyens techniques pour l’opérationnalisation de son secrétariat. Ce retour jusque là inattendu intervient au moment où de nombreux présumés narco se la coulent douce, loin des insalubres cachots de la Guinée. Les autres croupissent dans les prisons de Conakry.
L’œil de Guineeactu.com
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