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Le président de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme (OGDH) condamne l’attentat contre le chef de la junte et plaide pour la restauration de la discipline dans l’armée.
L’Indépendant : Pouvez-vous nous confirmer le départ de la Commission internationale d’enquête qui travaillait sur les massacres du 28 septembre dernier ?
Thierno Madjou Sow : Je dois dire d’abord que la Commission internationale d’enquête, qui a été précédée par la Commission technique composée de 10 personnes, a pu faire un très bon travail. Par ce qu’elle a rencontré l’essentiel des personnalités et des organisations impliquées dans ces évènements. Elle devait rentrer normalement le vendredi 4 décembre. Mais, il n’y a pas eu de vol. Finalement, c’est le samedi qu’elle a pu quitter dans l’après-midi.
En tant que défenseur des droits de l’homme, comment réagissez-vous à l’attentat contre le chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara?
Nous considérons cela comme un acte criminel que nous condamnons au niveau de l’OGDH. Parce que nous sommes contre toute forme de violence, qu’elle soit étatique ou individuelle. Mais cet attentat est la suite logique de la violence institutionnalisée. La violence est devenue une sorte de coutume dans la gestion de l’Etat. Depuis la 1ère République jusqu’à nos jours, les relations entre l’Etat et la population ont toujours été violentes. Nous en avons eu les preuves en 2006, 2007 et 2008. Vous avez vu comment des militaires, comme des gens drogués, ont tiré sur la population, violé des femmes et des filles en public. Cela est très grave. Donc, il faudrait gérer ce pays sans la violence en respectant les droits de l’homme et les libertés fondamentales. Ce qui est arrivé au Capitaine Moussa Dadis Camara prouve que la violence doit cesser. Cette violence n’est pas seulement contre les populations, elle est aussi contre les responsables. Donc, nous avons d’ailleurs fait une déclaration contre cet attentat. Aujourd’hui, il est très difficile de parler l’armée guinéenne sans constater qu’il n’y a pas d’autorité en son sein. Les officiers supérieurs ne sont pas respectés par les gens qui sont sous leurs ordres. Dans l’armée guinéenne, les recrutements se font parfois sous la responsabilité de certaines personnalités comme les femmes des chefs d’Etat. Et quand ces gens sont recrutés, ils savent qu’ils ne dépendent pas de leurs supérieurs. L’autre fait est qu’il y a des personnalités qui disent qu’il faut amener cet enfant dans l’armée pour le redresser. Dès qu’il est intégré, on lui donne une arme. Ce n’est pas normal. C’est la délinquance dans les familles et les villes qui est ainsi transférée dans l’armée guinéenne. Ce sont tous ces facteurs qui font qu’il est difficile de restaurer la discipline dans cette armée. On peut dire aujourd’hui que l’armée guinéenne n’est pas une armée républicaine qui, elle, est uniquement au service du peuple. Elle n’est pas au service d’un individu, d’un groupe d’individus ou d’un parti politique. Elle sert et protège le peuple. Malheureusement, l’armée guinéenne ne sert que le chef. C’est-à-dire qu’on peut lui faire commettre tous les actes criminels contre le peuple alors qu’elle devait être là pour protéger ce peuple.
Votre confrère Mouctar Diallo de l’OGDH a été arrêté et incarcéré au camp Alpha Yaya Diallo depuis près de deux semaines. Avez-vous une idée sur ses conditions de détention?
Il est toujours en prison. Mais, on a averti des organisations de défense des droits de l’homme comme Amnesty International. Des démarches ont été faites par la Commission internationale d’enquête qui a pu le rencontrer.
Propos recueillis par Alpha Camara L’Indépendant, partenaire de www.guineactu.com
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