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Le président de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH), Thierno Madjou Sow, livre à chaud ses sentiments sur le vote du 27 juin.
Le Démocrate : Monsieur le président de l’OGDH, quels sont vos sentiments face à ce que vous venez de vivre ce 27 juin, en tant que Guinéen ?
Thierno Madjou Sow : Ces élections à caractère historique semblent s’être passées dans de bonnes conditions. Il y a eu quelques problèmes techniques à certains endroits, par exemple ceux qui n’avaient pas de cartes d’électeurs, qui n’avaient pas leurs noms sur la liste ou ceux qui avaient été recensés, et qui ne voient plus leurs noms sur la liste cela a posé des problèmes pour qu’ils votent. Et ceux qui étaient malades ou qui ont voyagé qui voulaient qu’ils soient représentés par d’autres, là aussi il y’a eu certains problèmes. Un des problèmes aussi c’est le nombre important de personnes dans certains bureaux de vote, où l’on se demandait si tout le monde allait pouvoir voter ; après, nous de l’OGDH, avions appelé et on nous a dit que tout le monde a pu s’acquitter de son devoir civique. Il y a également le problème des urnes, tous les bulletins ne pouvaient pas être mis dans une seule urne, il fallait donc une seconde urne, ce sont ces problèmes mineurs qui ont caractérisé les élections, et le reste il y a eu un engouement extraordinaire. Les gens sont sortis massivement pour voter parce que tout le monde veut que ça change et j’espère que celui qui viendra au pouvoir tiendra compte de cette volonté populaire, de cette dynamique, pour qu’il s’engage sur la voie du changement, ce que nous espérons.
L’OGDH a-t-elle déployé des observateurs sur le terrain, pour superviser ce scrutin ?
Oui, on a des observateurs à plusieurs endroits du territoire, que ce soit dans le cadre du FOSCAO ou d’autres organisations ici, nous avons participé à l’observation des Elections.
Ces observateurs vous ont-ils déjà fait leur compte rendu ?
Certains ont travaillé toute la nuit, j’ai appelé ce matin, par exemple à Kindia sur 500 et quelques bureaux de vote, ils n’ont pu totaliser que pour 50 bureaux vote, donc il reste encore.
Et au niveau de l’étranger ?
A ce niveau nous avons Dakar par exemple, où nous avons 22.499 inscrits, pour votants : 18.500.
Alpha Condé totalise 682 voix sur ce chiffre, tandis que Cellou Dalein a eu 15443 voix. Et Sidya Touré 945.
Des bulletins nuls il y en a eu, et on parle de 848.
Ce sont là des chiffres que nous avons reçus ce lundi.
Qu’est-ce que vous pensez de ceux qui disent que ce vote revêt un caractère ethnique ?
La Nation guinéenne n’est pas encore formée. Il ne faut pas que ça fasse d’illusions et ce qu’il y a eu au niveau de la gestion de l’Etat de la gouvernance, qui ont beaucoup souffert, c’est ce qui a amené tous ces groupes à se replier sur soi- même. Je crois que le vote ethnique ne cessera que quand il y aura la vraie démocratie. C’est fondamental pour que le citoyen puisse évoluer de façon libre et qu’il y ait égalité, c’est dans ce cas seulement qu’on peut éliminer l’ethnocentrisme. Sinon l’être humain se replie sur soi même, il a besoin de garde fou, si ces garde-fous ne sont pas crées au niveau des syndicats, de l’administration, de la société civile, de la sécurité, en ce moment il se replie sur sa famille, sur sa région ; mais quand il y à la démocratie, chacun évolue selon ses compétences, chacun est employé selon ses compétences, en ce moment les gens seront libres et ne se replieront plus sur les relations familiales.
Y a-t-il eu des incidents durant la journée de vote ?
Il y a eu un endroit où un chef de bureau a été renvoyé par les forces de l’ordre, mais ce n’était pas pour des problèmes assez importants mais les votes continuaient à son absence quand même.
Certains observateurs pensent que le bon déroulement de ces votes, sans incidents, sonne comme un calme avant la tempête, que la situation risque de dégénérer après la proclamation des résultats. Qu’en pensez-vous ?
Je pense que si les élections sont transparentes et surtout crédibles, si tout le monde croit à ces résultats à la transparence, je crois qu’il n’y a pas de raisons, à se faire du souci.
C’est au niveau des autorités qu’on aurait eu des problèmes, si les choses n’étaient pas transparentes. Il ne s’agit pas de dire d’accepter simplement les résultats quelles que soient les conditions. Il faut que les résultats soient transparents et crédibles pour que les gens acceptent le verdict.
Propos recueillis par Boubacar Bah Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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