jeudi 1 mai 2008
Test de popularité ou promenade de santé?
Thierno Dayèdio Barry

Le premier ministre Kouyaté poursuit sa tournée dans le pays profond. A défaut d’un voyage à l’Etranger - qui lui aurait permis de se remettre d’une certaine déprime dont il semble avoir été frappé, après l’annulation de son arrêté de concession d’hôtels guinéens à la Libye -, il se contentera d’une villégiature, pour humer l’air de la campagne longtemps abandonnée. Aussi, pourrait-il mettre à profit ce périple pour se faire une certaine idée de ce qui lui reste de sa popularité supposée, dans les localités visitées.

L’hospitalité est une tradition guinéenne, elle est réservée à tout visiteur, sans distinction de rang social, d’ethnie, ou de religion. Qu’importe si cette ferveur qui caractérise l’accueil réservé  au Premier ministre et sa suite, devait servir d’indice pour donner quelque éclat à cette image d’homme d’Etat que Kouyaté a toujours voulu se donner, partout où il lui est offert l’occasion de paraître. Je me réserve de parler de vadrouille, de peur d’être, encore, traité d’andouille par les inconditionnels de la Primature.

A Kankan, plus qu’ailleurs, c’est une foule nombreuse qui a reçu la délégation. C’est aussi là que Kouyaté tiendra son speech, en langue manika, pour mieux marquer son appartenance à une communauté, à une ethnie dont il sollicite le soutien et implore la bénédiction, pour lui permettre de s’acquitter de sa mission, « quoiqu’il arrive ! » précisera-t-il à ceux qui douteraient encore de sa volonté de s’agripper à son exaltant rêve. Sauf que son passage à l’Université Julius Niéréré ne fera pas l’objet de projection sur le petit écran de TV, à l’intention des curieux qui auraient  voulu en savoir plus sur toutes les péripéties du voyage. Il faut dire que le moment est moins favorable aux discours, encore moins à d’autres promesses, quand la menace d’une éventuelle famine plane sur le monde rural.

Mais Kouyaté avait-il le choix, quand la passion irrésistible de voyage lui devient un sacré rituel ?

Debout dans une voiture décapotée et de blanc vêtu - par respect pour certaine tradition -, le premier ministre agitait, non pas un mouchoir blanc - ce serait trop imitatif - mais  une main ouverte, à l’adresse des populations qui l’ont si bien accueilli à Kankan. Il sera très sobre dans son discours, mais plutôt séduisant dans ses gestes augustes. Et après ? La déprime risque de revenir, comme une mauvaise grippe, plus forte. Puisque le pays vit une situation des plus difficiles, du fait de cette vie chère qui étouffe. Le sac de riz  de 50 kg est livré, déjà, à 230.000 gnf, dans certains quartiers de la ville. Les habitants de Kaporo-rails sont sevrés d’eau de robinet, les quelques puits sont pris d’assaut à toutes les heures de la journée.

Le pouvoir d’achat continue sa chute vertigineuse. Les locataires sont confrontés à une nouvelle majoration du loyer. C’est le changement qui le commande. Chacun plume son créancier. Tout flambe sur le marché d’approvisionnement. Les ménagères se lamentent, Des familles passent la journée entière sans mettre la marmite au feu.

Videz les planches,  vous êtes à court de rôle !

Thierno Dayèdio Barry
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com       

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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