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Le groupe Bolloré de l’homme d’affaires français, Vincent Bolloré a pu finalement s’adjuger le contrat de concession du terminal à conteneurs du port autonome de Conakry, ce pour une durée de 25 ans. Ainsi en a décidé le gouvernement qui vient de se défaire de Getma international, face aux propositions de Bolloré d’investir 500 millions d’euros dans la modernisation des infrastructures portuaires de Conakry.
La guéguerre entre le groupe NTC Necotrans à travers sa filiale GETMA international et le groupe Bolloré a fini par la victoire de ce dernier, qui a été coopté pour le contrôle du port à conteneurs de Conakry. Après la résiliation de la convention de concession du terminal à conteneurs conclue avec GETMA internationale, le 8 mars, suivie d’une autre mesure portant sur la réquisition coup sur coup de son personnel, installations, immeubles et actifs sur le territoire national prise le 9 mars, les autorités de Conakry sont passées à la vitesse supérieure le 10 mars dernier en signant une convention avec le groupe Bolloré qui était représenté par Dominique LAFONT, son directeur chargé des logistiques. Selon l’administration portuaire, la convention de concession porte sur un investissement de plus de 500 millions d’Euros prévu sur 25 ans. Soit, précise-t-elle, dix fois plus que celui proposé par GETMA internationale. A en croire toujours la même source, le groupe Bolloré devrait, dès les deux premières années, investir 150 millions d’Euros.
« Notre projet est très ambitieux. Il repose sur trois objectifs fondamentaux : le premier, c’est de faire du port de Conakry, le port de référence pour l’interland, le Burkina Faso et le Mali. Le second s’est d’en faire un port qui soit favorable pour développer l’activité transbordement pour l’armateur et le troisième objectif est d’en faire un port de référence moderne prêt à accueillir des navires de grandes capacités… et avec des productivités comparables à celles de tous les grands ports internationaux », a expliqué Dominique LAFONT, le Représentant de Bolloré.
Quant au directeur général du port autonome de Conakry, Mamadouba Sankhon, il s’est réjoui de la résiliation de la convention de GETMA internationale qu’il a qualifiée de léonine pour la Guinée.
Aujourd’hui à Conakry, à cause de sa célérité et du floue juridique qui l’entoure, la signature de cette convention entre l’Etat et le groupe Bolloré, suscite à la fois l’incompréhension et l’inquiétude de certains observateurs qui commencent à douter sérieusement du bien fondé et de la sincérité du président de la République, Alpha Condé dans la lutte contre les marchés de gré à gré qu’il entend prôner.
La signature de cette convention est d’autant inquiétante qu’elle est intervenue quasiment le même jour que la décision du dernier Conseil des ministres ordonnant le gel de tous les marchés publics attribués entre 2009 et 2010 et qui sont fortement soupçonnés par l’Etat d’être de gré à gré.
Cette convention de concession qui vient d’être conclue entre l’Etat guinéen et le groupe Bolloré, apparemment, qui n’a fait l’objet d’aucun appel d’offre internationale préalable comme il est prévu par les règles de passation des marchés en Guinée, sent un fort relent de gré à gré. Pourtant… En attendant bien sûr que les éminents experts juristes et économistes ès marchés publics ou investissements publics de l’Etat ne montent au créneau pour démontrer le contraire. De qui se moque-t-on s’interrogent d’autres citoyens qui s’estiment abusés par leurs gouvernants actuels?
En tous les cas, même s’il s’agit d’un marché qu’on a retiré à un groupe français pour en donner à un autre, la France, réputée pour être un grand pays légaliste, aurait sans doute préféré que les autorités guinéennes donnent un tant soit peu, un semblant de forme juridique à leur acte et qui aurait pu se faire, encore une fois, par un semblant d’appel d’offre internationale. « Les conditions dans lesquelles a été signée cette convention de concession du port de Conakry au profit de Bolloré procède d’une grande maladresse de la part de l’Etat qui s’apprête à s’attaquer sous peu aux contrats et conventions octroyés aux grandes compagnies minières évoluant en Guinée… », s’indigne un observateur visiblement dépassé par l’attitude du gouvernement.
Si l’on en croit le site d’information Guinéenews qui rapporte des sources proches du gouvernement, l’Etat guinéen justifierait la résiliation de la concession de gestion du port de Conakry de Getma International par le retard mis dans les travaux d’extension du port et surtout à cause du mensonge de Getma lors de la soumission de son appel d’offres. Selon ces sources, GETMA internationale aurait affirmé qu’elle gérait une vingtaine de ports dans le monde dont certains aux Etats-Unis.
L’Etat, indique toujours la même source, se serait appuyé sur l’article 19, dernier alinéa du code des marchés publics pour motiver sa décision. Cet article stipule citation : « l’inexactitude des renseignements fournis (….) peut entrainer le rejet de l’offre ou ultérieurement la résiliation du marché, sans mise en demeure préalable et aux frais et risques du déclarant, et sans préjudice des sanctions qui peuvent être prévues dans de tels cas par les dispositions législatives ou réglementaires en vigueur».
Seulement cette source est restée totalement évasive quant à la nécessité d’organiser un nouvel appel d’offre international. Du côté du gouvernement, on se défendrait en affirmant que rien n’interdit de donner le marché à la compagnie qui avait été deuxième lors du premier appel d’offres et d’ajouter citation : « Le code des marchés publics ne prévoit rien, en l’espèce…’ »
Cependant, Guinéenews estime pour sa part que les motivations du gouvernement seraient ailleurs. L’Etat guinéen qui, explique-t-il, n’a exigé aucune contrepartie financière pour cette concession, révèle-t-il, exigerait de Vincent Bolloré d’user de tout son poids auprès de son ami Dominique Strauss Kahn, directeur général du FMI (Fonds monétaire international), pour l’annulation des 90% des dettes de la Guinée. Le pays ayant été déclaré éligible par l’initiative PPTE (pays pauvres très endettés) depuis 2000 sans pour autant jamais atteindre le point d’achèvement.
« Les liens de Bolloré et DSK, probable candidat à l’élection présidentielle de 2012, sont si solides que la presse française a révélé que c’est une agence de communication RSCG Worldwide, appartenant au Groupe Bolloré, qui doit s’occuper de son image pour les présidentielles », rapporte Guinéenews.
Dans l’un ou l’autre cas, l’attribution de cette concession du port de Conakry au groupe Bolloré fait l’objet de controverse dans les milieux portuaires.
A suivre.
Camara Moro Amara Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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