Acte de sabotage de la transition ou autre manœuvre dilatoire ayant pour but de gagner du temps ? C’est hier mardi le 21 septembre 2010 que ce coup de force de trop du RPG est venu saper l’espoir suscité par le discours du Général Sékouba Konaté qui a exigé de la CENI de fixer la date définitive du second tour le plus rapidement que possible. Suite à ce discours, la CENI avait convoqué une réunion dont l’ordre du jour était exclusivement consacré à la fixation de la date du second tour de l’élection présidentielle. C’est au cours de cette réunion que les membres du RPG siégeant à la CENI ont, au mépris des règles les plus élémentaires de cette institution, exigé l’élection du président de la CENI en remplacement de feu Ben Sékou Sylla. Cette question n’étant pas inscrite à l’ordre du jour, les autres membres ont opposé leur refus catégorique de se laisser entrainer dans ce qu’ils ont qualifié d’acte supplémentaire de sabotage de la transition par le RPG. Face à l’insistance incompréhensible des éléments du RPG, la présidente par intérim de la CENI avait levé la séance et quitté la salle avec les autres membres de l’institution. Restés entre eux, les éléments du RPG ont procédé à une mascarade électorale du président de la CENI en choisissant un certain M. Lounsény Kéita !
Cette soi-disant élection ne repose sur aucune l’égalité pour des raisons innombrables. Comment peut-on procéder à l’élection du président de la CENI au cours d’une réunion dont l’ordre du jour est exclusivement consacré à la fixation de la date du second tour ? La date de toute élection est fixée d’avance et portée à la connaissance de tous les intéressés en temps utile. Sur quelle base légale le RPG peut-il fonder cette "élection surprise" ?
Il faut rappeler que les règles régissant ce processus électoral ont toujours été fixées par consensus en présence entre autres du ministre de l’administration du territoire afin de permettre à la Guinée de sortir de la transition. Ce qui n’était pas le cas hier. C’est ce même consensus qui justifie les reports successifs des dates du second tour et des aménagements des règles électorales acceptés par les autres acteurs de la transition à la demande du RPG. Sinon, rien ne pouvait les justifier car, lors des contestations des résultats du premier tour, le RPG avait soutenu que le déroulement de l’élection était acceptable et, par conséquent, il avait demandé la confirmation des résultats provisoires par la Cour suprême. Il est très étonnant que le même RPG fasse fi à la fois du consensus habituel régissant la CENI et des règles élémentaires de toute élection, avec pour seul but de tenter d’imposer sa volonté au peuple de Guinée.
Rien n’exige l’élection urgente du président de la CENI car la suppléance est assurée par la vice-présidente depuis plusieurs mois. Il faut rappeler qu’un président intérimaire, sauf disposition légale contraire, dispose de toutes les compétences nécessaires à l’exercice du pouvoir de la personne suppléée. Ce qui permet à la présidente intérimaire de la CENI de nous conduire au second tour dont la date est fixé au 10 octobre 2010. N’est-ce pas un président par intérim (le Général Konaté) qui nous mène actuellement à l’élection de notre futur Président ? Une autre question est de savoir sur quel fondement légal une personne peut être choisie pour le poste de président de la CENI par une partie seulement des membres de l’institution après la clôture de la séance par la présidente, suite à une réunion dont l’ordre du jour était exclusivement consacré à la fixation de la date du second tour ?
Celui qui dira que la volonté du professeur Alpha Condé a force de loi en Guinée n’aura pas menti car actuellement, ses volontés priment la loi en Guinée. On se demande sur quoi repose l’espoir du professeur Alpha Condé, de sorte qu’il lui soit permis de prendre tout le peuple en otage à chaque fois que la défense de son intérêt l’exige. Cette question est plus que légitime du fait que le leader du RPG se croit tout permis en Guinée ces derniers temps. On se souvient qu’il vient d’offrir aux Guinéens un procès expéditif digne des régimes communistes des années 60 dans l’affaire des fraudes électorales qui a abouti à la condamnation de feu Ben Sékou Sylla ancien président de la CENI. Abstraction faite du fond de cette affaire, ce procès n’a observé aucune des règles élémentaires exigées en la matière. C’est un véritable ordre de condamner qui aurait été donné au juge dans cette affaire. Certains observateurs avaient même qualifié cette condamnation de condamnation achetée à coups de millions de Francs guinéens.
Le fond du problème est que toutes ces manœuvres non qu’un seul objectif, celui de permettre au professeur Alpha Condé de contrôler le processus électoral. Sa première tentative consistait à dessaisir la CENI au profit du MATAP. Faute d’avoir eu gain de cause, il fait désormais de la CENI sa cible principale, d’où ces assauts répétés contre cette institution avec pour but de s’emparer de sa commande. Pour le Professeur Alpha Condé, les élections se joueront ailleurs que dans les urnes.
Il appartient au Président de la transition de prendre toutes ses responsabilités afin de faire comprendre au professeur Alpha Condé que son intérêt personnel et l’intérêt du peuple de Guinée ne se recoupent pas forcement. La principale mission du Général Konaté étant de conduire la transition, il doit sans délai, mettre fin aux obstacles que le RPG veut dresser devant l’institution appelée à organiser le second tour dans seulement deux semaines et demie. La paix sociale, le respect de la nouvelle date d’élection et la crédibilité du Général Konaté sont à ce prix car la patience d’un peuple a ses limites.
Mohamed Lamine Bayo depuis Conakry
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