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La tentative d’assassinat manquée contre la personne du Capitaine Moussa Dadis Camara, chef de l’Etat guinéen le 3 décembre dernier, défraie toujours la chronique. Les commentaires vont bon train pendant que le chef de la junte continue de recevoir des soins à l’hôpital militaire Mohamed V de Rabat au Maroc. Il y a été admis le vendredi 4 décembre dernier. Il y a déjà subi une intervention chirurgicale suite à une blessure à la tête, survenue lorsque son ex aide de camp Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba a tiré sur lui. C’était au Camp Koundara, qui abrite le Bataillon Autonome de la Sécurité Présidentielle (BASP).
Selon toute vraisemblance, l’acte du Lieutenant Toumba s’expliquerait par une revanche qu’il comptait prendre sur le Capitaine Dadis, qu’il soupçonnerait de vouloir le « sacrifier » sur l’autel de la Commission internationale d’enquête sur les massacres du 28 septembre 2009. L’ex-aide de camp n’aurait donc pas voulu porter tout seul la responsabilité de ces crimes.
Néanmoins, aujourd’hui, il persiste encore un flou (artistique ?) autour de l’état réel du Capitaine Moussa Dadis Camara, dont le ministre des Affaires Etrangères Alexandre Cécé Loua disait qu’il était sorti du coma. Malgré les incertitudes qui planent sur l’état de santé du président du Conseil national pour la démocratie et le développement (junte militaire), certains se posent déjà des questions. Parmi lesquelles, celle de savoir à qui profiterait, pour ne pas dire à qui profite le crime du 3 décembre 2009.
Pour un bon nombre d’observateurs, en effet, le Lieutenant Toumba a décidé instinctivement de tirer sur le Capitaine Dadis. Aucune préméditation, croient-ils savoir. En témoigne, disent-ils, l’altercation que les deux hommes ont eue avant que l’ex-aide de camp ne décide d’ouvrir le feu sur son patron. Ce qui amène d’autres commentateurs à dire que le Lieutenant Toumba a été animé d’une soif de règlement de comptes. « L’heure de ma revanche a sonné… Tu crois que tu vas me livrer comme ça à la Commission internationale d’enquête…», aurait-il lancé au Capitaine Dadis, selon une autre version. C’est alors qu’il aurait décidé d’appuyer sur la gâchette. Bref, un simple désir de vengeance, analysent les tenants de cette thèse.
Un second groupe soutient par contre qu’il s’agit ni plus ni moins d’un coup d’Etat manqué, qui a été prémédité, bien mûri et planifié. Une idée renforcée par la sortie du ministre de la Communication à la Présidence guinéenne Idrissa Chérif. Le ci-devant ministre a déclaré devant un groupe de journalistes que le chef de la junte a été victime d’une tentative de coup d’Etat. En effet, dit-il, le Capitaine Dadis a été appelé par Toumba Diakité, qui lui a demandé de venir au camp Koundara. « C’est un guet-apens qui a été monté contre le président Dadis », a-t-il martelé. Expliquant que lorsqu’il a tiré sur le chef de l’Etat, le Lieutenant Toumba aurait pris son talkie walkie pour dire à quelqu’un qui était au bout du fil : «Je viens de tuer le Capitaine Dadis. A partir du moment, c’est moi qui suis l’homme fort du pays… », a expliqué Idrissa Chérif. Comme pour accréditer la thèse d’un coup d’Etat préparé avec minutie par Toumba et ses hommes.
Depuis ce récit, ils sont nombreux à penser que le crime perpétré par l’ex-aide de camp a profité ou devait profiter à des hommes tapis dans l’ombre. Et qui n’attendaient que l’annonce de la mort du Capitaine Moussa Dadis Camara pour sortir et s’emparer du pouvoir. « Nous allons les arrêter et ils vont dénoncer leurs complices et les commanditaires », a d’ailleurs prévenu Idrissa Chérif. Par la suite, le CNDD a tenu à rassurer les populations en déclarant que la situation était sous contrôle. Les citoyens pouvaient donc vaquer à leurs occupations tout gardant leur calme habituel.
Et comme s’il fallait insister pour accréditer la thèse du coup d’Etat manqué, la RTG qui s’est fendue d’un Billet au vitriol a déclaré que le Lieutenant Diakité avait des liens avec certains narcotrafiquants, ainsi que certains leaders politiques. Sans pour autant citer de noms.
Il est difficile pour le moment de juger de la véracité de ces arguments. La fin des enquêtes enclenchées par les services de défense et de sécurité, qui auraient arrêté une soixantaine de personnes, toujours selon Idrissa Chérif, devrait confirmer ou infirmer ces présomptions.
Dernier développement en date, le ministre de la Communication à la Présidence guinéenne a pointé mardi dernier un doigt accusateur sur la France dont les services secrets seraient impliqués dans cette tentative d’assassinat manquée. Selon M. Chérif, la junte détiendrait quelques preuves impliquant le ministre français des Affaires Etrangères Bernard Kouchner. Pour l’heure, celui qui se fait appeler le porte-parole de la junte estime que celle-ci se réserve de dévoiler les éléments en sa possession jusqu’à la fin de l’enquête. La France a déjà démenti ces informations, qu’elle a qualifiées de rumeurs sans fondement. Paris estime que les efforts doivent plutôt porter sur l’organisation des futures élections. Comme pour dire qu’elle n’entendait pas céder à la distraction.
En attendant, il faut dire que Toumba Diakité est toujours en fuite. Le Capitaine Moussa Dadis Camara serait en train de se remettre de sa blessure, à en croire le ministre guinéen des Affaires Etrangères Alexandre Cécé Loua, présent aux côtés du grand malade à Rabat au Maroc.
En Guinée, c’est le général de Brigade Sékouba Konaté, ministre de la Défense nationale et 2e Vice président de la junte, qui a été choisi pour coordonner les activités du CNDD et du gouvernement. Le 1er Vice-président et ministre de la Sécurité Mamadouba Toto Camara étant également au Maroc pour des soins (aucun lien avec les évènements du 3 décembre dernier), le général Konaté a dû rentrer précipitamment du Liban pour combler le vide laissé au sommet de l’Etat guinéen.
N’empêche ! La question persiste toujours de savoir à qui profite sinon à qui profiterait le crime du 3 décembre dernier ? Toute une énigme.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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