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Après le tragique accident de Tormelin qui a endeuillé toute la population guinéenne, les témoignages ne cessent d’affluer sur le Secrétaire de l’USTG Dr Ibrahima Fofana. Celui qui suit est du Secrétaire général des Affaires religieuses Dr Kouotoub Moustapha Sanoh. Il explique en effet le rôle positif qu’avait joué le défunt syndicaliste pour désamorcer les 40 jours « pays mort » envisagés par le mouvement syndical guinéen en guise de condamnation et de solidarité aux victimes des évènements du 28 septembre 2009.
« Après les évènements du 28 septembre, nous avons reçu des informations selon lesquelles l’inter centrale syndicale projetait d’organiser une grève illimitée appelée « 40 jours pays mort » en guise de deuil national en la mémoire des victimes.
Le président Dadis m’a appelé tard dans la nuit pour me tenir informé. Il était très énervé parce qu’il estimait que c’était une provocation en ce sens que la manifestation du 28 septembre était organisée par les leaders politiques et non par les syndicalistes. Il a estimé que les syndicats étaient contre lui. Alors, immédiatement je me suis mis en contact avec feu Docteur Ibrahima Fofana. Je lui ai fait part de la volonté du Gouvernement de publier un communiqué pour interdire toute action des syndicats. Il a souri et il m’a dit: « Il faut dire au président Dadis que personne n’est contre lui, mais qu’il sache que ce sont des travailleurs de Guinée qui sont tombés sous les balles de ses soldats, et qui ont été violés au stade du 28 septembre. »
Quand j’ai expliqué cela au Capitaine Dadis, il m’a répondu que le Gouvernement a déjà organisé deux (2) jours de deuil national. Donc, il n’est pas question d’organiser d’autres journées « pays mort ». En fait, certaines personnes ont voulu faire croire au président Dadis que les syndicalistes étaient instrumentalisés. De ce fait, il fallait prendre des actions contre toute volonté d’organiser des manifestations de quelque nature quelles soient. Un communiqué avait été rédigé dans ce cadre. A la tête d’une délégation de religieux, nous avons rencontré les syndicalistes, et grâce à Ibrahima Fofana, nous avons réussi à convaincre les syndicalistes de réduire les 40 jours à 15 jours d’abord. Ensuite, de tractation en tractation, ils ont finalement accepté 2 jours « pays morts » grâce à l’implication remarquable et responsable de Dr Fofana et à Madame Penda Diallo, l’actuel ministre d’Etat chargée du Travail. J’avais réussi à établir une liaison téléphonique entre le président Dadis et le Dr Fofana qui se sont parlé pendant quelques minutes. Cet entretien a convaincu le chef de l’Etat que le Secrétaire général de l’USTG n’était pas contre sa personne.
Mais l’arrestation des jeunes grévistes de la faim a failli faire capoter notre démarche. Mais, là aussi, il a fallu le Docteur Fofana qui a réussi à calmer l’ardeur de ses amis qui voulaient agir cette fois-ci. C’est un homme exemplaire que nous avons perdu. Parce que s’il n’avait pas coopéré, on risquait un autre affrontement aux conséquences imprévisibles. Personnellement, il m’a toujours conseillé de rentrer au pays et de servir ma nation pendant qu’il était temps. Même après les évènements de janvier et février 2007, il m’a proposé de venir occuper un poste de responsabilité au sein du Gouvernement de consensus, mais le délai était trop court pour que je rentre, vu que j’étais en contrat avec l’Etat malaisien.
En plus, il m’a toujours dit qu’il n’était pas intéressé par des postes au sein du Gouvernement parce que Dieu veut qu’il soit la voix des sans voix. C’est dire jusqu’où il était soucieux de l’avenir de cette nation. Je prie Dieu de le recevoir dans son paradis éternel. Je ne pourrai jamais finir de dire combien de fois il aimait son pays. »
Propos recueillis par N’Diaré et Kadiatou L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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