dimanche 6 janvier 2008
Syndicalistes anti républicains ou anarchistes ?
Jacques Kourouma

Le syndicalisme est un mouvement pour la défense des conditions de vie de travail du travailleur donc de ses intérêts, mais surtout du travailleur syndiqué. Le syndicaliste sert de courroie de transmission entre l’employeur ou la direction de l’entreprise et les salariés ou fonctionnaires. Les responsables syndicaux sont, dans cette optique, des hommes et des femmes qui acceptent de porter la parole et les idées de l’ensemble des travailleurs adhérents à leur groupement. Ils ne sont pas des armes au service du pouvoir étatique, bien au contraire ! C’est pourquoi, à chaque mouvement, ils consultent la base pour décider de l’orientation à donner aux revendications tout en fixant des objectifs clairement précis et les porter devant qui de droit. Les nôtres sont entrés dans la dissidence politique et partisane.

Comment ?

Nos syndicalistes sont devenus des politiciens non déclarés et mal inspirés, s’ils ne sont pas d’ailleurs des semeurs de trouble. Pourquoi se réveillent-ils brusquement maintenant que Kouyaté est en position délicate ?

Pour l’ histoire, reprenons quelques séquences de notre évolution récente.

La grève qui a paralysé la Guinée en 2007 est née parce que, disait-on, le pouvoir d’achat du travailleur guinéen n’était pas luisant au regard du train de vie du gouvernement et des clans qui gravitaient autour.

A cet argument étaient venus se greffer des questions d’ordre judiciaire (l’impunité) : la libération de Mamadou Sylla et de Fodé Soumah  par le Président de la République. Du coup, l’on tomba dans des revendications politiques : la mal gouvernance. C’est ce dernier aspect qui avait mobilisé et fédéré tous les Guinéens.

Il y a eu des morts que je ne suis pas prêt d’oublier comme Lansana Kouyaté ou même les syndicalistes qui, pendant presque douze mois, n’ont rien fait pour que la justice établisse les responsabilités.

Le pouvoir était poussé au bord du trou où le peuple avait décidé de l’y précipiter et l’y enterrer. Les syndicalistes, sans consulter la base, sont entrés dans le tunnel obscur de la négociation alors qu’il fallait écouter la parole du peuple jusqu’au bout. Ils se sont trouvés une vocation nouvelle : devenir des négociants (non négociateurs) comme si le destin de la Guinée était une marchandise. Certains, semble-t-il, auraient touché de l’argent. La preuve n’est pas établie, mais tout laisse à y croire, par la suite.

Le but premier de la mobilisation générale : le départ de Lansana Conté était devenu subsidiaire au contenu des négociations, les syndicalistes ayant tourné vite la page pour accepter la nomination d’un PM que la constitution ne prévoit pas. Pire, le cadre dans lequel celui-ci devrait agir (ses prérogatives, les limites de la compétence de son pouvoir conféré) et d’autres aspects pouvant éclairer et trancher les parcelles de responsabilité entre le Président et son PM n’ont pas été analysés, ni étudiés. Ils ont accouché d’un produit indigeste, voire d’une situation inédite de bâtardise gouvernementale. Et piteusement, nos syndicalistes étaient heureux d’être éclairés par les projecteurs autour de la table de négociation. Je veux dire qu’ils nous ont introduits dans la situation dont la suite logique est celle qui bouillonne la tête de la Guinée. Et jamais, aucune centrale syndicale n’a demandé à renégocier, ni revoir les accords tripartites alors que rien ne l’interdisait.

Par contre, ils sont entrés dans une tour où ils fabriquaient des déclarations contradictoires et girouettant au gré des humeurs du PM qui était mis en garde un matin et se voyait plébiscité dès qu’il les recevait, quelques heures plus tard. Quelle crédibilité accorder aujourd’hui à la centrale syndicale ?

Certains syndicalistes ont été menacés ou ont simulé de l’être ; d’autres ont exilé leurs enfants. Des citoyens ont été arrachés à la vie, certains ont perdu leurs emplois quand d’autres étaient l’objet d’enlèvement crapuleux. Aucun syndicaliste n’a osé lever le ton pour la défense des uns et des autres.

Kouyaté Lansana a officiellement relancé le PDG le 22 novembre 2007 et aucune voix syndicale n’a été entendue. Bien avant, André Touré officiait dans des cérémonies, au retour d’une réunion syndicale en Suisse, Mamadou Sylla avait hébergé certains syndicalistes dans un hôtel parisien à ses frais. C’était après juin 2006. A la faveur de janvier-février quelques syndicats acceptaient des postes ministériels et nos morts restaient dans nos bras. Où étaient nos syndicalistes réveillés par un décret de limogeant un fonctionnaire indélicat ?

Nous avions dit que les membres du gouvernement né des douloureux événement de janvier-février devaient être des hommes neufs par rapport à leur implication dans la gestion du pays. Ce ne fut pas respecté. On a repris les apprentis pour en faire des maîtres. Et nous sommes retombés dans les mêmes travers contre lesquels toute la Guinée s’était mobilisée.

Kouyaté, venu aux commandes, a formé son armée de soutiens, a distribué des billets de banque et les bénéficiaires ont chanté sa largesse. Lui est devenu pèlerin sans être croyant avec l’argent dégoulinant du sang de nos enfants. Aucun syndicat n’a trouvé mot à dire.

A la tête de la BCRG, Kouyaté a placé des gens peu recommandables, mais qui lui sont fidèles quand lui-même délocalisait les biens de l’Etat de la Suisse vers la France (BNP) sans que ce transfert ne soit précédé d’un débat au niveau du parlement donc du peuple.

Tout cela constituait déjà la violation des accords dont on veut faire croire au citoyen que c’est hier qu’elle a été commise avec le limogeage du griot gouvernemental de l’autre griot.

Et comme ils ont stocké beaucoup de « considérant que.. », nos syndicalistes en sortent quelques uns aujourd’hui pour envoûter le peuple. Non et non !

Guinéens et Guinéennes,

Certes, nous voulons la transformation de la Guinée, mais pas dans le désordre. Il faut maintenant clairement définir les contours, cibler les patriotes responsables et poser les bases pour qu’une fois la transformation produite, elle soit éclairée par la lumière de la démocratie. Ce n’est pas la grève qui veut défendre Lansana Kouyaté et ses clans que nous voulons. Ce PM a tourné le dos à nos préoccupations. Au moment où son employeur ne veut plus de lui, nous n’avons pas à nous interposer entre eux.

Lansana Conté avait dit, je le parodie : « Le jour où il ne fera pas ce que je veux, en parlant de Kouyaté, je le renverrai. » Il est le maître et les autres sont ses « subordonnés » avait-il déclaré aussi. Les syndicalistes n’avaient rien dit ou fait.

Jeunesse guinéenne, les syndicats vont essayer de te convaincre pour t’associer à leur manipulation. Refuse ! L’heure de ton combat arrive à grand pas. Reste sur tes gardes, car ta patrie aura besoin de toi !

Jacques Kourouma

jacques.kourouma@orange.fr

Paris, le 5 janvier 2008

 

 

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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