jeudi 20 novembre 2008
Symposium Guinée 50 à Francfort/M

« Evolution de la situation politique intérieure et rôle de la Guinée dans la scène politique africaine et internationale pendant les 50 années de son indépendance ».

Introduction

Le 28 septembre 1958, un seul territoire [-parmi les 15 colonies Françaises en A.O.F. (Afrique Occidentale Française), A.E.F. (Afrique Equatoriale Française) et Madagascar-], votait massivement contre le référendum du Général De Gaulle. Les objectifs de ce référendum étaient, d’une part, l’adoption de la constitution de la Vème République pour la France et, d’autre part, le remplacement de l’Union française de 1945 par la Communauté franco-africaine.

En rejetant de manière unanime la Communauté du « cavalier et de son cheval », comme l’homme politique et le syndicaliste Sékou Touré avait qualifié cette nouvelle formule d’association de la métropole avec ses colonies, la Guinée devenait un Etat souverain le 2 Octobre 1958.

En cette année 2008, nous célébrons le cinquantième anniversaire de l’accession de la République de Guinée à la souveraineté nationale et internationale. Je me réjouis infiniment de pouvoir participer au présent symposium organisé à l’occasion de ce cinquantenaire et je présente mes plus vives félicitations aux illustres organisateurs de cet événement.

Très chers compatriotes, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,

Ma contribution sera marquée par le sceau du militantisme, contrairement à celles, je le suppose du moins, de mes autres collègues conférenciers qui sont d’éminents professeurs d’université. Mais ne vous inquiétez pas, puisque pour moi, les deux approches académique et militante devront se retrouver en synthèse, dans la recherche de la vérité historique, qui devrait être aussi le souci de tout homme politique sérieux.

Dans le cas très controversé de la Guinée, seule une conférence nationale souveraine ou une commission à la Sud Africaine de vérité, justice et réconciliation pourra, un jour, faire éclater la vérité sans la connaissance de laquelle, ce pays s’enfoncera de plus en plus dans des abîmes sans fond.

Ceci dit, je chercherai pendant le quart d’heure que me consentent les organisateurs de ce symposium, à répondre aux cinq questions formulées ci-après :

-       Quel était le contexte géopolitique des années 1950 au sein de l’Union française et dans le    reste du monde colonisé ?

-       Pourquoi et comment un seul territoire sur les quinze colonies d’AOF, d’AEF et de Madagascar a-t-il pu imposer l’indépendance à l’ancienne métropole ?

-       Qu’est-ce que les dirigeants guinéens ont-ils fait de cette indépendance au cours des cinquante dernières années ?

-       Quels ont été les effets induits de l’indépendance de la Guinée sur les autres pays colonisés d’Afrique et dans le monde ?

-       Quelles sont les conditions à remplir pour que notre pays puisse enfin prendre la place qui lui revient en Afrique et dans le monde, en fonction de ses immenses potentialités humaines, de ses gigantesques richesses naturelles, agricoles et minières ?

Le contexte géopolitique des années 1950 au niveau de l’Union française

La France reconnaissante du Général De Gaulle, suite à la participation de toutes ses colonies d’Afrique et d’Asie à l’effort de guerre après son occupation par l’Allemagne nazie, a institué l’Union française regroupant la France et ses colonies et a donné la nationalité française et le droit de vote aux habitants de ces territoires d’Outre-mer à partir de 1945. Ceux-ci envoyaient par conséquent des députés à l’Assemblée nationale française à Paris (Palais Bourbon).

Ainsi, les hommes politiques leaders de ces territoires étaient intimement impliqués dans la vie politique de la métropole. Ils ont évolué par la même occasion dans des partis politiques qui couvraient la totalité des colonies françaises. Deux grands partis politiques dominaient, de ce fait, la scène dans les territoires de l’AOF et de l’AEF : c’étaient le Rassemblement démocratique africain (R.D.A.) dirigé par Houphouët-Boigny et le Parti du Regroupement africain (P.R.A), dirigé par Léopold Sédar Senghor.

Tandis que ces quinze colonies d’Afrique Noire connaissaient une lente évolution, la situation s’aggravait en Asie avec la guerre d’Indochine qui se termina par la défaite de Dien-Bien-Fu en 1953, l’ouverture des maquis de l’UPC au Cameroun et la guerre d’Algérie qui commença en 1956. Le Maroc et la Tunisie avaient, pendant ce temps, rejoint le club très fermé des pays indépendants d’Afrique (Ethiopie, Egypte, Liberia et Libye pour l’essentiel !).

La Loi cadre de Gaston Deferre de 1956 et la balkanisation des colonies françaises d’Afrique

Tirant les leçons des révoltes à Madagascar en 1945, de la guerre d’Indochine, des maquis de l’UPC au Cameroun et de la guerre d’Algérie, le gouvernement socialiste français a adopté la Loi-cadre de Gaston Deferre qui supprimait les fédérations de l’AOF et de l’AEF au profit d’une autonomie interne pour chaque territoire pris individuellement, selon le principe de « diviser pour régner ». Selon cette loi-cadre, les gouvernements territoriaux étaient dirigés par les gouverneurs venus de la métropole et la vice-présidence était assurée par le chef du parti majoritaire à l’assemblée territoriale.

Ce fut le grand débat autour de l’Exécutif fédéral soutenu par plusieurs leaders du RDA [ Sékou Touré en Guinée, Modibo Keïta au Soudan (actuel Mali), Djibo Bakary au Niger, Ouezzin Coulibaly en Haute Volta (actuel Burkina Faso), Gabriel Darboussier et Doudou Gueye au Sénégal, Gabriel Lisette au Tchad, Félix Tchicaya au Congo Brazzaville, Bathélémy Boganda en Oubangui - Chari (actuel RCA) et bien d’autres], contre le président de ce parti qu’était Félix Houphouët-Boigny qui disait que :

« La Côte d’Ivoire ne devait pas être la vache-à-lait de l’AOF ».

En revanche, c’est la section guinéenne du RDA, le PDG-RDA qui a tiré le maximum de profit de cette loi-cadre, en supprimant en Guinée, la chefferie de canton en 1956-1957. Cette structure créée par la France après les guerres de conquête coloniale, constituait la principale courroie de transmission des décisions de l’administration coloniale et de collecte des impôts en Afrique Noire francophone. C’était là l’un des piliers du système colonial qui disparaissait totalement de la scène politico administrative de la Guinée. Privée de cette organisation qui couvrait toutes les régions, toutes les villes et tous les villages et hameaux du pays, la métropole n’avait plus aucun moyen d’imposer son point de vue dans ce pays, ni de faire passer quelque message que ce soit aux populations. D’où son échec lors du référendum du 28 septembre 1958 et la victoire du « NON » qui était soutenu par les deux partis politiques [ le PDG-RDA et le Bloc africain de Guinée (BAG)], et par les syndicats, les mouvements des femmes et des jeunes et ceux des élèves et étudiants du pays.

L’Etat et le contrat social en République de Guinée

a) Le régime du PDG-RDA de 1958 à 1984

Dès la proclamation de l’indépendance de la Guinée, le 2 octobre 1958, le Général De Gaulle ordonna le départ immédiat de tous les fonctionnaires français qui y travaillaient.

L’objectif visé par ce retrait immédiat et sans exception de tous les fonctionnaires français résidant en Guinée était la mise à genoux du nouvel Etat indépendant et son retour dans le giron de l’ancienne métropole. Le peuple de Guinée n’a pas subi cette humiliation, grâce au ralliement à la cause de l’indépendance de nombreux jeunes cadres africains francophones originaires de plusieurs pays d’Afrique Noire : Côte d’Ivoire, Dahomey (actuel Bénin), Haute Volta (Burkina Faso), Mali, Niger, Togo, Sénégal…,  et même du Viet Nam du leader Ho Chi Minh.

Ceux-ci se mirent à la disposition du gouvernement guinéen qui put ainsi résister à toutes les tentatives de sabotage organisées par Jacques Foccart et ses agents. Cette solidarité agissante a été organisée par divers mouvements estudiantins basés à l’université de Dakar (UGEAO et UGEEG), et à Paris (la FEANF). En outre, le Parti africain de l’Indépendance (PAI) a délégué de nombreux cadres à Conakry en y installant, à cette occasion, une solide section en Guinée.

Il est évident que l’exemple de la Guinée ne pouvait susciter que des craintes justifiées chez le colonisateur, puisque deux années plus tard, c’est la métropole elle-même qui se débarrassait des autres colonies d’Afrique Noire en 1960, « l’année des indépendances » en Afrique Noire.

La dynamique de la concorde nationale qui permit le succès du « NON » au référendum du 28 septembre 1958 amena les dirigeants du BAG (Bloc africain de Guinée), de Diawadou Barry et Ibrahima Barry dit Barry III, à se fondre dans le PDG-RDA qui devint ainsi l’un des premiers partis uniques d’Afrique. Mais pour des raisons multiples, le contrat social qui liait les dirigeants du PDG-RDA au Peuple de Guinée fut trahi au profit de préoccupations sécuritaires et au souci primordial du Responsable suprême de la Révolution de mourir au pouvoir.

Bientôt effrayés par la présence d’intellectuels africains qui échappaient au contrôle de l’appareil du parti unique, le PDG-RDA et ses dirigeants de niveaux de formation relativement modestes, ont cru devoir profiter de simples revendications des enseignants, pour déclarer avoir découvert un « complot marxiste-léniniste » en novembre 1961. Suite aux arrestations des leaders du syndicat des enseignants, dont Koumandian Kéita et Ibrahima Bah Kaba, entre autres, à leur emprisonnement au Camp de la Garde républicaine qui deviendra plus tard le Camp Boiro de triste renommée et à l’expulsion de l’ambassadeur de l’Union soviétique en Guinée, la plupart des cadres africains qui étaient venus servir la révolution guinéenne sont retournés dans leurs pays respectifs dans l’amertume.

Les ministres Béhanzin et Alhassane Diop qui sont restés en Guinée connurent des sorts tout à fait différents : le premier retourna au Bénin après la mort du président Sékou Touré, après avoir contribué à la désorganisation du système éducatif guinéen, et le second rentra au Sénégal après avoir passé plusieurs années de prison au Camp Boiro.

Nul ne peut ignorer les difficultés rencontrées par le régime du PDG-RDA, confronté qu’il était aux assauts successifs de Jacques Foccart et de ses alliés régionaux de Côte d’Ivoire et du Sénégal. Le contexte de la guerre froide n’était non plus pas de nature à lui rendre la vie facile. Les victimes des purges successives que l’on enregistra en Guinée au cours des 26 années de règne du PDG-RDA, en 1960, 1961, 1965, 1969, 1970-1972, 1975 et en 1976 ont frappé toutes les régions, toutes les ethnies et toutes les familles de la République de Guinée.

La campagne de « Cheytane 1975 » de triste mémoire frappait les populations de la deuxième ville de la Guinée, la ville de Kankan, capitale de la région dont le président Sékou Touré était originaire. Et la dénonciation du « Cas particulier du Foutah et du complot Peuhl » était destinée à justifier l’arrestation et la mise à mort du premier secrétaire général de l’OUA, Diallo Telli.

Nous avons, par contre, vu au Nigeria le général Gowon souhaiter la bienvenue au général Effiong venu signer la reddition de l’armée du Biafra, à la fin d’une guerre civile qui a provoqué plus d’un million de morts et de disparus. Cette reddition ne fut suivie d’aucune exaction contre les collaborateurs du général Ojukwu, le chef de la rébellion du Biafra. Ceci tout simplement pour indiquer une autre manière de résoudre les graves conflits du pays, sans recourir pour autant à la torture, aux traitements dégradants et aux exécutions sommaires dans des camps de concentration.

Il faut cependant reconnaître que grâce à ses dons politiques et à ses relations personnelles, le président Sékou Touré a réussi à briser le cordon sanitaire que le Général De Gaulle et ses successeurs avaient tenté de dresser autour de la Guinée :

- la République de Guinée était le seul pays d’Afrique à abriter en même temps, dans sa capitale, une ambassade de l’Allemagne Fédérale et une autre de la RDA ; le président Sékou Touré était aussi le seul chef d’Etat africain qui était adulé à la fois par le monde islamique et arabe, tout en restant ami du Premier ministre d’Israël, Madame Golda Meir ; le président Sékou Touré était également l’ami des présidents des deux pays en guerre dans le Golf persique, l’Irak et l’Iran, au point d’assurer la fonction de médiateur entre ces deux pays belligérants ; le président Sékou Touré était enfin le grand ami des présidents Kennedy des Etats-Unis d’Amérique et de Nikita Kroutchev de l’Union Soviétique.

Il reste aussi à se demander à quoi aura servi la grande amitié qu’entretenait le président de la République de Guinée avec le magnat des finances David Rockefeller des Etats-Unis ?

Le président Sékou Touré n’aurait-t-il pas dit :

« Tant que les Guinéens auront le souci de leur nourriture quotidienne, ils ne penseront pas à mon pouvoir » ? Ce qui dénote une volonté manifeste de maintien des populations dans le besoin et la misère quotidienne. D’où l’équation : le régime du PDG-RDA est égal au régime de Staline moins l’électrification, les grands combinats industriels et la puissance militaire.

Pour ma part, je crois fermement que si ces nombreuses et riches relations avaient été effectivement mobilisées en faveur du développement de la République de Guinée, notre pays ne serait pas dans l’état de délabrement que j’ai personnellement constaté en 1984-85, lors de la mission dont j’ai pris l’initiative pour l’inventaire des infrastructures physiques héritées de l’ancien régime. Il convient enfin de mentionner la révolte spontanée des femmes du marché de Conakry Madina en août 1977 contre la police économique et le régime de monopole de l’Etat sur l’appareil production et du commerce, qui ébranla le responsable suprême de la Révolution. Par la suite, l’on constata l’adoption de timides réformes semi libérales, et surtout la réconciliation avec les frères ennemis Houphouët-Boigny de la Côte d’Ivoire et Senghor du Sénégal en 1978 à Monrovia (Liberia). Cette réconciliation spectaculaire avec ces deux voisins alliés de la France sera suivie de la réconciliation avec la France, sous la houlette du président Giscard d’Estaing.

Deux voyages à Yamoussoukro, le « village » de son ancien mentor Houphouët-Boigny, auront suffi au président Sékou Touré et à ses collaborateurs, pour constater le très grand retard accumulé par la Guinée au cours des 26 années du règne sans partage du leader du PDG-RDA.

b) Le régime de dictature militaire à partir du 3 avril 1984

Suite au décès du président Sékou Touré, le 26 mars 1984, dans une clinique de Cleveland aux Etats-Unis d’Amérique, ce qui était surprenant pour un révolutionnaire qui criait dans tous les meetings populaires que « l’impérialisme trouverait sa tombe en Guinée », les membres du bureau politique et du comité central du PDG-RDA ne purent s’entendre sur le nom de son successeur. Cette mésentente persistante permit à des éléments déterminés de l’armée nationale, de prendre le pouvoir par un coup d’état militaire le 3 avril 1984.

L’on vit alors émerger une nouvelle classe dirigeante qui était tout simplement composée des meilleurs exécutants des basses œuvres du régime du PDG-RDA : agents des services de renseignements, tortionnaires dans les différents camps de détention et chefs de pelotons d’exécution.

Très tôt, les membres du Comité militaire de Redressement National (CMRN) qui venaient de prendre le pouvoir en pillant les ressources en or et devises de la Banque centrale, se sont rendus compte qu’ils étaient incapables de résoudre les problèmes essentiels de la Guinée. A partir de ce constat, leurs objectifs se limitèrent à la sauvegarde du pouvoir pour le pouvoir et à servir les forces rétrogrades qui, à Paris, cherchaient à ramener la République de Guinée sous l’influence de l’ancienne métropole.

Les services de répression n’ayant pas changé de titulaires, sauf promotion dans la hiérarchie, l’on commença à préparer des complots, comme celui qui a été attribué, le 4 juillet 1985, à l’ancien Premier ministre, le colonel Diarra Traoré. Ce prétexte permit au CMRN et à son chef incontesté le colonel Lansana Conté d’arrêter et de liquider physiquement, sous la supervision d’agents français dépêchés spécialement pour la cause, près de 70 officiers et sous-officiers d’ethnie Malinké, celle du président Sékou Touré. La plupart des cadres civils de cette ethnie qui occupaient des postes de responsabilité furent arrêtés, torturés, exécutés sans procès ou chassés de leurs postes.

Les « dignitaires » de l’ancien régime ont été emprisonnés au camp militaire de Kindia, de même que l’épouse, les enfants et tous les membres de la famille du défunt président. Ici aussi, les victimes de torture, de viols et d’exécutions sommaires sont légion. Mais dans ce cas précis, c’est une seule ethnie qui était frappée : pour certains milieux néo coloniaux en France, il fallait tout mettre en œuvre pour éviter l’arrivée au pouvoir d’un cadre d’ethnie Malinké, qu’il soit civil ou militaire. On n’est déjà pas très loin du génocide de 1994 au Rwanda.

Dans cette ambiance de chasse aux Malinkés en 1985, j’entendis un haut prélat de l’Eglise catholique de Guinée dire sur les ondes de la Radio nationale, la RTG :

« Si les Malinké ne veulent pas participer au développement de la Guinée, eh bien, la Guinée se développera sans eux ! ».

Nous voyons aujourd’hui tout le développement que notre pays a connu dans l’exclusion d’une ethnie !

La France gouvernée par les socialistes détacha auprès du général Lansana Conté, le nouvel homme fort du nouveau régime, un « marabout blanc » qui lui enseigna les bonnes techniques du règne sous les tropiques, en se basant essentiellement sur l’ethno stratégie. Les 24 années de pouvoir du général Lansana Conté en République de Guinée ont eu l’effet d’un tsunami administratif, politique, social et économique : l’Etat fort dont il a hérité de l’ancien régime a été réduit à sa plus simple expression.

La corruption, le népotisme et la concussion ont pris des dimensions inimaginables. Le président Sékou Touré s’était obstinément opposé aux réformes proposées par le FMI et la Banque mondiale dans le sens d’une dévaluation de la monnaie nationale, le syli, d’une réduction du nombre de fonctionnaires de l’Etat et de la privatisation des dizaines de société d’Etat.

Dès sa prise de pouvoir, le CMRN a accepté sans négociations toutes les réformes susvisées, en allant au-delà de la demande des institutions de Bretton Woods. Jusqu’à ce jour, la République de Guinée n’a jamais pu réparer les dégâts économiques et sociaux résultant de l’application de ce programme d’ajustement structurel (PAS) : monnaie nationale en chute libre, déflatés de la fonction publique, chômage et prostitution des jeunes, négligence de l’agriculture vivrière, privatisation/bradage du patrimoine industriel national, hausse des prix, baisse du pouvoir d’achat et manque chronique d’eau et d’électricité dans tout le pays.

Avec un chef de l’Etat aujourd’hui impotent et miné par la maladie, c’est plutôt une mafia dirigée par les trois épouses du président de la République, chaque groupe agissant pour le compte de sa mandante, qui gère les affaires de la République de Guinée. Pire, notre pays est devenu l’une des principales plaques tournantes de la drogue sud-américaine en Afrique de l’Ouest, avec la bénédiction et la complicité de l’entourage immédiat du chef de l’Etat.

De 1993 à nos jours, toutes les élections qui ont été organisées par la dictature militaire ont été entachées de fraudes massives. C’est la « démocratie du plus fort ». Mais les présidents successifs de la République française ont toujours félicité le tricheur pour  sa « victoire » aux élections de 1993, 1998 et de 2003. Comment peut-on, dans ce contexte, prendre au sérieux la condamnation du président Robert Mugabe par les mêmes dirigeants occidentaux ?

Un dernier mot sur l’économie extravertie qui a été pratiquée au cours des cinquante dernières années chez nous en Guinée. Les seules richesses minières qui sont actuellement exploitées en Guinée sont la bauxite, (en moyenne, 12 000 000 t/an pour la bauxite et 600 000 t/an pour l’alumine), l’or (17 tonnes /an) et le diamant (400 000 carats/an). L’ancien régime tirait de l’exploitation de ces minerais plus de 250 millions de dollars USA/an, alors que le régime militaire ne perçoit plus que 80 millions d’USD/an de taxes et autres redevances ! Nous avons en Guinée plus de 700 000 hectares de terres cultivables non mises en valeur et près de 1 200 cours d’eau qui ne tarissent pas toute l’année. Mais nous souffrons de malnutrition et de famine ! C’est une vie d’enfer pour les populations, par manque de volonté politique du régime, par l’absence de toute ambition pour notre pays, par la culture de la médiocrité et de la mendicité, bref un ensemble de tares de la mal gouvernance. Ce régime militaire est le prototype de tout ce qu’il faut éviter à l’Afrique et la seule place que méritent ses dirigeants, à commencer par le chef de l’Etat, est la comparution devant le TPI (Tribunal Pénal International).

Le rôle de la Guinée dans la scène politique africaine et internationale pendant les cinquante années de son indépendance

Au cours du grand débat sur l’exécutif fédéral des années 1956, le  syndicaliste et homme politique Sékou Touré avait justifié sa position en faveur du maintien des deux fédérations avec un argument génial qui consistait à craindre qu’avec l’autonomie interne des différents territoires de l’AOF et de l’AEF, il se pourrait que certains dirigeants se transforment en dictateurs locaux, sans aucun lien avec les autres territoires. En d’autres termes, l’exécutif fédéral était pour lui le meilleur barrage contre l’apparition de dictatures dans les anciens territoires isolés de l’ex-AOF et de l’ex-AEF. On ne pouvait pas être plus visionnaire dans le cas d’espèce !

Les conditions d’obtention de l’indépendance de la Guinée et les enjeux qui l’accompagnaient étaient d’une extrême importance pour l’évolution de la nouvelle Communauté franco-africaine. Si la Guinée échouait dans sa tentative de séparation d’avec l’ancienne métropole, ce serait la fin de l’indépendance pour les quinze colonies françaises d’Afrique Noire.

Nous aurions probablement vu quelques uns de ces territoires se transformer en « départements d’outre-mer », comme Mayotte dans les Comores. Tout a été mis en œuvre par Jacques Foccart, le secrétaire général de l’Elysée sous la présidence du Général De Gaulle et du président Pompidou, pour obtenir cet échec de l’indépendance dans un seul territoire. Mais avec le maintien et la consolidation de la souveraineté de la République de Guinée, la pression indépendantiste est devenue intenable au sein de la Communauté franco-africaine qui fut rénovée, adaptée, puis finalement abandonnée en 1960 avec l’indépendance des quatorze autres territoires, plus le Cameroun et le Togo qui étaient sous mandat des Nations Unies.

Sur le plan africain, la Guinée s’est associée avec le Ghana qui venait d’obtenir son indépendance du royaume Uni en 1957. A cette fédération Ghana-Guinée, vint s’ajouter le Mali qui venait de quitter le Sénégal au sein de la Fédération du Mali. Ces trois pays d’Afrique Noire se sont rapprochés du Royaume du Maroc pour constituer, sur le plan continental, le « Groupe de Casablanca » dit progressiste. Les Etats réputés modérés se sont regroupés au sein du « Groupe de Monrovia ». La synthèse intervint en 1963, lorsque tous les pays indépendants du continent se sont retrouvés au plus haut niveau à Addis Abeba, en Ethiopie, pour la création de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), avec un secrétaire général originaire de la République de Guinée, Diallo Telli.

Le Ghana, la Guinée et le Mali ont été très vite admis au sein du groupe des pays non alignés qui ne voulaient pas choisir entre les pays occidentaux et les pays du monde communiste. Au niveau des Nations Unies, donc sur le plan international, la République de Guinée et ses diplomates ont très largement contribué, en étroite collaboration avec les représentants des autres Etats africains et non-alignés d’Asie et d’Amérique latine, à la prise en compte des intérêts des pays colonisés d’Afrique et du monde. La Commission de décolonisation des Nations Unies fur dirigée par des diplomates guinéens, dont Mme Jeanne Martin Cissé, qui fut la première femme au monde à présider le Conseil de Sécurité des Nations Unies et par Achkar Marof, un autre diplomate qui mourut au camp Boiro. Le principe panafricaniste proclamé par le responsable suprême de la révolution disait que « la Guinée ne se sentirait pas libre, tant que subsisteraient des colonies sur le continent africain ».

Notre pays a très largement soutenu la lutte du FLN pour l’indépendance de l’Algérie, celle du Frélimo au Mozambique, du MPLA en Angola et du PAIGC en Guinée-Bissau. L’armée guinéenne était présente en 1960 à Kinshasa, dans le cadre de l’intervention des casques bleus des Nations Unies qui n’ont malheureusement pas pu empêcher l’arrestation et l’assassinat du Premier ministre du Congo, Patrice Emery Lumumba. Elle était aussi présente à Luanda, aux cotés du MPLA avec les troupes cubaines, lorsque la guerre civile a éclaté en 1975 en Angola.

Le Comité de libération de l’OUA formait en Guinée la plupart des guérilleros des mouvements de libération en Afrique et de lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Des sources bien informées révèlent que Nelson Mandela et Gowon Mbeki, le père de l’ancien président de l’Afrique du Sud, Thabo Mbeki, auraient été formés au maniement des armes dans le camp militaire de Kindia en Basse Guinée. Cette politique de soutien actif aux mouvements de libération sera bientôt confrontée à l’os du Sahara occidental, où des intérêts divergents de deux pays amis obligeront la Guinée à un choix déchirant entre les positions de l’Algérie et du Maroc. Enfin l’assassinat d’Amilcar Cabral, le leader du PAIGC et des mouvements de libération des colonies portugaises d’Afrique, dans la capitale guinéenne Conakry, jeta un froid dans les relations du régime du PDG-RDA avec les pays lusophones d’Afrique.

L’influence de l’indépendance de la Guinée sur le reste de l’Afrique et du monde ne se limita pas au secteur politique et diplomatique. Venant du monde syndical originellement affilié à la Confédération générale des travailleurs (CGT) en France, le syndicaliste Sékou Touré fut le fondateur de l’Union générale des travailleurs d’Afrique noire (UGTAN), et de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG). Le Guinéen Abdoulaye Diallo était lui aussi vice-président de la Fédération syndicale mondiale (FSM) d’obédience communiste.

La révolution guinéenne brilla aussi dans le sport et les arts. Harry Belafonte y séjourna longtemps pour former le Ballet national Djoliba. L’un des chefs des «Black Panthers », Stockely Carmichael, choisit de vivre en Guinée, en adoptant le nom Kwame Touré. Le Hafia Football Club fut la première équipe du continent à gagner à trois reprises la coupe d’Afrique des clubs champions. Les Ballets africains légués par Keïta Fodéba à l’Etat guinéen brillèrent de mille feux à travers le monde. Ce qui n’empêcha pas son fondateur, de terminer ses jours au camp Boiro, comme de nombreux autres cadres civils et militaires de très haut niveau.

L’absence de toute ambition diplomatique du régime militaire sur la scène africaine et internationale est de notoriété publique. L’unique exception à cette règle est le soutien que ce régime apporta à des rebelles qui combattaient l’ancien président Charles Taylor au Liberia. Certains criminels de guerre appartenant à ces groupes et qui devraient comparaître devant le TPI résident en Guinée sous la protection du chef de l’Etat guinéen. Ces ex-rebelles du Liberia auraient activement participé à la répression des marches organisées en Guinée, à l’occasion de la grève générale illimitée de janvier-février 2007 : résultat, près de 300 morts et des milliers de blessés dans l’impunité la plus totale.

L’indépendance de la Guinée, la Communauté franco-africaine et la « Françafrique »

La perte de l’Indochine a semé le trouble dans le système colonial français. Le démarrage de la guerre d’Algérie, l’ouverture des maquis de l’UPC au Cameroun et l’indépendance immédiate et subite de la Guinée furent des chocs qui amenèrent les autorités coloniales françaises à ne plus rien laisser au hasard. C’est probablement pour cette raison que le secrétaire général à la présidence de la République française, Jacques Foccart, fut chargé par le général De Gaulle de gérer les « affaires africaines ». Pour le maintien de l’influence française dans ces pays « indépendants », tous les coups tordus étaient permis : assassinats ciblés (Ruben Um Nyobé, Ossendé Afana et Félix Moumié du Cameroun, Dr. Bono du Tchad), mort suspecte de Ouezzin Coulibaly (Haute Volta) et de Félix Tchicaya du Congo Brazzaville, remplacement de Djibo Bakary par Amani Diori au Niger, soutien de la guerre du Biafra pour disloquer la Fédération du Nigeria, ainsi que de nombreux coups d’état destinés à mettre en place des régimes militaires obéissant au doigt et à l’oeil à la France. Tous les ministres français de la coopération qui se montraient exigeants par rapport à la corruption et à la mal gouvernance dans les pays africains soutenus par la France, étaient immédiatement renvoyés à leurs chères études. Le journaliste Pierre Péan s’est référé à toutes ces machinations orchestrées en Afrique à partir de Paris, pour donner à cette constellation le nom peu élogieux de « Françafrique ».

L’opposition guinéenne contre les deux régimes au cours des cinquante dernières années

Avant d’en arriver aux conclusions, je souhaiterais dire un mot sur le rôle de l’opposition contre les deux régimes qui ont géré la République de Guinée au cours des cinquante dernières années. Les deux dictatures qui se sont succédés dans ce pays pendant respectivement 26 ans pour le PDG-RDA et 24 ans pour le régime de dictature militaire, sont de nature différente, bien que le second soit un mauvais héritier, ou même une pale caricature du premier. Au mois d’août 1953, Sékou Touré devenait l’unique élu du PDG-RDA à l’assemblée territoriale à Conakry. Aux élections législatives de 1956, le PDG-RDA obtenait les 62% des voix, avec deux députés au Palais Bourbon à Paris, à savoir Sékou Touré et Saïfoulaye Diallo, le troisième poste de député ayant été attribué à Diawadou Barry du BAG. Aux élections pour l’assemblée territoriale du 31 mars 1957, le PDG-RDA devenait majoritaire dans cette assemblée, avec 56 députés sur 60 !

En accédant au pouvoir, le président Sékou Touré aurait dit à des amis que l’on ne dira jamais de lui : «Voici l’ancien président de la Guinée ! ».

La guerre sourde que menaient les milieux néo coloniaux français contre son régime était, en fait, un argument objectif, mais aussi un prétexte pour justifier toutes les violations des droits humains dans sa politique intérieure et une absence de développement effectif des infrastructures, en matière de développement socio-économique de la Guinée.

Le Parti-Etat qu’était devenu le PDG-RDA ne tolérait aucune opposition à l’intérieur du pays. L’unique tentative de création d’un parti d’opposition en 1965 à Conakry (le Parti de l’Unité nationale de la Guinée - PUNG)  fut tuée dans l’œuf avec le fameux « complot des commerçants », à l’occasion duquel un authentique descendant de l’Almamy Samory Touré, connu sous le nom de « Petit Touré », fut arrêté et exécuté sans procès équitable.

La seule personne qui n’a jamais accepté le moindre compromis avec le régime du PDG-RDA, tout en restant en Guinée, a été Koumandian Keïta, l’ancien secrétaire général du Syndicat des Enseignants et premier « prisonnier de l’année 1961 » dès la création d’Amnesty International. Par contre, différents mouvements d’opposition ont vu le jour au sein du mouvement estudiantin dès novembre 1961, après la répression contre les revendications du syndicat des enseignants à Conakry. Ici à Francfort/M, mon ami Dr. Tirmiziou Diallo et moi-même avons convié nos amis résidant en France pour la création, le 1er mai 1970, du Regroupement des Guinéens en Europe, qui est devenu par la suite le Regroupement des Guinéens à l’Extérieur (RGE).

L’implication de certains responsables de ce mouvement dans le débarquement, à Conakry, de soldats portugais et d’opposants guinéens le 22 novembre 1970, a causé d’énormes préjudices à ce mouvement. L’Organisation de Libération de la Guinée (OLG) regroupa parmi ses dirigeants quelques anciens fonctionnaires qui avaient servi un temps la révolution du PDG-RDA, et qui avaient par la suite choisi le chemin de l’exil. Un troisième mouvement, le MND, était plutôt opérationnel au niveau du mouvement estudiantin en France avec une idéologie marxiste-léniniste. Ces différents mouvements sont aujourd’hui, avec quelques nuances, à la base de la création des principaux partis d’opposition contre la dictature militaire. En passant de la première à la deuxième république, ces mouvements ont donné naissance, après l’adoption formelle du multipartisme intégral par le régime militaire, aux partis politiques suivants :

-       le RGE (leaders originels en France : Siradiou Diallo et Julien Condé, et en Allemagne : Tirmiziou Diallo et Mansour Kaba) s’est mué en PRP - UPR, UFR et Parti DYAMA ;

-       l’Organisation de  Libération de la  Guinée (OLG, puis OULG) : s’est mué en UNR-UFDG ;

-       le Mouvement  National Démocratique (MND) : s’est mué en RPG et UFD.

Il faut signaler aussi la création, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, du Front de Libération Nationale de la Guinée (FLNG), qui, après la chute du président Kwame Nkrumah au Ghana, fut essentiellement manipulé par les gouvernements de ces deux pays voisins de la Guinée.

La prise du pouvoir par l’Armée nationale en avril 1984 permit le retour au bercail des leaders de l’opposition vivant à l’étranger. Mais le CMRN fit régner une dictature militaire qui n’autorisera le multipartisme intégral qu’en 1992. La « démocratie du plus fort » qui est alors pratiquée par cette dictature militaire a plongé notre pays dans une misère sans aucune commune mesure avec les attentes de la population par rapport aux énormes potentialités humaines, naturelles et minières de la République de Guinée.

Une concertation des forces vives de la Nation fut organisée en mars 2006 avec la participation des partis politiques d’opposition, des syndicats, de la société civile, des associations des femmes, des jeunes et des élèves et étudiants pour convenir d’un programme commun de lutte pour le changement démocratique. Les résolutions qui ont été adoptées à cette occasion servent aujourd’hui encore de plateforme de lutte contre la dictature militaire.

Les perspectives d’avenir de la République de Guinée

Ici à Francfort/M, il me semble utile de rappeler une vérité historique : lors de la conférence de Berlin de 1885 pour le partage de l’Afrique entre les puissances coloniales du moment, aucune organisation, aucun groupe humain, ni aucune ethnie d’Afrique n’a été consultée pour approuver ou désapprouver le tracé des frontières à l’intérieur de tout un continent. La République de Guinée est justement une conséquence directe et un produit des guerres de conquête coloniale qui ont été menées par la France pour occuper ce territoire. Nul ne peut aujourd’hui remettre en cause cet état de fait, sans déclencher une guerre de cent ans à travers le continent africain. La sagesse et le réalisme nous recommandent de chercher à tirer le maximum de profit de cette situation. Le seul fait que six conférenciers de haut niveau universitaire se retrouvent en Allemagne pour conférer sur leur patrie commune, la Guinée, est une preuve du succès de l’indépendance de notre pays. Car en 1958, la Guinée ne disposait pas de six cadres de ce niveau de formation, après plus de soixante années de colonisation ! Voyons maintenant les atouts de notre pays et les dangers qui le guettent :

a)    D’abord les atouts :

-       une souveraineté reconnue par tous les pays du monde, à l’intérieur de frontières sûres ;

-       une population intelligente et entreprenante, pourvu qu’on lui offre un cadre juridique sain et dépourvu de toutes les contraintes négatives du genre corruption, népotisme et favoritisme régional ;

-       des cadres disponibles, patriotes et engagés, formés dans les meilleures universités du monde ;

-       une jeunesse nombreuse et ambitieuse, débarrassée de la peur qui a fait le lit des deux dictatures des cinquante dernières années (voir les événements de janvier/février 2007) ;

-       des leaders politiques de l’opposition patriotes prêts à prendre la relève et à relever le défi de la démocratie pluraliste et de la satisfaction des besoins fondamentaux des populations ;

-       la présence en Guinée de nombreux cadres retraités de la Banque mondiale et du FMI, du Système des Nations unies, de la Banque africaine de Développement (BAD) et de nombreuses autres organisations internationales et universitaires, et enfin

-       la disponibilité d’immenses richesses du sol et du sous-sol, qui ne pourront être valablement exploitées que par un nouveau régime crédible, pratiquant une culture de  l’excellence et de la compétence.

b)    Les dangers qui guettent la République de Guinée

-       l’ethnocentrisme qui mesure l’exercice du pouvoir, non selon des critères objectifs et modernes de démocratie, de bonne gouvernance et d’aptitude au développement socio économique du régime, mais en nombre d’années de présence au pouvoir du représentant de telle région ou de telle ethnie (la démocratie du « tour de rôle ! ») ;

-       la paralysie des « institutions républicaines », dont notamment l’assemblée nationale et la cour suprême qui ne sont que de simples caisses de résonance du pouvoir exécutif ;

-       la désintégration de l’armée nationale dont certains éléments pillent, violent et tuent les populations qu’elle est censée protéger, et ce, dans l’impunité la plus totale ;

-       la culture de la médiocrité, la promotion du népotisme et de l’impunité pour les délits de corruption et les crimes en tous genres, y compris les crimes de sang ; 

-       les mauvaises habitudes prises par la grande majorité des cadres de la haute administration de se servir au lieu de servir le pays ;

-       l’érection d’un mur de méfiance et d’incompréhension entre les cadres de la haute administration à Conakry et les cadres guinéens résidant à l’étranger (opposition entre les Guinéens de l’intérieur et ceux de la diaspora) ;

-       l’opportunisme et l’inconsistance de nombreux partis politiques que l’on qualifie d’ « alimentaires » ;

-       les risques que font courir au pays la persistance d’un régime politique cliniquement mort, mais qui est entretenu artificiellement par les mafias obéissant à des forces étrangères et hostiles aux intérêts de l’Etat guinéen ;

-       la transformation de la République de Guinée en narco-république par la faute et la complicité des dirigeants du pays ;

-       last not least, les risques d’intervention des grands groupes miniers dans les problèmes internes du pays.

Les deux régimes qui ont conduit les destinées de la République de Guinée au cours des cinquante dernières années ont tous les deux sacrifié les intérêts légitimes du Peuple de Guinée, l’un pour des raisons de sécurité et d’engagement idéologique, l’autre pour des raisons bassement et vulgairement matérialistes. Notre pays est à la croisée des chemins. Saurons-nous faire le bon choix entre un changement démocratique dans l’unité nationale, ou alors voulons-nous aller vers les syndromes somalien d’absence d’Etat et/ou haïtien d’insécurité permanente et de misère durable ?

Merci de votre attention !

Mohamed Mansour KABA
Président du Parti DYAMA
pour www.guineeactu.com

P.S. : 1. Un vibrant hommage devra être adressé au savant et africaniste Léo Frobenius dont la découverte des œuvres au cours des années 1930-1940 permit à Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas de découvrir la culture africaine dans son authenticité et de créer le mouvement humaniste qu’ils ont appelé la « Négritude ».

2. Je me contenterai d’évoquer ici un seul sujet sur lequel j’ai eu à présenter une proposition du Parti DYAMA au cours des débats animés qui ont suivi les exposés des cinq conférenciers :

Dans la perspective du changement démocratique voulu par le Peuple de Guinée, le Parti DYAMA propose une refonte totale du système de gestion de l’Etat guinéen, donc une modification de la Loi fondamentale dans le sens d’une décentralisation et d’une déconcentration poussées des pouvoirs exécutif et législatif, en introduisant la subdivision du pays en quatre Régions naturelles selon les frontières de septembre 1958, à savoir la Basse Guinée, la Moyenne Guinée (ou le Foutah Djallon ou encore la Guinée du Nord-Ouest), la Haute Guinée et la Région Forestière de la Guinée. La Ville Région de Conakry qui abrite 25% de la population totale du pays sera une entité équivalente à chacune des quatre Régions naturelles. Ces cinq entités administratives seront dirigées par un Gouverneur élu au suffrage universel des habitants de chacune des régions à un tour, sans distinction d’origine ethnique ou régionale, les seuls critères d’éligibilité étant la résidence permanente dans la région et la pleine jouissance des droits civiques.

L’équipe du Gouverneur sera chargée de gérer le budget des investissements publics alloué à la région, en matière d’éducation,  de santé, de la mère et de l’enfant, d’autosuffisance alimentaire, de développement rural (hydraulique villageoise, pistes rurales et énergie solaire), ainsi que de la jeunesse et des sports. La gestion du gouverneur sera contrôlée par une assemblée régionale dont les membres seront également élus au suffrage universel, dans les mêmes conditions que le gouverneur de la Région. Sur le plan national, un président de la République sera élu à la tête de l’Etat au suffrage universel à deux tours. Il sera le garant de la Loi fondamentale, de l’intégrité du territoire national et le chef des forces armées. Il devra cependant choisir un Premier ministre sur proposition du parti politique qui aura obtenu la majorité à l’assemblée nationale, dont les membres seront élus au suffrage universel à un tour, à la proportionnelle intégrale. Le Premier ministre sera le Chef du gouvernement et il devra rendre compte de sa gestion devant l’assemblée nationale qui, seule, peut le démettre par un vote majoritaire des 2/3 des députés. Les prérogatives du gouvernement national ou central s’étendront sur tous les autres domaines qui ne sont pas réservés aux régions.

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Vos commentaires
Mahmud Diallo, samedi 22 novembre 2008
Avant que le frere Damaro ne me vide de la salle, je voudrais remercier Mr kaba pour le brillant expose sur notre histoire. Toutefois, j`ai quelques quelques points sur lesquels, je veux des eclaircissements. Le frere a parle de l`exclusion de l`exclusion des malinkes au developpement de la Guinee. Comment y ont ete exclus? Il a toujours cite des raisons securitaires comme faisant parti des justifications de la violence de Sekou ou plutot du PDG RDA comme il le dit souvent. Parlant de nepotisme de l`actuel regime, le frere n`a pas fait cas de la constitution du governement de Sekou Toure avec les ministeres des domaines dont les principaux etaient detenus par les proches parents du dictateur et de ceux de sa femme. On le sait. Qui (de quelle ethnie) dirigeait l`armee sous le 1er regime? Qui dirigeait le fameux comite revolutionnaire qui planifiait et executait les liquidations et autres violations des droits des infortunes dans les differents camps du PDG? Il parle egalement des irregularites des elections, je suis d`accord. Mais contre qui il avait fait la plainte qui avait abouti a l`ennulation des resultats aux presidentielles de 1993 a Kankan, Siguiri et Kouroussa? Qui y avait fait quoi? S`agissant de la realite sur le coup Diarra, Mr Damaro est le mieux indique pour nous dire si c`etait un faux ou vrai coup. Au cours d`un autre echange sur le net, je crois qu`un frere avait conseille de demander au frere Damaro, et autres participants a la conference de Coloumbus (OHIO - USA) si ca ete un faux complot. Pourquoi Sekou avait donne droit a ses freres, cousins, neveux, etc droits de vie et de mort sur les autres guineens. Pourquoi le sinistre Siaka Toure a pu confisque voitures et femmes des malheureux citoyens, s`il n`etait pas ce qu`il pour Sekou? Je crois que le frere damaro peut vous aider a repondre avant DJAMA ne gagne les elections. Toutes les guineennes ont souffert de la tyrannie de Sekou, mais pourquoi, certains veulent blamer seulement l`actuel dictateur. L`expose du frere Kaba nous dit implicitement l`origine du pouvoir de Conte. Merci Mr Kaba et bon courage, le vrai debat est proche.
Amadou Damaro CAMARA, vendredi 21 novembre 2008
Une vraie mine d`information, une analyse pointue de la part d`un des plus grands opposants a Sekou Toure.Il faut prendre son temps pour l`analyser car il y a des questions en suspens telle l`affaire des recrues pour le Comore. L`histoire de la Guinee merite d`etre regardee avec plus de serenite que ce que nous sommes entrain d`instaurer entre nous sur le net.Il arrivera un jour ou on demandera a ceux qui ne veulent pas d`un vrai debat, de vider la salle pour une meilleure comprehension. Merci Doyen nous allons a nos archives et reviendrons certainement. Ceux qui ne sont pas informe priere prendre notes meme si ca ne vous plait pas. Damaro

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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