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Des quatre décrets publiés dimanche 7 mars dernier, celui nommant le Magistrat Mamadou Sylla dit « Syma » au poste de 1er président de la Cour Suprême de Guinée aura été le plus retentissant.
Le président de la Transition le général Sékouba Konaté a ainsi créé la surprise en faisant appel à cet homme, qui n’aura savouré que moins de 72 heures sa nomination au même poste, au 2e trimestre de l’année 2009. SYMA avait été limogé par le chef de la junte (CNDD), le Capitaine Moussa Dadis Camara, moins d’une semaine après que ce dernier l’eut porté à la tête de la première institution judicaire du pays. Son crime avait été, selon le Capitaine Camara, de n’avoir prononcé ni son nom et ni celui du CNDD dans son discours de prise de fonction. C’est en effet lors d’un de ses fameux « Dadis show », tenu sur le Plateau de la RTG-Koloma, que le n°1 de la junte guinéenne avait tenté de justifier ce limogeage. « Je l’ai entendu dire "sacerdoce, sacerdoce", alors si c’est "sacerdoce" qui l’a nommé, il n’a qu’à aller voir "sacerdoce" », a-t-il lancé à brûle-pourpoint, déclenchant l’hilarité d’une salle bourrée de journalistes et d’autres curieux.
Il faut dire que ce limogeage jugé par trop atypique, a choqué plus d’un observateur de la scène politique guinéenne. Le renvoi de ce magistrat de haut vol, réputé intègre et au caractère bien trempé, n’a jamais été compris par une opinion guinéenne qui s’inquiétait déjà des relents déviationnistes de la transition déclenchée le 23 décembre 2008. Car, ils sont nombreux à penser que ce prétexte était trop mince pour expliquer le renvoi de cet homme, qui a conduit avec maestria, un procès aussi compliqué que celui des auteurs de la mutinerie militaire des 2 et 3 février 1996. Des évènements, qui ont failli renverser le régime du défunt général Lansana Conté.
Autre procès ayant valu au nouveau président de la Cour Suprême de Guinée l’admiration de plusieurs de ses compatriotes, celui qui a jugé le leader du RPG (Rassemblement du Peuple de Guinée), le Pr Alpha Condé. Certains observateurs ont estimé, au terme du procès pour atteinte à la sûreté de l’Etat, que Syma avait fait preuve d’une grande indépendance vis-à-vis des pressions du pouvoir du général Lansana Conté, qui voulait que le leader politique prenne une peine plus lourde que les cinq ans de prison prononcés par le juge. Il faut rappeler que Mamadou Sylla a également été ministre de la Justice.
Pour en revenir aux raisons qui ont poussé le Capitaine Moussa Dadis Camara à limoger Syma, l’on sait aujourd’hui que ce dernier s’était rendu compte de son erreur. Et comment ? En effet, selon nos informations, le chef de la junte avait fondé son jugement sur l’extrait du discours de Syma figurant dans le reportage diffusé par la télévision guinéenne (RTG) sur cette cérémonie de prise de fonction.
Cet extrait insistait sur le fait que le juge devait considérer son obligation de rendre librement justice comme un « sacerdoce ». Par la suite, on lui avait fait visionner tout le discours, qui lui avait été envoyé sur une cassette. Le chef de la junte se serait aperçu que le magistrat avait prononcé son nom à trois (3) reprises. Mais, le coup était déjà parti, et il n’avait pas eu le courage de revenir sur son erreur. On se rappelle qu’il l’avait fait, suite au tollé que la nomination au poste de Conseiller à la Présidence de la République, de l’ancien Président de cette Cour suprême et ancien Premier ministre Lamine Sidimé, avait provoqué au sein de l’opinion.
Aujourd’hui donc, le général Sékouba Konaté a-t-il décidé de redresser ou rectifier le tort fait à Syma ? En tout cas, cela y ressemble beaucoup. Même si cet acte a aussitôt été interprété par certains contempteurs comme un camouflet infligé au Capitaine Dadis, toujours en convalescence à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. « C’est la preuve que Sékouba Konaté a définitivement tourné la page de son frère et ami Dadis Camara », commente une frange de l’opinion.
En tout cas, le désormais nouveau 1er Président de la Cour Suprême de Guinée est perçu par d’autres observateurs comme un homme béni des cieux. Ces derniers croient savoir en effet qu’il a la chance d’être mis à ce poste qui devra, en dernier ressort, valider (ou invalider) les résultats des différentes élections attendues les prochains mois en Guinée. L’on estime ainsi qu’il devrait pouvoir donner le meilleur de lui-même dans un pays où c’est cette institution qui a toujours donné une forme légale aux fraudes électorales orchestrées sous Lansana Conté.
D’ailleurs, au regard des intentions du Capitaine Dadis de se présenter aux élections présidentielles à venir, il lui aurait été très difficile d’arbitrer de façon impartiale entre les différents candidats. Par contre, la non candidature du général Sékouba Konaté, du Premier ministre de la Transition, des membres de la junte, et des autres acteurs de la Transition, est de nature à lui permettre d’apporter une contribution de qualité à la transparence et à la crédibilité qui doivent marquer les futures élections guinéennes. Mais encore faut-il que sa nomination soit faite dans le souci de l’amener à mettre à profit sa présumée intégrité pour garantir un rôle positif de la part de la Cour Suprême dans ces élections. Le dernier gain perçu à travers cette nomination de Syma est celui lié à l’effet d’équilibre entre les quatre régions naturelles du pays. Ce, à un moment où il est beaucoup question de la nécessité de partage du pouvoir entre les différentes sensibilités sociopolitiques de la Guinée. A Syma donc de confirmer tout le bien que l’on dit de lui.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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