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Je ne suis pas conseiller ni besogneux de qui que ce soit. Donc, étant observateur indépendant de la vie politique guinéenne, je suis comme un électron libre. Je profite de mon statut pour donner libre cour à mes opinions. Je constate que le conflit autour des accords tripartites est devenu celui d’entre le dogme constitutionnel et la Realpolitik. En effet on peut se demander pourquoi c’est maintenant que les syndicats s’aperçoivent de la violation des accords tripartites. De se demander qui a intérêt à rallumer la flamme du conflit aux conséquences aussi dramatiques qu’incontrôlables. Je certifie qu’après la suspension de la grève, le marchandage entre le dogme et la Realpolitik ne fait que commencer, et ce n’est pas cela la solution qui va édulcorer nos malheurs, bien au contraire, d’autant plus que le problème fondamental du pays semble être éteint du foyer optique des acteurs. Les débats actuels tournent autour de préjugés et vieux clichés. Au lieu de parler de contenu, on monte de fausse ligne Maginot. Actuellement il existe un blocage au sommet de l’Etat. Les institutions républicaines compétentes et autres institutions indépendantes doivent agir, avant que ce blocage n’ait eu le temps de faire plus de dégâts. Le débat stérile devra faire place à une autre chose plus censée et plus à l’écoute du citoyen, et pas de préoccupations politiciennes. C’est cela regarder confiant vers l’avenir. La manière dont le conflit actuel est traité en République de Guinée, se déroule comme dans un concert live de musique pop. Pendant que l’avant groupe fait sa prestation, le public attend l’arrivée de la star. Seulement dans notre cas, la question fondamentale est de savoir quand arrivera la star ou si toutefois, elle viendra vraiment. Alors tout le monde se demande si le président (la star) signera ou ne signera pas le nouveau compromis du marchandage. Malheureusement le marchandage risque de prêcher dans le désert. Pourquoi un marchandage ? Une lutte de pouvoir s’est établie entre la primature et la présidence. De par la résistance de l’administration, du président et de son clan, il est apparu au grand jour les contradictions de l’accord tripartite: a) d’une part le premier ministre nomme son gouvernement et aux emplois publics, b) d’autre part constitutionnellement les pouvoirs du premier ministre lui sont simplement délégués par le président, c) en plus la prérogative de signature de décrets est restée une prérogative présidentielle. × Les conseillers de chacun des partenaires au conflit sont actuellement à l’œuvre. Les tenants de l’orthodoxie constitutionnelle se targuent de leurs prérogatives constitutionnelles pour vouloir dicter leur volonté. × Les parrains des accords tripartites disent qu’un accord reste un accord. Les accords tripartites sont le garant sûr de la paix sociale. De plus les accords ont eu lieu sous l’état d’exception, alors on ne peut pas se référer à la constitution. Ils argumentent que les réalités qui ont imposé les accords restent toujours valables. × Donc les conseillers de chaque camp cherchent à tirer de leur côté la plus grande portion de la couverture, pour justifier sa position. × Moi, je pense que le mot d’ordre de grève n’étant que suspendu, le problème reste plus brûlant que jamais. Mais, il ne faut pas laisser le pays brûler par la volonté des personnes qui ne se soucient que de leur sort ou carrière. × Il est à constater que le comportement (la déclaration ou le silence) prêté au chef de l’Etat est source d’une grande ambiguïté surtout que le mépris de la lecture et de l’écriture du chef de l’Etat sont connus de tous. C’est ainsi que l’interprétation de sa position est ouverte à toutes les spéculations. × L’inquiétude est grandissante autour de l’agissement de l’entourage du chef de l’Etat. Les agissements de son entourage semble dire qu’il est handicapé dans ses contacts avec la réalité du pays, qu’il lui manque cet instinct indispensable à qui veut comprendre ce que la partie majeure de la population pense. × Une partie majeure de ces activistes est une multitude des zéro absolus, plus préoccupée de son sort que de l’intérêt général. × Conflit de compétence au sommet de l’Etat. × Un problème est toujours compliqué, s’il est à la base d’un conflit de compétence au sommet de l’Etat. Quand le conflit effleure l’ordre constitutionnel, il est toujours sujet à controverse, surtout si le conflit a des liens avec les enjeux de pouvoir qui peuvent, à quelques détails près, faire ombrage à une des parties en jeu. × C’est le cas actuellement en Guinée entre le président et son premier ministre. Je pense que ce soi-disant conflit de compétence est un épiphénomène, un faux débat pour nous distraire des vrais enjeux. On ne peut pas s’appuyer sur les vieilles méthodes périmées pour conduire une politique moderne. × Je suis de l’avis que les vrais enjeux sont la séparation des pouvoirs, l’adaptation de la constitution à l’évolution de la société et, surtout, le bon fonctionnement des institutions républicaines sans complaisance. × C’est la seule solution efficace pour éviter tout conflit de compétence au sommet. Alors introduire le contenu au débat est la condition à remplir pour se parler sérieusement. Mais adopter une tactique qui consiste à s’abriter derrière les principes constitutionnels, aussi longtemps qu’il paraît avantageux, est intellectuellement malhonnête. Oui, dans les conditions normales les tenant de l’orthodoxie constitutionnelle ont des arguments solides de leur côté. Mais qu’ils poussent leur argumentation jusqu’au bout et reconnaissent que la loi fondamentale n’est pas là pour imposer une monarchie présidentielle à tout prix et contre l’avis du Peuple. × Il faut séparer le rôle de la fonction de celui du devenir des personnes qui l’occupent au sommet de l’Etat. La fonction reste, mais une personne fait place à une autre. Il est à retenir que, la majorité de la population est sortie pour dire, qu’elle ne veut plus de ce pouvoir brutal et impotent. C’est cette population qui a imposé les accords tripartites au pouvoir. × On me dira que la majorité a toujours raison, mais que la raison a rarement une majorité. Soit ! × Dans un autre sens, faut-il rappeler que la mission primaire de la cour suprême c’est de garantir la paix sociale et la stabilité, d’adapter la loi fondamentale à l’évolution de la société ? La constitution est garante des droits humains et protectrice des droits et libertés. Le rôle primaire des magistrats de la cour suprême est entre autre, à mon avis, de faire le contrôle de la constitutionnalité des lois, en cas d’anomalie constitutionnelle constatée de contacter le législateur pour faire une correction. × Certes lorsqu’on prend une position inhérente à la loi fondamentale, il arrive qu’elle suscite des débats, qu’elle soulève des remarques, des critiques et des objections auxquelles on n’avait pas songé en se positionnant. Mais c’est indispensable de mener ce débat-là, si on tient compte de la stabilité et de la paix sociale dans le pays. Et, je trouve très bien de faire des discussions bienveillantes en toute légalité, mais sans concession sur la loi fondamentale pour donner du tonus aux débats et adapter notre constitution à l’évolution de notre société. × Par exemple même dans un régime présidentiel par excellence comme les USA ou la France, il existe des garde-fous qui limitent le degré de liberté du chef de l’Etat par: × L’impeachment aux USA, c'est-à-dire la procédure des poursuites contre le chef de l’Etat, s’il commet des malversations dans l’exercice du pouvoir. × Et l’amendement récent de la constitution française qui permet la destitution du chef de l’Etat sous certaines conditions. C’est là une bonne inspiration pour nos législateurs et juges constitutionnalistes. Pourquoi violer l’accord tripartite est-il une source de conflit ? Moi, je suis de l’avis que, la violation des accords est la source de conflit. Parce que les aspirations de la population ont été incarnées par la révolte populaire de 2007 et, c’est cette révolte qui a enfanté les accords tripartites. Donc ces accords sont une affaire de société. Il est évidemment intéressant de poser la question pertinente de savoir si les accords consécutifs aux événements de 2007 ont eu lieu dans des conditions normales. L’autre question est de se demander, s’il faut faire la genèse des évènements douloureux de 2007, pour savoir comment le problème s’est stratifié afin de comprendre les arguments qui ont concouru aux accords tripartites ? Je préfère dire gouvernement transitoire à la place de gouvernement de consensus pour une question de commodité de mes idées. Le gouvernement doit cesser son ambiguïté dans l’application de la feuille de route et éclairer le Peuple sur ses intentions. Que le Peuple le sache, le gouvernement n’est là que pour la gestion transitoire des affaires, mais pas pour d’autres ambitions. C’est là une manière de dépolluer l’environnement politique. Passer immédiatement à la phase opérationnelle de la commission nationale d’enquête indépendante sur les tueries perpétrées, traduire les personnes incriminées de pillage des deniers publics devant la justice et publier les résultats des audits publics. Ceux-ci permettraient au gouvernement de gagner de la sympathie des populations. Sinon !..... Et, aux syndicats de jouer le contre pouvoir, pour veiller sur la gestion et le suivi des accords sans complexe et non de se diviser ou de glisser sur le terrain politique. Je sais que c’est compliqué, mais que celui qui pense que par le simple fait de dénoncer l’accord tripartite, il y aura la paix sociale et la stabilité, lance la première pierre. Moi, j’ai fait mon introspection de notre histoire. Je crois que ces accords, malgré ses lacunes, sont une première dans les annales de notre pays. Je me suis laissé gagner par la conviction, qu’il vaut la peine de se battre pour obliger tout le monde au respect honnête des accords tripartites, car ils sont une incarnation populaire et ce n’est qu’un début dans notre long combat. Que Dieu sauve la Guinée. Moussa Bella Barry, Berlin, Allemagne
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