mercredi 4 août 2010
Sus aux apprentis-sorciers : la nécessité d’un deuxième tour rapide
Barry Abdourahmane

Les esprits les plus cartésiens vont finir par succomber à la croyance selon laquelle le peuple Guinéen serait frappé par une sorte de malédiction. Ce genre de fatalité pesante et poisseuse si bien décrite par les tragiques grecs, diffuse, parfois insoupçonnée, est terriblement implacable, réduisant à néant les espoirs les plus simples. Comment expliquer autrement, qu’un processus électoral qui, même s’il n’est pas parfait (mais dans quelle contrée l’est-il donc ?), a été salué par l’immense majorité des observateurs, se trouve chaque jour un peu plus compromis par des autorités et des personnalités qui ont pourtant vocation à l’accompagner ? Il faut croire que le peuple de Guinée peut avoir les aspirations les plus légitimes qui soient et montrer la maturité la plus exemplaire, rien n’y fera : il n’obtiendra jamais gain de cause auprès de ceux qui se sont auto proclamés ses dirigeants. Tout se passe comme si, sous couvert d’un perfectionnisme auquel les dirigeants de ce pays nous avait rarement habitués, certains conspirent désormais à la ruine d’un processus qui ne répond sans doute pas à leurs espérances. On peut presque parler de sabotage de la part de ceux qui évoquent aujourd’hui des mesures correctives, alors qu’ils auraient pu contribuer à les mettre en œuvre depuis la proclamation des résultats. Et ceux qui veulent obtenir une refonte complète des institutions de la république dont ils avaient acceptées les insuffisances ne sont pas moins suspects. Il faut, quand la paix sociale et l’avenir du pays sont en jeu, faire économie d’euphémismes et souligner clairement les risques qui résultent de certaines pratiques.

Il y a d’abord l’attentisme néfaste dans lequel ce pays est aujourd’hui plongé. Faute de perspectives claires les Guinéens, et parmi eux les acteurs économiques, ne peuvent prendre des engagements à long terme. Cette situation ne peut évidemment pas rehausser le lustre d’une économie largement décomposée ; à cet égard, les partisans d’un report aux calendes grecques du deuxième tour, ne montrent pas leur intelligence des choses de l’économie dont la santé est pourtant un impératif pour le bien-être de la population.

Il ne faut pas non plus négliger les troubles graves que pourraient générer ce qui peut s’apparenter à une interruption brutale du processus démocratique. Il faut se mettre à la place d’un peuple si longtemps sevré de sa liberté et de son autonomie à qui l’on a fait miroiter la possibilité de rentrer enfin dans ses droits. La réussite du premier tour de l’élection présidentielle auquel il participe massivement, même si certains suffrages n’ont pas été comptabilisés, n’a pu que renforcer l’idée que le but est à portée de mains. On peut parier que les frustrations nées de l’interruption de ce processus pourraient déboucher sur des réactions dont on ne peut prévoir la portée : la déception qui peut en résulter peut nourrir les colères les plus virulentes.

Du point de vue politique l’image rassurante du Général Konaté, qui fonde le consensus grâce auquel tout ceci a été possible, risque d’être écornée. Presque personne ne se rappelle aujourd’hui que c’est juché sur les chars de la junte que le général Konaté est, pour ainsi dire, sorti de l’anonymat. Mais en se désolidarisant de certains de ces compagnons et en promettant solennellement des élections libres et transparentes il a acquis une stature singulière sur le continent ; cette prise de position a éclipsé son appartenance originelle à la junte qui s’est rendue coupable du crime que nous connaissons tous. C’est l’œuvre, si elle est menée à son terme, qui pourrait le faire accéder à une postérité digne d’un Solon, ce stratège militaire et politique de la Grèce antique considéré comme le fondateur de la démocratie athénienne. Il ne pourrait échapper au soupçon d’un cynisme sans nom si, en ne sifflant pas la fin de la récréation, il se faisait le complice de l’enlisement de ce processus. Tout ce à quoi il a pu aspirer serait réduit à néant, car marqué par le soupçon. A partir de là, le pire est à craindre.

Enfin, et c’est l’un des points les plus importants, l’état de droit commence par le respect du droit, le respect des règles qu’on s’est données. Tocqueville l’a dit bien avant nous: sans respect des lois librement consenties par la société, les rapports sociaux ne peuvent être fondés que sur la loi du plus fort. Autant dire, dans ce cas, que la société humaine n’existe qu’en apparence ; on est plutôt dans le registre de la jungle. C’est un peu ce que nous avons vécu depuis tant d’années, et dont nous voulons nous affranchir. En ayant réussi cette discipline les peuples aujourd’hui développés ont pris l’avantage sur nous. Faute d’adopter une telle démarche nous n’arriverons à rien de bon. Il ne faut pas se raconter d’histoires de démocratie si, à chaque fois qu’une consultation est perdue, ou est en passe de l’être, on fait appel à la logique du rapport de forces. Car dans ce système il faut intégrer l’éventualité de perdre. Mais peut-être que certains, s’ils n’ont pas les faveurs du peuple, préfèrent encore les situations troubles pour exister. On voit donc que nul n’a aujourd’hui intérêt à un tel pourrissement.

Il ya déjà plus d’un mois, au lendemain du 27 Juin, un journal ivoirien dont l’admiration le disputait à la surprise, affirmait que le peuple Guinéen venait d’administrer une leçon de démocratie, sinon d’intelligence au peuple ivoirien confronté aux multiples reports de l’élection présidentielle. Je crains fort que l’auteur de cet article ait pêché par excès d’optimisme.

Mais comme, faute de principes bien établis, les choses sont imprévisibles dans ce pays, mes craintes peuvent dès demain s’avérer infondées. C’est du moins mon souhait le plus cher


Barry Abdourahmane


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Kourouma Ibrahim, mardi 10 août 2010
Le monde entier félicite la Guinée pour les élections du 27 juin, mais les guinéens qui ne sont jamais contents crient à la fraude et autres manipulations, c`est vraiment dommage! Ces élections ont été transparentes et plus que crédibles. Organiser un million de scrutins en Guinée et tant que le vote sera ethnique, le candidat du foutah sera le 1er car la communauté peule représente 48% de la population totale. Donc rien à faire et c`est comme çà! Ceux qui crient à la fraude sont simplement de mauvais perdants. Aussi l`annulation des votes de Kankan et de Mandiana ne changent nullement les tendances générales des résultats du scrutin. C`est comme quand vous mettez de l`essence à la place du gas oil dans un réservoir car la contenance ne change pas mais plutôt le contenu.
mohamed sampil, vendredi 6 août 2010
Pas de diktat d`un parti..Allons aux élections le plus rapidement possible pour en finir avec cette transitioninterminable.Les autorités qui sortiront des urnes organiseront l`administration guinéenne par la suite.Dans tous les pays du monde c`est à l`administration d`organiser les élections et non un groupe de copains-coquins..Mohamed Sampil
kalil, jeudi 5 août 2010
haute guinee seule ne peut pas elire alpha conde meme si on dettere les morts pour les faire voter,il sait que si les elections ont ete transparentes il n`aurait pas ete au deuxieme tour.
wazik, le guinéen de source, jeudi 5 août 2010
Sekoiuba est un pillon discret du RPG qui ne se bat que pour ceux-ci. ou peut etre a cause de ses deux femmes peulhe. SEkouba est un mec qui aime l`argent et les femmes et avec ça Cellou sera president avec sidya et Abe
Abdoul.H, mercredi 4 août 2010
Très bonne reflexion de Alhassane B! Ce peroblème de population dispersée est un defi, pas seulement pour la CENI. Le Ministère de l`éducation, ainsi que le Ministère de la santé auront toujours des difficultés à rapprocher les écoles et centres de santé au maximum des populations. S`il y a une nouvelle norme, alors, elle sera appliquée par tout en Guinée. Même si Sekouba est de Kankan.
Alhassane B, mercredi 4 août 2010
En toute chose il y a des règles. Le principe de la répartition des bureaux de vote dit que pour qu`une circonscription obtienne la présence d`un bureau de vote, il faudrait qu`elle abrite une population de 1000 âmes. Le fait est qu`en Haute Guinée l`habitat est beaucoup plus dispersé qu`ailleurs. Faut-il mettre un bureau de vote dans chaque hameau? Si la CENI accepte de changer les règles, il lui faudra alors déterminer un nouveau seuil de population, ce qui ferait que l`augmentation des bureaux de vote en Haute Guinée réclamée par le RPG bénéficiera également aux autres régions au risque encore une fois de plus de se retrouver avec les mêmes résultats: plus de bureaux de vote ailleurs qu`en Haute Guinée. Par mauvaise foi, les responsables du RPG se focalisent sur des données factuelles en récusant les explications fondées de la CENI.
toure, mercredi 4 août 2010
c`est vrai monsieur Barry nous devons nous montré mature et enclin a la démocratie mais voyez vous je ne partage pas vos argument s`il faut organiser de élection vaille que vaille même dans le désordre et dans la tricheries aussi avérées que ce qui vient de ce passé chez nous alors Monsieur Barry nous auront manqué notre rendez vous devant l`histoire, manifestement c`est curieux d`entendre des intellectuels crié partout qu`il faut organiser des élections même bafoués pour être une nation démocrate vous et nous voulons tous des élection mais transparentes surtout démocratiques une élection présidentielle n`est pas une élection municipale ou législative alors oui aux élections mais pas a n`importe quel prix bien entendu il y a pas d’élections parfaites seulement il faut qu’elles soient le moins possible contestable je vous dit ceci Les mauvaises élections et les décisions arbitraires sont le lit de toutes les guerres civiles
camus, mercredi 4 août 2010
Mr Barry nous voulons les elections PROPRE meme si le mot propre vous est etranger mais c`est comme ça . Les maudits malhonnetes qui gangrenent la ceni doient d`abord etre exclus et puis on part sur un pied d`egalité. Si vous voulez mourrez mais on ne vous suivra pas malgré votre beau-fils SEKOUBA l`irresponsable .

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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