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Dimanche, 23 heures. La capitale comme à son habitude vit son ‘’Top 50’’, c’est-à-dire, une partie alimentée en électricité, l’autre croupit dans l’obscurité. Peut importe pour les noctambules invétérés. L’axe Hamdallaye, Taouyah, Ratoma, lui, grouille de monde sans discontinuer. Le coin ne désemplit point. Signe des temps, des belles de nuits ou ce qui y ressemblent fourmillent, s’exhibent et s’affairent. On est à la devanture de ‘’La calebasse’’, juste en face du cinéma Rogbane, à Taouyah. De rutilants 4x4 ‒ souvent entre les mains de gamins ou de délinquants séniles en quête de sensations fortes ‒ défilent, parfois avec de la musique à vous exploser les tympans. Une bien belle et adroite manière de s’attirer le charme des belles de nuits.
Dans cette ambiance, on assiste au défilé incessant de filles dont l’âge varie probablement entre 14 et 23 ans. Enfilées dans des tenues vraiment suggestives, ces noctambules pour qui roulent beaucoup de vieux Barry, Soumah, Keita, etc., appelés communément ici au pays, bandikhamè, Kiikala saarè et autres kamareimba, causent bien en français. Sinon presque. En franchissant le seuil de La calebasse, on croise RD aux longs cheveux artificiels. Vêtue d’une très courte culotte en rayures roses et d’un décolleté qui laisse transparaître entièrement le buste, cette étudiante d’une des nombreuses Universités de Conakry fait la 2e année. Ses trois autres copines, l’une à Gamal Abdel Nasser (Pharmacie), les deux autres fréquentent des Universités privées, option Journalisme. Accoudés sur une voiture stationnée à la devanture de La calebasse, on discute à cinq comme de vieux amis. De tout et de rien. Mais en filigrane de leur présence quasi-permanente sur ce lieu supposé de non-droit et manifestement altéré.
Question pour casser la glace: « RD, je te vois ici tous les jours, travailles-tu ici ou c’est un coin que tu aimes bien ? » Sourire et éclats de rires. Puis diversion. Une des ‘’convives’’ de revenir à la charge : « c’est à toi qu’on pose la question ». « Tu peux répondre, non ? » rétorque RD, donnant l’air d’être un peu gênée. Eh, M., les Ivoiriens disent que la nuit, tous les chats sont gris. Analysez ça. Le reste on en discutera. Fin de la partie. On se disperse alors comme si on ne va plus se revoir. Un petit tour dans d’autres chaudes boîtes (Collision, Mix, KSK) puis, par coïncidence, revoilà RD, cette fois-ci, seule et sentant bien l’alcool, mais ne donnant pas l’impression d’être saoule. On s’installe cette fois-ci à l’antichambre de La calebasse. Ici, autour d’un XXL, un produit de la Sobragui qui donne nous dit-on de l’énergie, notre étudiante cause, ricane, dissimule son visage – derrière sa longue perruque ‒ qui en dit long sur le taux d’alcoolémie. « Je suis là pour m’éclater. Je ne me vends pas aux plus offrants. Ce que je puis vous dire, la prostitution bat son plein. La misère aidant, toutes les filles, étudiantes ou pas rentrent dans la danse. C’est par effet de contagion. Mais, moi, je m’en fous. » Stupéfait face à cette déclaration qui est loin de blanchir cette autre étudiante, nous avons été tout aussi surpris de deux amis circonstanciels qui discutaient juste à côté de nous à propos de la venue d’étudiantes dans la vente de beauté physique et … charnelle (Le mot n’est pas trop lourd).
Pour nous donner une idée de l’accusation qu’elle porte contre les autres étudiantes, RD explique qu’il suffit de faire un tour vers Sonfonia, Foulamadina, etc., en haute banlieue de Conakry, à quelques encablures de l’Université de Sonfonia. « Des étudiantes habitent seules des chambres ou des villas. Des grosses cylindrées défilent toutes les nuits. C’est la loi du permis. Ces filles venues étudier, louent donc des maisons pour accueillir leurs amis, copains, amants, … C’est selon. Certes, il y en a qui se cachent. Mais pour leur majorité, c’est la dépravation » révèle notre interlocutrice touchotant son téléphone portable et sirotant son XXL. Et RD d’ajouter avec beaucoup d’humour, « C’est une source sûre comme disent les journalistes », ironise-t-elle. Vous n’êtes pas par hasard un agent de la Police ? S’enquit-elle. « D’ailleurs, je me casse et au revoir », lance notre ‘’partenaire’’ dans un déhanchement singulier. Destination ? A l’intérieur du bar. Ce fut tout de même une nuit pas comme les autres : instructive.
Si donc jusque-là, s’exposer le long des artères toutes les nuits revenait à une autre catégorie, aujourd’hui, on l’aura compris, des étudiantes se convertissent à souhait à la vente du charme. Pourquoi pas au proxénétisme déguisé ? C’est cela aussi l’autre face de la Guinée Conakry, à l’heure même où la misère croissante ôte chez nombreux nécessiteux ce qui reste de leur dignité. D’aucuns diront que ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui, mais ce qui est surtout sûr, c’est qu’il est actuellement plus marqué et s’exécute à visage quasiment découvert.
TFS pour www.guineeactu.com
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