mardi 19 mai 2009
Spectacle de musique à Montréal : Aminata et Nawassa , un face à face faste !
Ami Kmsoko

Je vais commencer par un bout de la fin.  Là où on a vu un nœud d’improvisation se déballer et celui de supposition s’étaler sans désagrément.  En symbiose, les musiciens ont arrêté les bruits de leurs instruments indiquant la clôture de la chanson annoncée comme dernière du spectacle. Le technicien avait fermé les volumes de sons des instruments. Il était presque 3 hrs du matin. Mais, les mélomanes entassés sur la piste de danse et ceux éparpillés dans la salle se mirent à répéter hautement cette phrase : On veut, Ambition. L’artiste répondit qu’elle n’a pas répété ce morceau avec les musiciens qui ne pourront pas jouer le rythme.

 

Du côté droit de la cabine technique, quelqu’un rappela que c’est l’heure de la fin.  Des voix, de plus en plus fortes, disaient : Chante seule, on va t’accompagner. Surprise, la chanteuse demanda au seul guitariste, venu du même pays qu’elle, de lancer les notes de la chanson réclamée. Celui-ci s’est mis à l’œuvre.  Sa guitare était insonore. Avec insistance, la chanteuse et son guitariste demandèrent l’ouverture du son, pour moins de 10 minutes, au technicien qui acquiesça. Ainsi, le guitariste et la chanteuse étaient soutenus par la foule qui claquait les mains (remplaçant le batteur) et dansait au rythme improvisé de la chanson : Ambition. Ils ont terminé dans le temps promis en finalisant ce spectacle.

 

Quant aux persistantes suppositions dans les boîtes de nuit et salles de spectacles montréalais autour de l’heure butoir de fin des activités, j’ai pris contact avec le département des loisirs de la Mairie de la Ville de Montréal, pour élucider la traînante supputation :  « L’heure de la fin des activités n’est pas du tout limitée par un règlement municipal dans ces lieux fermés de loisirs. Mais c’est la Régie de la Société des Alcools du Québec qui y interdit la vente de boissons alcoolisées à partir de 03h du matin», m’a confié un responsable municipal de l’arrondissement Ville-Marie qui gère le Centre-Ville.

 

Retournons donc dans notre salle de spectacle, Kola Note, où nous étions invités par Georges Kabinet Kaba et son épouse Aicha Sylla fondateurs de Baté production qui est un outil d’organisation et de promotion d’évènements artistiques. Ce couple épris de musique, a démarré sa production, le 28 février 2009, à Montréal par le spectacle musical de Missia Saran Diabaté.

 

Ensuite bateeproduction.com a lancé, le 14 mars, celui de Sayon Camara et son époux Mohamed Cissoko avant de présenter, le 18 avril, ce  « Face à Face : Nawassa Wassa & Aminata Kamissoko, accompagnées par le plus grand guitariste de l’Afrique de l’ouest, Camara Ansoumane, Petit Condé», lisait-on sur les affiches publicitaires.

 

Ces vedettes africaines venant de la Guinée, Nawassa, Aminata et petit-Condé, étaient accompagnées par des musiciens professionnels montréalais que supervisait la choriste Mme Kaba Aicha Sylla. Celle-ci, en tant que choriste et danseuse, a accompagné sur des scènes canadiennes et américaines plusieurs artistes africains internationalement connus. Ainsi, d’entrée de jeu, Nawassa et Aminata se sentaient protéger par le soliste Petit Condé et la choriste Aicha contre des ratées de notes musicales et chorales.

 

Toutes deux habillées en tenues africaines différemment colorées et brodées, Aminata et Nawassa qui se succédaient sur scène ont apporté à leur public, deux répertoires diversifiés. Leurs thèmes variés contenaient des chansons concentrées d’enseignements et des rythmes déconcentrées de déhanchements.  Dans de tel climat qu’elles ont rendu attrayant, vous comprendrez aisément que les spectateurs très amoureux de leurs musiques tropicalisées ne pouvaient se lasser de danser en chantant des refrains.

 

Au beau milieu du spectacle, le public a été témoin d’une solidarité artistique remarquable quand Petit Condé a gratté, avec émotion, les cordes d’une guitare neuve, reçue en cadeau au nom de Alpha Yaya Diallo, qui est un grand artiste guinéen installé au Canada.

 

De nombreux mélomanes, pleins de joies, ont lancé des billets de banque sur ces artistes qui ont fait preuve de maturité et de mobilité sur scène.

 

Après leur spectacle, Aminata et Nawassa m’ont accordé ensemble cette entrevue :

 

Bonsoir Nawassa Soumano et Aminata Kamisso ! Quelles sont vos impressions sur le spectacle que vous venez de terminer ?

 

- Nawassa : Merci monsieur Diawara. Je veux d’abord remercier les promoteurs, monsieur Camara qui m’a déplacé d’Afrique pour me produire à New-York et aussi monsieur Kaba l’organisateur de ce spectacle de Montréal. Mes remerciements s’adressent surtout à tous nos admirateurs qui ont rendu cette soirée très agréable.

 

- Aminata : Bonsoir à toi aussi Diawara. « I Diawara-Dicko»(appellation coutumière) Quant à mes impressions, je suis très satisfaite du déroulement de cette soirée, surtout que je m’y suis produite avec ma petite sœur Nawassa Soumano qui est la fille à la petite sœur de ma mère.

Moi-même Hadja Ami Kamissoko, je suis originaire de Kirina. La regrettée, grande cantatrice, Manamba Kamissoko du Mali, était ma tante. J’ai commencé mon enfance chez les artistes « Lafiabougou Filaniw» à Bamako. Le concert de cette nuit a été évocateur d’un passé important pour moi surtout quand le public a réclamé avec insistance le morceau Ambition auquel je ne m’attendais pas du tout. Quand on a un enfant qui n’a pas d’ambition on doit s’inquiéter. Cet attachement des mélomanes à nos chansons, Nawassa et moi, nous incite au renforcement de nos ambitions de bonnes créations.

 

- Depuis quand et comment vous avez commencé à chanter ?

 

- Nawassa : Je suis née d’une mère griotte et d’un père instrumentiste. Selon mes parents, j’ai commencé à très bas âge à chanter. J’avais à peu près 8 ans quand la petite sœur de ma mère Djétènin Diabaté et son mari, qui m’élevaient, m’ont beaucoup encouragé à continuer dans ce domaine. J’ai fait ma première sortie publique lors d’une grande cérémonie à Abidjan à laquelle j’ai chanté les louanges du président Houphouët Boigny. Dès mon retour en Guinée à 12 ans, j’ai continué à participer aux activités artistiques.

 

- Aminata : Je suis issue d’une lignée de griots du côté paternel et maternel. J’ai toujours été une griotte qui n’a fait aucun autre travail que ça. Ensuite, le premier homme qui m’avait marié, Kankou Kémo ou Kémo Kouyaté est considéré comme un homme-orchestre en guinée. Grâce à ce grand artiste, j’ai été connue dans le monde entier. Aujourd’hui, il est le père de mes enfants. Mais il reste encore mon maître dans le domaine artistique.  C’est lui qui m’a appris à jouer à la Cora (Instrument traditionnel). Être griotte, c’est le seul métier que j’aime beaucoup.

       

C’est bon d’avoir tant de passions pour son métier comme ces deux femmes qui ont fait vibrer la salle de Kola Note où encore, le samedi 23 mai, Nainy Diabaté, griotte et artiste, vous promet un spectacle inoubliable.

 

Pour ne pas rater cet évènement, réservez vos billets en composant l’un de ces deux numéros : (514) 227 1557 Resto Tam-tam ou (514) 259 9604 Bateeproduction.com

 

 

Lacine Diawara

Ecrivain et animateur de radio à Montréal

 

Pour www.guineeactu.com
 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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