dimanche 27 avril 2008
Souveraineté Alimentaire ou Sécurité Alimentaire

Le monde à trouvé un responsable aux émeutes de la faim qui se déroulent depuis le début de l’année dans beaucoup de pays : les agro-carburants..

Contrairement aux pays occidentaux où la part de l’alimentation dans les revenus des ménages atteint 20%, elle est de 95% à 99% en Guinée. Nos gouvernants sont responsables des situations de famine qui frappent notre pays, notamment les choix qu’ils font en matière de politique agricole.

Gesficome et le CRED font une analyse de la flambée du prix des produits agricoles et des conséquences à long terme pour l’Afrique en général et la Guinée en particulier.

Dans un article précédent « Pour une nouvelle politique économique », nous avons parlé de notre agriculture.

En effet à Gesficome et au CRED, nous sommes pour la souveraineté alimentaire. Il faut sortir de l’agriculture d’exportation (exemple le coton) pour se focaliser  sur nos cultures vivrières. Aujourd’hui, le prix des produits alimentaires a fortement augmenté. Cette explosion des prix est due à plusieurs facteurs dont notamment, le fait que dans nos pays, il n’y a pas une politique agricole qui protège nos paysans ; pire, les pouvoirs publics ont tendance à affecter les terres arables à des productions d’exportation (exemple coton, café…).

A partir des années 1980, les pays occidentaux ont subventionné leur agriculture en demandant aux autres pays d’ouvrir leur marché.

Nous pensons qu’il est souhaitable de sortir de l’ambiguïté de la sécurité alimentaire.

La sécurité alimentaire veut dire laisser les produits alimentaires circuler librement,  c'est-à-dire concrètement, laisser importer des produits alimentaires sans droits de douanes dans notre pays. Ainsi, la sécurité alimentaire existe théoriquement lorsque toutes les personnes ont accès à une alimentation. Nous connaissons les conséquences de cette politique dans différentes filières, notamment la filière avicole qui disparaît dans la plupart des pays africains du fait qu’elle n’arrive pas à faire face aux poulets de l’Europe qui sont fortement subventionnés.

C’est la politique du « laisser faire », souhaitée par l’OMC et imposée par le FMI et la BM avec la complicité de certains de nos dirigeants. L’objectif de cette ouverture des frontières est de se procurer des devises pour rembourser des dettes contractées au nom de l’Etat par des décideurs corrompus mais qui, en réalité, a permis à ces derniers de s’enrichir personnellement.

Nous ne pouvons ouvrir nos frontières indéfiniment sans prendre le risque de finir un jour par disparaître.

En effet, la théorie économique sur laquelle se fondent les décisions de nos « conseillers » et ou « amis », du FMI, de la BM, de l’OMC, et même du PNUD, est une approche quoi qu’on en dise, qui est indulgente avec les forts, et impitoyable avec les faibles.

Les importations de riz fragilisent l’économie nationale

Les émeutes de la faim ayant fait irruption, l'heure est à la mobilisation dans les pays occidentaux.

Pourtant, comment ne pas se sentir mal à l'aise face à cette attitude, ces larmes de crocodile? Car, les plus généreux aujourd'hui, sont peut-être les plus responsables de la situation. En effet, les pays riches du nord subventionnent leur agriculture, imposent aux pays du sud, notamment africains, d'ouvrir leurs frontières et par ce biais, changent les habitudes alimentaires des pays du sud  et mettent à mal l’agriculture locale. De plus, la responsabilité de la BM et du FMI est considérable. Pendant des décennies, ces institutions ont expliqué aux pays pauvres, où ils imposaient leur politique économique, que l'agriculture avait son avenir derrière elle. Ces deux institutions, la Banque mondiale (BM) et le Fond monétaire international (FMI), ont favorisé, avec l'aide de responsables africains corrompus, les cultures d'exportation (coton, café, cacao...) destinées à leur rapporter quelques devises : ils récoltent aujourd'hui les fruits amers de cette politique. Ces institutions poussent  aujourd'hui la production d'agro-carburants qui aboutira aux mêmes résultats dans une dizaine d'année.

Lorsque les Africains responsables demandent par exemple que les secteurs essentiels à la cohésion sociale (éducation, santé, eau, électricité) soient organisés et gérés par la puissance publique, ces « expert » du FMI et de la BM nous expliquent que le marché est plus efficient que la régulation par l'Etat. Aujourd'hui 20 avril 2008, la Banque d'Angleterre (chantre de l'économie de marché), vole au secours de différentes banques anglaises (qui ont failli au système prudentiel indispensable pour toute banque). Et dans ce cas ces institutions qui ordonnaient aux gouvernements africains de ne pas intervenir dans l'économie applaudissent le gouvernement britannique. Pourquoi ce qui est valable pour les pays riches serait-il interdit pour les pays africains? Ces Institutions FMI, BM, PNUD…sont des organisations fortes avec les faibles et faibles avec les forts ! Certains responsables du FMI et de la BM, reconnaissent que « nous avons été trop loin » dans nos politiques imposées aux pays du sud. Nous sommes en droit de savoir si les Africains sont des « animaux » de laboratoire là où l'on peut expérimenter toutes les politiques du FMI sans aucun risque. Car, si on se limitait à l'approche libérale, tous ces fonctionnaires du FMI et de la BM ayant travaillé en Afrique devraient se retrouver licenciés car, ce pourquoi ils sont payés a été un échec total.

Une économie saine est une économie qui est moins sensible aux chocs externes. C’est pourquoi, à Gesficome et au CRED, nous sommes pour la souveraineté alimentaire.

La souveraineté alimentaire représente une rupture par rapport à l’organisation actuelle des marchés agricoles mise en  œuvre par l’OMC. La souveraineté alimentaire est une politique économique qui aide les agriculteurs d’un pays à produire des biens que la population consomme. Elle favorise le maintien d’une agriculture locale destinée en priorité à alimenter les marchés nationaux. La souveraineté alimentaire favorise la culture vivrière et familiale, protège les marchés nationaux qui souffrent des importations subventionnées des pays développés et privilégie des techniques agricoles qui favorisent l’autonomie des agriculteurs. Enfin, aide à la transformation des produits agricoles pour les marchés nationaux. il faut leur permettre de vivre de leur activité et de continuer à faire vivre la population. Pour cela, la mise en place de circuits de distribution viables est nécessaire, ainsi qu’un réseau routier efficace. Bref, l’Etat doit forcément s’impliquer.

Ainsi, dans notre pays en Guinée, toute la politique agricole doit s’atteler à aider les agriculteurs à produire du riz, du fonio, du maïs, du manioc, bref les produits que nous consommons sur place.

Enfin, la vogue des agro-carburants utilisant des terres arables pèse sur la production vivrière d’où la nécessité d’annuler les contrats signés par le PM avec une société espagnole pour la production d’agro-carburant.

Il faudra, au contraire de ce que nous dicte le FMI et la BM, créer une caisse de stabilisation des prix des produits alimentaires « stratégiques » (riz, fonio, maïs). C’est ce qui va permettre de garantir aux agriculteurs un revenu décent afin de les encourager à produire les biens que nous consommons et lutter par ce biais contre la famine de nos populations.

Cette caisse de stabilisation sera alimentée par les taxes liées à l’importation de produits alimentaires ; il s’agira d’une politique à très long terme (50 ans) !

Nous ne pourrons résoudre nos problèmes économiques qu’en tenant compte de nos réalités, de nos intérêts et de nos objectifs.

Alpha-Malal BARRY
Economiste, Coordonnateur du groupe Gesficome Cred

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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