dimanche 8 février 2009
Sources de l’indiscipline au sein de l’armée guinéenne

Dans toutes les sociétés modernes, l’armée est une institution qui inspire le respect, la confiance et surtout l’admiration. Dans ces sociétés, le rôle de l’armée est non seulement connu par les citoyens, mais également des hommes en uniforme.

 

Les militaires savent, qu’ils ont pour tâche de défendre l’intégrité territoriale de leur pays contre les attaques venant de l’extérieur. Ils doivent assister la population en cas de catastrophe naturelle, prodiguer des soins aux malades et aux blessés, désenclaver les localités qui sont coupées du reste du pays, en reconstruisant des ponts et des routes etc. L’armée est, de nature, une institution qui rassure, qui apaise et qui commande le respect. Bref, elle peut être un formidable outil de développement.

 

Alors, pourquoi l’armée guinéenne, au lieu d’inspirer le respect, inspire-telle la crainte et la méfiance? L’absence de discipline serait-elle la source des maux dont souffre notre armée nationale, ou plutôt, c’est la structure de cette institution qui pose problème ?

 

Partons du fait que l’armée guinéenne, dans sa forme actuelle, a besoin d’être reformée. Une armée qui ignore ce qu’est la discipline, est comme un véhicule dépourvu de frein, qu’on a placé sur le sommet d’une colline, en attendant qu’il vente. Sans lire dans une boule de cristal, on peut prédire que ce véhicule va dégringoler la colline.

 

Aucune armée ne saurait remporter une bataille sans la discipline. La discipline n’est autre chose que la colonne vertébrale de l’armée. Sans elle, l’armée ne peut pas exister. Les hommes en uniforme savent que c’est grâce à la discipline militaire qu’on réussit à former une unité.

 

Une unité militaire est un collectif d’individu qui doit agir comme un seul homme. Pour qu’on arrive à faire fonctionner des milliers de personnes comme un seul être, l’on doit, au mieux, instaurer la discipline, au pire l’imposer. En imposant la discipline, on brise ainsi les mauvaises habitudes que les hommes ont développées au fil des années. La discipline a pour but de faire sortir chez le militaire, ce qu’il a de mieux à offrir aux autres. Sans elle, l’armée perd sa cohésion, son efficacité, sa mobilité, et surtout, le plus important de tout, le respect des grades.

 

La discipline est à l’armée ce que l’essence est au véhicule : pour se mouvoir avec efficacité, les membres de cette institution doivent imposer la discipline.

 

L’armée doit fonctionner comme une horloge, toutes ses composantes doivent s’imbriquer les unes aux autres, au micron près. Les membres de l’armée de terre, de la marine, de l’armée de l’air sont essentiellement, les composantes principales de toutes les armées modernes. Leur mouvement doit être coordonné.

 

Nous savons tous que chez nous en Guinée, la partition n’est jouée que par les membres de l’armée de terre. Ce n’est pas parce que les autres corps ne sont pas importants, mais seule l’armée de terre domine par sa puissance écrasante et sa présence sur le terrain. Mais, malgré sa puissance et sa domination, elle est aussi la source de plusieurs maux dont notre Guinée natale souffre : l’insécurité, le racket, le vol à main armée, l’injustice et j’en passe... Tous ces fléaux sont directement ou indirectement dus à l’indiscipline qui règne en maitre absolu dans nos casernes. Vous en conviendrez qu’à part l’armée, peu de professions exigent autant de discipline et de cohésion.

 

Mais quelle est la source de cette indiscipline ? Regardons tout d’abord, la structure de notre armée : c’est une armée dans laquelle, il n’y a pas de différence entre les membres de rang (les sous officiers) et les officiers supérieurs.

 

Pour les militaires guinéens, c’est un droit d’être gradés. On ne tient pas compte des qualités requises pour être promu. Or, c’est au mérite qu’un soldat accède au grade de caporal, de caporal chef, de sergent, d’adjudant, d’adjudant maitre et enfin d’adjudant chef. C’est ainsi que les sous officiers canadiens sont gradés au sein des unités d’infanterie. Quand au officier, on commence au grade de sous lieutenant, de lieutenant, de capitaine, de major, de lieutenant colonel, de colonel, de général de brigade et de général de division. On est gradé en fonction des besoins opérationnels de chaque unité, et non par caprice.

 

Pour comprendre la répartition des grades dans les institutions militaires, il faut savoir que le bataillon (également appelé unité) peut être composé de trois compagnies d’infanterie, d’une compagnie de service (la logistique), une compagnie de reconnaissance et une compagnie d’appui. Les compagnies sont composées de trois pelotons d’infanterie qui, à leur tour, sont composés de trois sections d’infanterie. On retrouve également une section de soutien au sein de chaque peloton. C’est là, au Canada, la composition classique d’un bataillon moyen. Donc nous pouvons déterminer à l’avance, le nombre des officiers et des sous officiers qu’un bataillon à besoin pour son bon fonctionnement.

 

Ceux qui ont décidé de prendre l‘uniforme, pour ces gens, une unité, c’est un groupe d’individus qui ont laissé de coté leur intérêt personnel au profit du groupe. Le militaire doit partager les objectifs et la direction que le groupe (l’unité) souhaite prendre.

 

Au sein d’une unité, le militaire peut avoir plusieurs fonctions, de commandement, de bureau et du terrain. Tous ceux qui sont au commandement sont ceux qui ont fait des études universitaires. On retrouve là, des médecins, des juristes, des économistes, des ingénieurs etc. Et c’est également vrai pour ceux qui travaillent dans les bureaux.

 

Quand aux hommes de terrain, c’est essentiellement ceux et celles qui ont obtenu leur diplôme d’étude secondaire et collégial.

 

Quand est-il de la Guinée ? On dirait qu’il n’y a pas de critère spécifique, car la plupart du temps, ce sont les cas sociaux que l’on intègre au sein de notre armée.

 

Durant la première république, la politique de recrutement était essentiellement portée sur les candidats qui n’avaient pas d’éducation académique. Pour le régime d’alors, c’était un moyen de contrôler l’armée. Et cette politique a contribué à l’avènement de la deuxième république, qui a mis en place une politique de recrutement des cas sociaux.

 

L’analphabétisme a alors été érigé en institution. On a alors commencé à intégrer au sein de notre armée, les drogués, les alcooliques, d’anciens voleurs, et surtout, ceux qui n’ont jamais reçu d’instruction. Au lieu de former des militaires aguerris aux techniques de combat moderne, à la place, nous avons eu droit à une bande de soudards dans les bataillons (unité).

 

 Il y a sûrement, au sein de cette armée, des hommes et des femmes de valeur, mais malheureusement, les mauvais éléments ont pris le dessus sur les bons soldats.

 

Après l’avènement de la deuxième république, les officiers supérieurs ont commencé à grader leurs progénitures, qui étaient maintenant dans les rangs. Les grades n’étaient plus donnés par mérite, ni par besoin opérationnel, mais par filiation et par complaisance. Et c’’est alors, que la population a commencé à voir les hommes en uniformes manifestés leur colère dans les rues. Ils avaient oublié que les militaires ne pouvaient pas grever.

 

Il faut savoir que l’armée guinéenne est une armée professionnelle, et non une armée de conscrits. Ceux qui ont décidé de joindre les rangs, l’ont fait de leur gré. Personne n’a été obligé de prendre l’uniforme. Pour cette raison, les règles de discipline qui régissent cette institution, doivent être respectées à la lettre.

 

La situation n’est pas perdue d‘avance. Aussi catastrophique soit-elle, nous pouvons la corriger. Nous avons des pistes qui nous permettront de façonner l’armée de demain. Une armée qui est à même de respecter les règles d’engagement et le droit des citoyens.

 

Pour cela, il nous faut des hommes qui veulent réellement instaurer la discipline au sein des forces armées guinéennes et redonner à l’armée ses lettres de noblesses.

 

 

Ibrahim Chérif

Militaire 3eR22R, Montréal, Canada

pour www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Bangaly Traore, lundi 9 février 2009
Merci mon frere pour votre analyse,mon papa a passer 22ans sans etre grade.
balde, dimanche 8 février 2009
Je suis ravi de vous lire et inspiré par vos idées pour mettre cette petite réaction. 1. La souffrance de notre peuple est due en grande partie des mauvais agissements de cette armée. Cette armée qui devrait mériter notre respect, nous déçoit chaque année davantage. Elle nous terrorise, elle nous arnaque, elle nous brutalise, elle nous effraye, elle nous viole, elle nous vole, elle saigne notre économie par son budget incontrôlé. Mais quelle est l’origine de cette situation ? Notre armée est composée de recrus au sein des jeunes délinquants, des familles d’officiers, donc sans aucune éducation, ni discipline). Le militaire guinéen continue de se confondre à la population civile, comme les anciens miliciens. Ces gens là doivent être casés dans des camps, en brousse, comme il y en a chez nous, afin qu’ils soient bien contrôlés et disciplinés. Ils ne devraient toucher à leurs armes que s’il y a menace au niveau des frontières nationales. Ils doivent être invisibles, sinon rares en ville. La tenue même est sacrée elle doit être civile en ville. Nos soldats utilisent ces tenues pour se faire peur, leurs armes pour nous tirer dessus. Si ces gens là sont mis dans des camps entrain de s’entrainer matin et soir ou de travailler (maçonnerie, menuiserie...), ils n’allaient par avoir le temps de sortir pour nous faire du mal. Si tout individu qui est pris avec une arme de guerre en ville était considéré comme criminelle, le banditisme allait diminuer. 2. Je sais qu’on ne peut pas accuser les militaires seulement, au vu de ce que nos intellectuels font dans ce pays ; avec le détournement et la mauvaise gestion de la chose publique. On est en droit de dire que la discipline n’existe nulle part chez nous. En conclusion je souhaite que cette discipline si indispensable pour faire marcher un pays, soit restaurée à tous les niveaux. 3. Actuellement, chacun réclame des élections, je sais que cela va se faire bientôt, je suis d’accord, mais sachez que c’est ces mêmes guinéens habitués aux détournements dans l’impunité qui seront élus. La Guinée a besoin d’un organe ou entité pour redresser les guinéens avant ces élections tant demandées.
Diallo, dimanche 8 février 2009
Bonjour MR Chérif vous dites que vous etes militaire dans l`armé canadienne,quel est votre grade, vous avez quel diplôme,je suis actuellemnt a valcartier,il faut pas tronpez le monde ,peut etre vous vez ete militaire un moment mais vous avez quirez sans grade,la socité civile aussi soufre les mêmes problemes,il faut pas usurpez un titre,quel est votre role dans l`arméé vive la guinée

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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