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L’ancien président du 2e parlement guinéen tente de se refaire une santé politique. Il était mercredi dernier l’invité de notre confrère Sam Mamadou dans l’émission télévisée intitulée ‘’Le Plateau de la Transition’’. C’est sa deuxième sortie médiatique en une semaine après la conférence de presse qu’il a animée au siège du PUP (Parti de l’Unité et du Progrès) pour régler des comptes à l’ancien président de la Cour Suprême Lamine Sidimé, ainsi qu’aux leaders de l’opposition guinéenne.
Lors de son débat sur le plateau de la RTG, il a expliqué son come back par son intention de jouer, dit-il, la dernière manche de sa vie politique. Celui qui a servi durant les deux premiers régimes guinéens (Sékou et Conté) jure être encore bon à quelque chose. Son expérience politique le prédisposerait, entre autres, à donner des conseils, etc. Soit. Mais, El Hadj Aboubacar Somparé n’a pu effectuer une promenade de santé sur ‘’Le Plateau de la Transition’’. Ses faits et gestes ont été passés au crible depuis son passage à la tête de l’Assemblée Nationale de Guinée de 2002 jusqu’à ce 23 décembre 2008, date à laquelle il a vu lui filer entre les doigts le fauteuil présidentiel dont il rêvait tant. En effet, la junte militaire (CNDD) lui avait vite coupé l’herbe sous les pieds. Et plus d’un an après ce coup d’Etat qui a empêché la succession constitutionnelle devant le porter à la tête du pays, Aboubacar Somparé en a après bien des protagonistes de la scène politique guinéenne.
Ainsi, s’agissant de la mise en branle de la procédure de succession constitutionnelle, l’invité du sixième numéro du ‘’Plateau de la Transition’’ en impute une grande part de responsabilité au président de la Cour Suprême d’alors. Selon lui, Me Lamine Sidimé était resté injoignable jusqu’à 00 heures ce 22 décembre 2008, alors que sa présence et sa collaboration étaient nécessaires pour qu’il hérite du sceptre du pouvoir suprême en cette nuit décisive. Lorsqu’il fut tardivement contacté, Lamine Sidibé jugera nécessaire d’attendre le lendemain 23 pour Somparé au poste de président. On se rappelle que cette même nuit vers 2 heures du matin, M. Somparé était apparu sur le petit écran de la télévision guinéenne pour annoncer le décès du président Lansana Conté des suites de maladie. Lors de cette annonce digne d’un numéro de l’émission culte d’une chaîne de télévision française intitulée ‘’Confessions nocturnes’’, l’ancien président du parlement guinéen avait à ses côtés le Premier ministre d’alors Ahmed Tidiane Souaré et le chef d’Etat Major général des Armées Diarra Camara. Lamine Sidimé était donc le quatrième larron qui manquait à cette foire. Sur ce point, Somparé aurait pu admettre qu’il avait quelque peu souffert de son manque d’audace.
Ce n’est pas le seul grief qu’Aboubacar Somparé avait contre Me Sidimé. Lorsque l’invité du jour a été assailli de questions sur son refus de constater la vacance du pouvoir durant toutes les années de maladie chronique du général Lansana Conté, il s’est tout simplement déchargé sur le président de la Cour Suprême d’alors. Certes, il affirme qu’on ne pouvait pas constater l’empêchement définitif étant donné que le Général Lansana Conté était lucide. Mais, il soutient être convaincu que même s’il avait déclenché cette procédure à partir de l’Assemblée Nationale, Me Lamine Sidimé n’aurait pas coopéré. Au regard de ce fait, il aurait donc décidé de ne pas tenter le diable. Lui, qui affirmait lors d’une conférence de presse d’il y a plus de trois ans qu’il était difficile de tenter cette procédure de destitution pour incapacité physique voire mentale contre un homme qui avait toute l’armée derrière lui. Pour ainsi dire, l’ancien président de l’Assemblée Nationale, qui s’est pourtant prévalu d’un patriotisme sans faille au cours de ce débat, n’était pas prêt à risquer sa vie pour une cause aussi noble que la destitution d’un Lansana Conté malade et hors jeu.
Plus loin, l’ancien président de l’Assemblée Nationale de Guinée a relaté son vécu aux premières heures de la prise du pouvoir par le CNDD. Dont le chef le Capitaine Moussa Dadis Camara lui avait demandé, explique-t-il, de rejoindre son domicile en s’engageant à lui garantir sa sécurité alors qu’il avait trouvé refuge dans un endroit qu’il tient secret. Le Capitaine Camara, qui est aujourd’hui en convalescence au Burkina Faso, lui aurait téléphoné quelques mois plus tard pour le sermonner suite à une visite que l’Ambassadeur de Chine en Guinée lui avait rendue au siège du PUP. Mais, lorsqu’on lui demande quelle sera la place de Dadis dans l’histoire de la Guinée, il lui accordera des circonstances atténuantes, en affirmant que le soldat était de bonne foi au début. « Comme toujours, c’est l’entourage qui a joué contre lui », dit-il.
Parlant des évènements du 28 septembre 2009, il dira avoir eu honte pour la Guinée au regard de l’ampleur du massacre de 156 personnes au stade de Conakry, selon l’enquête onusienne. Il affirmera avoir éprouvé le même sentiment par rapport aux évènements de janvier-février 2007. Et il n’est pas peu fier d’avoir aidé à dénouer cette crise en amenant le général Lansana Conté, dit-il, à en prendre conscience. Toutefois, il n’est pas embarrassé de dire que le président Conté n’a jamais donné l’ordre de tirer sur les manifestants. Dites donc ! Cela ne vous rappelle-t-il pas les conclusions de la Commission nationale d’enquête sur les évènements du 28 septembre qui ont blanchi le Capitaine Dadis?
Aboubacar Somparé ne s’est pas privé non plus de son petit plaisir de taper sur la classe politique guinéenne dont il dira qu’il savait qu’elle se désolidariserait de la junte au pouvoir. Il y a deux semaines, il qualifiait les leaders de l’opposition guinéenne ‘’d’aventuriers politiques’’ lors d’un meeting au siège du PUP. Il s’est dit surpris par la façon dont l’opposition politique guinéenne a fait allégeance à la junte. Il jure que s’il avait été au pouvoir, la transition se serait bien passée et que des élections auraient été organisées au bout d’une année de transition. Et pince sans rires, il promet que le prochain président de la Guinée viendra du PUP. S’il est encore l’Inspecteur politique de la ville de Conakry, Somparé rêve d’être le candidat du PUP aux prochaines élections présidentielles. Joignant l’un à l’autre, on s’aperçoit qu’il se voit déjà comme le futur président guinéen. Soit ! Mais, qui sait ce que lui réserve le congrès du PUP prévu à la fin de ce mois ? On prédit déjà un duel au couteau entre lui et Sékou Konaté, l’actuel Secrétaire général du PUP.
Ce sont-là quelques grandes lignes de son débat télévisé. Et à l’analyse, il n’est pas exagéré de se poser la question de savoir de qui se moque Aboubacar Somparé. Car, il serait miraculeux que cet homme fasse rêver aujourd’hui ses compatriotes. Etant donné qu’il a occupé des places de choix sous Sékou Touré et Lansana Conté, sans pour autant prendre ses responsabilités à des moments décisifs de l’histoire du pays. Mais, justement, le miracle pourrait jouer en sa faveur…
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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