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Le vendredi 15 janvier, sous l’égide du président burkinabé Blaise Compaoré, un accord a été signé à Ouagadougou entre le capitaine Moussa Dadis Camara et le Général Sékouba Konaté en vue d’une sortie de crise en Guinée. Le numéro un du Faso, en tant que médiateur dans ladite crise, a-t-il gagné alors son pari ? Nombreux sont les Guinéens qui souhaiteraient répondre par l’affirmative, avec toutefois une certaine dose de prudence.
Au lendemain des douloureux événements du 28 septembre qui ont fait, selon l’ONU et certaines organisations de défense des droits de l’homme, quelque 150 personnes tuées, le président burkinabé Blaise Compaoré a été désigné par ses pairs de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest) comme médiateur dans cette nouvelle crise qui venait d’éclater dans un pays de la sous-région. Blaise Compaoré avait déjà entre ses mains les dossiers togolais et ivoirien. Depuis la mort du président Gnassingbé Eyadema en 2005, le Togo est dirigé par son fils Faure Gnassingbé, au grand dam de l’opposition togolaise qui ne cesse de crier plus ou moins bruyamment à la confiscation du pouvoir par une seule famille. Le numéro un burkinabé a offert ses bons offices pour ramener les protagonistes de la crise togolaise à la table du dialogue et du compromis. Même si tout n’est pas encore réglé à la satisfaction de toutes les parties, force est de reconnaître que des avancées significatives ont été enregistrées dans ce dossier. De 2002 à 2007, des rencontres et autres sommets se sont organisés à Paris et aux quatre coins du continent africain pour trouver une solution définitive à la crise ivoirienne. Mais en vain. Il aura fallu attendre la signature des Accords politiques de Ouagadougou le 4 mars 2007, sous l’égide de Blaise Compaoré, pour voir les choses bouger enfin dans le sens de l’apaisement et de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Guillaume Soro, le chef de file des Forces Nouvelles (FN, ex-rébellion) a été nommé au poste stratégique de Premier ministre par le président Laurent Gbagbo. Ce tandem est en train, tant bien que mal, de conduire le pays de Félix Houphouët-Boigny à des élections que les Ivoiriens et la communauté internationale veulent libres et transparentes. C’est certainement en gardant à l’esprit ce succès relatif dans le traitement des dossiers togolais et ivoirien que la CEDEAO, l’organisation sous-régionale, n’a pas hésité un seul instant à désigner le président burkinabé Blaise Compaoré comme médiateur dans la crise guinéenne née des douloureux événements du 28 septembre. En novembre, les représentants du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement) et ceux des Forces vives de Guinée (partis politiques, syndicat, société civile) se sont retrouvés plus d’une fois à Ouagadougou pour des négociations en vue d’une sortie de crise dans leur pays. Mais les différentes parties ne sont pas parvenues à trouver un terrain d’entente. Le 3 décembre 2009, lors d’une altercation avec son ancien aide de camp, le capitaine Moussa Dadis Camara a été blessé à la tête. Une blessure par balles qui a nécessité une évacuation au Maroc. La suite, on la connaît. Le Général Sékouba Konaté, ministre de la Défense et 2e vice-président du CNDD, en sa qualité de président par intérim, a prononcé un important discours le 6 janvier. Un discours dans lequel il a explicitement demandé entre autres à l’opposition de désigner dans ses rangs un Premier ministre en vue de la formation d’un Gouvernement d’union nationale. Après un mois d’hospitalisation à Rabat et alors que beaucoup s’y attendaient le moins, le capitaine Moussa Dadis Camara est arrivé le 12 janvier à Ouagadougou à bord d’un petit avion. La perspective du retour de Dadis à Conakry a eu aussitôt le don de diviser les Guinéens. Pour certains, ce retour pourrait avoir des conséquences néfastes sur la transition guinéenne. Pour d’autres par contre, le capitaine Dadis devrait continuer sa convalescence parmi les siens en Guinée, au lieu de se trouver dans un pays étranger. Heureusement, un accord a été finalement trouvé le vendredi 15 janvier entre le capitaine Moussa Dadis Camara et le Général Sékouba Konaté. C’était à Ouagadougou sous l’égide du président burkinabé Blaise Compaoré, médiateur dans la crise guinéenne. Le premier continuera sa convalescence à Ouagadougou, le second dirigera la transition guinéenne avec un Premier ministre issu de l’opposition. Les élections seront organisées dans les six prochains mois. Des élections auxquelles les militaires, les membres du CNDD et ceux du Gouvernement de transition ne pourront pas se porter candidats. En attendant, le médiateur Blaise Compaoré pourrait s’estimer heureux d’avoir gagné son pari dans le traitement du très délicat dossier guinéen.
Mamy Dioubaté Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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