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Son Excellence Monsieur Jean Graebling Ambassadeur de France en Guinée a bien accepté de nous accorder un entretien à la veille de la célébration de la fête nationale de son pays ce 14 juillet. Entretien dans lequel, Monsieur l’Ambassadeur donne sa lecture de la situation politique guinéenne, tout en dressant un état des lieux de la coopération franco-guinéenne. Lisez !
L’Indépendant : Bonjour Monsieur l’Ambassadeur, quel est l’apport de votre pays, dans l’organisation du scrutin du 27 juin, que bien des gens qualifient d’historique ?
Jean Graebling : La France a apporté un grand soutien. Elle a d’abord apporté son soutien moral et politique depuis l’origine. Mais vous savez bien qu’on n’organise pas des élections avec un simple soutien moral. C’est pourquoi la France a apporté son soutien financier très important à la fois directement, et par l’intermédiaire de l’Union Européenne.
Quels sont les détails de ce soutien en termes de chiffres ?
Le soutien de la France en direct était de 1,7 millions d’euros. Cette somme très importante a été repartie comme suit : 1 million d’euro versé par l’intermédiaire du PNUD, qui gérait comme vous le savez un fonds commun. Puis il y a eu 300.000 euros versés directement à la CENI. Et 400.000 euros via l’OIF (l’Organisation internationale de la Francophonie) qui étaient destinés à la sécurisation et à la centralisation des résultats. Ensuite il faut le souligner, notre contribution par le canal de l’Union Européenne qui a dépensé environ 15 millions d’euros. La côte part française est 24,70% pour être précis, ce qui fait donc 3,7 millions d’euros. Si l’on additionne la contribution de la France via l’Union Européenne et celle directe, on arrive à 5,4 millions d’euros. Ce qui est considérable.
Ce scrutin a-t-il été à la hauteur de vos attentes ?
Ce scrutin s’est déroulé d’une façon extrêmement calme et totalement satisfaisante dans le déroulement le jour du scrutin. Comme tous les Guinéens, nous nous sommes rendu compte qu’un certain nombre de mécanismes n’avait pas aussi bien fonctionné qu’on l’aurait souhaité. Parmi ces mécanismes, il y a notamment la transmission des données, tous disfonctionnements qui ont donné lieu à beaucoup de rumeurs qui couvrent beaucoup de réalités aussi. Et à un certain nombre de contestations qui sont étudiées à l’heure actuelle par la Cour suprême. Et nous attendons donc ce que la Cour suprême va dire.
Quelle est la position de la France face aux contestations que font les candidats depuis la proclamation des résultats provisoires par la CENI ?
Nous nous sommes beaucoup préoccupés et continuons à nous préoccuper du déroulement du processus électoral et de son aboutissement. Pour le reste nous n’avons pas de conseil à donner, si ce n’est de s’en tenir aux décisions des voies légales pour régler les contentieux. Ce qui veut dire en clair, attendons la justice et faisons confiance à la justice. Et n’allons pas dans la rue pour régler les problèmes.
Quel est monsieur l’Ambassadeur à ce jour, l’état des lieux de la coopération entre la France et la Guinée ?
Je souhaiterais vous dire mais vous savez déjà que la coopération française avait été gelée pour partie entre le mois de septembre et la constitution du gouvernement. Et qu’elle a repris depuis, elle a repris dans toutes ses dimensions. Elle a repris à la fois dans sa dimension formation militaire mais également dans le cadre de ce qu’on appelle la coopération institutionnelle, c’est-à-dire le soutien que nous apportons à la société civile, à l’éducation, au domaine des médias avec une réalisation toute particulière qui a droit aux élections puisque nous avons mis l’accent sur les élections. C’est notre participation avec les Américains et les Européens à la construction de la Maison de la Presse, que vous connaissez très vraisemblablement, qui a bien joué son rôle durant ces élections.
Quelles sont les conditions qui entourent la reprise du financement du projet de construction de l’autoroute de Tombo ?
La France à travers l’AFD (Agence française de développement) a suspendu le financement de la reconstruction de pont 8 novembre sur l’autoroute. Les conditions, elles sont politiques, et elles sont établies. Ce projet reprend, alors vous avez-vous même constaté qu’il y a quelques semaines que l’on dit que ce projet reprend mais en fait il ne reprend pas pour des raisons techniques de financement. L’AFD n’est pas le seul financier, c’est un cofinancement avec la BAD (Banque Africaine de développement) et là il y a une certaine répartition mais je ne rentre pas dans les détails que moi-même j’ignore. Mais il y a une répartition sur laquelle la BAD ne veut pas s’engager. Mais nous de notre côté, ça reprend, il y a maintenant l’aspect technique. On ne reprend pas un projet comme ça du jour au lendemain, l’entreprise doit revenir, les équipements doivent revenir, la saison des pluies n’arrange pas les choses, mais dès les premiers jours de la fin de la saison des pluies, ce projet recommencera et sera mené à son terme.
La reprise de ce financement signifie-t-elle que les sanctions qui pesaient sur le pays sont levées définitivement ?
Ah non ! Elles ne sont pas levées. Il y a 2 types de sanctions. Il y a les sanctions européennes économiques qui ont été prises il y a bien longtemps, sur lesquelles il y avait un calendrier en quatre étapes de marche arrière sur les sanctions. Nous en sommes à la troisième étape et il reste donc encore un peu. Mais pour l’essentiel, le recours au 9e FED, nous avons déjà franchi ce stade. Les sanctions seront totalement levées à la fin du processus électoral. Mais disons trois quarts des sanctions sont déjà levées et l’accès au financement les plus courants sont déjà en cours. Il manque l’accès au 10e FED. Quant aux sanctions personnelles, c’est peut être à celles-ci que vous faisiez référence c’est à dire les interdictions de voyage. Vous savez que c’est aussi une décision européenne. Elles seront réétudiées après les élections.
Pensez-vous que la page relative aux rapports conflictuels entre la Guinée et la France, après le ‘’Non‘’ au référendum d’autodétermination en 1958, est définitivement tournée, excellente ?
Il y a déjà plus de 50 ans qu’elle est tournée. J’ai beaucoup lu dans votre presse que de nombreuses attitudes françaises étaient liées à cette décision il y a 50 ans. Je peux vous garantir qu’il n’en est rien, il n’en est certainement rien. C’est vraiment une page d’histoire qui est tournée. C’est que depuis très longtemps la France entretient avec la Guinée des relations habituelles qu’entretiennent 2 pays indépendants. C’est vrai que dans les premiers temps après le ‘’Non», il y avait une grande inimitié qui était due en grande partie à la stature des deux grands hommes politiques de l’époque qui s’étaient heurtés. Mais depuis, nous avons des relations diplomatiques normales. Nous avons des relations commerciales, des relations de coopération, le général Sékouba Konaté était reçu à l’Elysée, le général Sékouba Konaté était au dernier Sommet Afrique France. Tout ceci sont des relations équivalentes à celles que la France entretient avec les autres pays d’Afrique.
Nous sommes à la veille du 14 juillet qui sera célébré notamment par un défilé militaire auquel des éléments issus des armées de 13 pays africains prendront part. Excellence Monsieur l’Ambassadeur, est-ce que l’armée guinéenne sera sur les Champs-Elysées, à cette occasion ?
Alors il n’est pas prévu que l’armée guinéenne défile essentiellement pour 2 raisons. D’abord c’est la fête du cinquantenaire. Le cinquantenaire c’était il y a 2 ans en Guinée. Ensuite au moment ou la programmation de ces festivités était en cours, le pays était dirigé par un président avec lequel vous le savez, la France n’entretenait pas de bonnes relations. Et on pouvait difficilement concevoir que des troupes menées par Dadis Camara défilent sur les Champs-Élysées le 14 juillet.
Le général Sékouba Konaté président de la Transition est-il invité lui à Paris, pour assister à cette parade militaire ?
Je crois que cela n’est pas d’actualité.
Avez-vous à ce jour Monsieur un message particulier à l’endroit du peuple de Guinée ?
C’est surtout un souhait, c’est que cette bonne direction que la Guinée a prise avec les Guinéens parce que quand je pense au processus électoral, c’est à la fois évidemment un processus dirigé par les leaders politiques mais c’est un processus auquel participent et ont participé activement les Guinéens. Avec à près de 80% le taux de participation qui est énorme. Je souhaite donc que ce processus ne s’arrête pas en plein milieu et continue jusqu’à son terme, et que les résultats des élections soient acceptés par tous. Ça veut dire également par les perdants puisqu’il n’y aura qu’un seul président de la République. Et qu’après les élections, les Guinéens, les politiques continuent à mener leurs efforts pour la voie du développement et l’Etat de droit.
Quelles sont vos impressions par rapport au pays, à la population depuis votre arrivée en Guinée ?
Vous savez cela fait six mois que je suis là. L’ambiance a beaucoup changé. Avec les derniers jours de la plaine puissance de Dadis Camara, j’ai ensuite passé une période d’incertitude et j’ai eu le plaisir de voir le général Sékouba Konaté reprendre les choses en main et diriger la transition vers les élections. Je trouve qu’il s'est passé beaucoup de choses en six mois. Je suis ravi d’en avoir été le témoin.
Entretien réalisé par Mamady Keita L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

| | 26 janvier 2010 |
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