mercredi 8 avril 2009
Sommet du G20 : Les répercussions sur le monde en général, et les pays africains en particulier
Aboubacar Fofana

Comme le ferait un médecin, avant de prescrire une médication, il est utile tout d’abord, de poser le diagnostic du mal.

 

Suivant cette démarche, il est nécessaire de savoir ce qui est à la base de la plus grande crise économico-financière que le monde ait connu depuis la dépression de 1929. Il nous faut donc identifier les causes du problème de la crise financière, avant d’édicter des règles de fonctionnement du système financier mondial pour l’avenir.

 

Il y a une unanimité pour reconnaître que c’est le manque de régulation des marchés qui se trouve à la base de la crise des subprimes qui a entrainé, par effet boule de neige, la finance internationale dans le cataclysme économique que nous connaissons.

 

Il y a ceux qui pensaient qu’il fallait s’occuper des racines du mal, en mettant en place une plus grande règlementation des marchés et une « moralisation » du capitalisme financier, comme Madame Angela Merkel et Monsieur Nicolas Sarkozy.

 

A l’opposé, Messieurs Barak Obama et Gordon Brown voulaient une relance de l’économie mondiale, pour faire repartir la croissance de plus belle.

 

Le problème était de savoir comment concilier des impératifs divers comme la relance de la croissance, la régulation financière, le renforcement des institutions de Breton Woods (FMI, BM), le rejet du protectionnisme et la promotion des préoccupations environnementales. Cela faisait notamment partie des préoccupations de l’U.E.

 

Après d’âpres discussions, il y eu une synthèse des deux positions pour préconiser en même temps, une nouvelle règlementation et une relance de l’économie.

 

Au sortir du sommet, le jeudi 2 avril 2009, tout le monde semblait satisfait : les Etats Unis d’Amérique, l’Union Européenne, la Chine, l’Inde, l’Amérique Latine et l’Afrique, sans oublier l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et le Fond Monétaire International (FMI). Les préoccupations des uns et des autres, ont été prises en compte, à savoir :

 

  • Deux listes de pays qualifiés de paradis fiscaux ont été dressées. Une liste noire et une autre grise, selon leur degré de collaboration avec les services de l’Organisation de Coopération pour le Développement Economique (OCDE), chargés de la répression du blanchiment de l’argent sale et de la lutte contre l’évasion fiscale. 

 

  • Une réforme en profondeur de l’organisation financière internationale (FMI et Banque Mondiale) et la mise de moyens financiers additionnels à leur disposition, d’un montant de 1100 milliards de dollars U.S. Rappelle au passage que leur mode de fonctionnement n’a pas été revu depuis 1945. Le FMI verra ainsi ses fonds, tripler avec 500 milliards de dollars U.S. supplémentaires, constitués d’apport nouveau et de droits de tirages spéciaux (DTS) dont dispose cet organisme.

 

  • Mise en place d’un nouvel organisme mondial, chargé de prévenir les crises.

 

  • De « nouvelles règles » de gouvernance des marchés financiers, notamment au niveau des salaires et des bonus des traders. Les hedge funds et les fonds seront notamment encadrés par des superviseurs, et l’activité des banques sera contrôlée pour ce qui est de leurs activités de titrisation et de hors-bilan, qui devront être plus transparentes

 

  • La vente d’une partie du stock d’or du FMI, quatre cent trois tonnes (403 t.) pour venir  en aide aux pays receveurs de l’Aide Publique au Développement (APD), situés essentiellement en Afrique. Cela est une demande émanant de l’Union Africaine (UA) pour pallier à l’insuffisance de l’APD.  

 

  • La promesse faite par Monsieur Barak Obama de soumettre au congrès américain une allocation de 448 millions de dollars u.s. pour aider les pays défavorisés qui constituent les futurs marchés.

 

  • La promesse d’accroissement de l’aide publique pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD), aux nombre de huit et pour la date butoir de 2015.  

 

  • La promesse d’injecter 5000 milliards de dollars u.s. dans l’économie mondiale d’ici 2010.

 

  • La promesse de soutien en faveur du commerce mondial d’un montant de 250 milliards de dollars u.s.

 

  • Rendez-vous a été pris pour une rencontre en septembre 2009 pour mesurer à l’épreuve des faits l’application des résolutions affichées durant le sommet.

 

  • Etc.

 

Quelles retombées pour les pays africains après le sommet du G20 ?

 

Pour la première fois, ces pays ont eu l’opportunité de défendre directement leur cause sans avoir besoin d’un avocat.

 

L’Afrique était bien représentée par le Président de l’U.A. Monsieur Jean Ping, le Président du Nepad (Nouveau partenariat pour le développement économique de l’Afrique), le Président de l’Afrique du sud, Monsieur Ngalema Mothlante.

 

Sa principale préoccupation a été retenue concernant le surplus de liquidité venant du FMI.

 

La question reste de savoir sur quels critères vont être alloué les nouvelles disponibilités et à quelles conditions ?

 

Nous notons aussi qu’après près de cinq décennies de coopération Nord-Sud l’esquisse de  développement n’est toujours pas au rendez vous.

 

Les pays de l’OCDE à l’exception des pays d’Europe du nord n’ont pas tenu leur engagement des années soixante préconisant de consacrer 0,7% de leur PIB (Produit Intérieur Brut) à l’aide au développement.

 

A mi-parcours, les objectifs du millénaire pour le développement risquent de ne pas être atteints car les moyens n’ont pas été mis.

 

Comme le dit si bien l’adage populaire, « il ne faut jamais mettre tous ses œufs dans le même panier ». D’où la nécessité pour les pays africains de faire jouer la concurrence dans leur coopération avec le reste du monde et diversifier celle-ci notamment avec la Chine.

 

Il faut renforcer la coopération Sud-Sud surtout avec les pays émergeants.

 

L’aide au développement n’a jamais bâti à elle seule un pays. Les pays africains doivent d’abord compter sur leur potentialités propres et les mettre en valeur avant d’attendre une hypothétique aide qui dans tous les cas de figure ne doit constituer qu’un appoint.

 

Lorsque les règles de fonctionnement du commerce mondial seront rééquilibrées et qu’auront disparu les distorsions et les subventions aux agriculteurs du nord ainsi qu’à des secteurs entiers de l’économie comme la sidérurgie ou le textile, les pays africains pourront s’exprimer avec leurs moyens propres et l’aide publique ira en s’amenuisant.

 

Vient-on d’assister à l’émergence d’un nouvel ordre économique mondial, a un compromis historique, au plus grand plan de relance coordonnée jamais vu ?

 

Comme vous le constatez les superlatifs ne manquent pas, mais attendons de voir car seul l’avenir pourra nous édifier sur la prise de conscience réelle des uns et des autres.

 

 

Aboubacar Fofana

Président du Club DLG
pour www.guineeactu.com
 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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