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Le sommet des chefs d’Etat de la Mano River Union qui devait se tenir le mardi 14 juillet dernier à Conakry a été finalement renvoyé à une date ultérieure. La présidente du Libéria Ellen Johnson Searlef et le président de la Côte d’Ivoire ont en effet brillé par leur absence.
Devant cette situation embarrassante pour les nouvelles autorités guinéennes, on a tenté de trouver la parade à travers la présence effective du président de la Sierra Leone Ernest Baï Koroma. Arrivé la veille à l’Aéroport de Conakry où il a été accueilli par son homologue guinéen le Capitaine Moussa Dadis Camara, le n°1 léonais a dû se contenter d’une visite d’amitié et de coopération.
L’absence des présidents libérien et ivoirien n’a donc pas permis la tenue de ce Sommet de la Mano River Union qui devait permettre aux quatre chefs d’Etat de passer en revue les problèmes brûlants qui assaillent cet espace ouest africain. Un espace où la sauvegarde de la paix et de la sécurité est devenue un des impératifs de tous les jours. Le Libéria et la Sierra Leone qui sortent de guerres civiles d’une rare horreur sont loin encore d’être débarrassés des démons du mal. La Côte d’Ivoire qui faisait figure de modèle de développement et de stabilité en Afrique de l’ouest tente aussi de conclure un processus électoral qui n’en finit pas s’étirer. Ce, après une guerre qui a partitionné le pays en deux zones.
Si le pays hôte du sommet avorté est quant à lui réputé être un « îlot de paix dans un océan agité », il traverse également une transition militaire dont l’issue préoccupe tant la communauté nationale qu’internationale. En plus, les phénomènes de la criminalité transfrontalière, le trafic d’enfants, la circulation illicite d’armes légères, le trafic de drogue, etc. sont autant de dossiers scabreux sur lesquels les quatre chefs d’Etat de la Mano River Union devaient passer crible.
Mais le mardi dernier, l’on aura attendu jusqu’à la dernière minute l’arrivée de la « Dame de fer » du Libéria à l’Aéroport de Conakry où le dispositif d’accueil était déjà en place. Peine perdue. Ce « faux bond » d’Ellen Johnson Searlef alimentera aussitôt le brasier des interprétations dans la capitale guinéenne. Un pan d’observateurs qui suit de près l’actualité libérienne estime que l’absence de la présidente libérienne n’avait rien de surprenant. En ce sens que le Libéria est aujourd’hui confronté aux démons de son passé sanglant depuis la publication du rapport de la Commission chargée de faire la lumière sur les crimes et autres exactions commis durant la guerre. Aussitôt, les ex-chefs de guerre se sont mis sur leurs ergots, menaçant de reprendre les armes si un d’entre était touché.
Par contre, l’autre pan d’observateurs trouve que c’est là une explication facile pour justifier la non venue de la présidente libérienne. Ces observateurs jurent par tous les saints que le lapin posé au Capitaine Moussa Dadis par Mme Searleaf ne peut se justifier que par l’alerte donnée samedi dernier par la junte militaire guinéenne (CNDD) selon laquelle des troupes à la solde des cartels de la drogue sont en bivouac à Foya, une localité libérienne qui fait frontière avec la Guinée.
En effet, selon le communiqué du CNDD, des mouvements de troupes voulant agresser la Guinée sont également signalés à nos frontières avec la Guinée Bissau et la Casamance (Sénégal). Néanmoins, si le gouvernement sénégalais a qualifié ces informations « d’erronées et dénuées de tout fondement », l’Etat libérien, lui, n’a pas réagi officiellement. C’est-à-dire ni par le biais d’un communiqué ni à travers un démenti verbal d’une personnalité libérienne. Et ces observateurs de conclure en disant que le Libéria a préféré faire savoir son mécontentement en dissuadant sa présidente de se rendre à Conakry pour ce sommet.
Quant au président ivoirien Laurent Gbagbo, il serait également empêtré dans les préparatifs des élections présidentielles prévues à la fin de cette année en Côte d’Ivoire. Au regard du suspense qui plane sur l’issue de ce scrutin qui doit sortir définitivement le pays de la crise qu’il traverse depuis près de dix ans, le n°1 ivoirien se serait donc abstenu de faire le déplacement.
Quoi qu’il en soit, ce sommet avorté fait craindre une sorte de boycott de la junte militaire guinéenne par certains de ses voisins pourtant censés être le premier soutien du régime du Capitaine Moussa Dadis Camara. Ce dernier peut néanmoins compter sur le soutien de la Sierra Leone dont le président Ernest Baï Koroma a réaffirmé à la Guinée l’amitié et la solidarité du peuple léonais.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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