mercredi 9 juin 2010
Sidibé Ismaïlia : « C’est aux Guinéens de se prendre en charge… »
Sidibé Ismaïlia

Lors du passage de la caravane de l’intégration dans notre pays, Sidibé Ismaïlia, PDG de Africable et initiateur de la dite caravane a confié ses sentiments à notre reporter, sur l’avenir de l’Afrique.

Le Démocrate : Bonjour monsieur. Pouvez-vous vous présenter à nos à nos lecteurs ?

Sidibé Ismaïlia: Ok, je suis M. Sidibé Ismaïlia, président Directeur général, PDG de Africable et initiateur de cette caravane de l’intégration.

Peut-on savoir les motifs qui vous ont poussé à organiser cette caravane. Quels en sont les tenants et aboutissants ?

Vous savez, 2010 c’est le cinquantenaire de la plupart des pays africains. Donc nous à notre niveau, notre but, dans notre objet de créer la vocation panafricaine et d’intégration, nous avons réfléchi qu’il fallait faire une caravane en haute TV, pour aller de ville en ville, à travers 111 pays et 92 villes et en 90 jours. Ceci pour montrer l’Afrique dans sa diversité culturelle, linguistique, climatique, culinaire et touristique. Montrer chacun à chacun, chacun aux autres et au reste du monde. Pour montrer cette Afrique, la vaillante, debout et qui se bat en dépit de tous les clivages politiques. C’est ça le but. Et nous nous sommes dit, si nous on ne le fait pas, qui d’autre le fera ? Vous savez j’ai l’habitude de dire que nous, on a aucun complexe pour le cinquantenaire. Aujourd’hui, ce n’est la faute à personne. Les Japonais ont reçu leur bombe atomique, les chinois ont vécu la pire des colonisations. L’Allemagne a été rasée, la France a été occupée, les Etats-Unis ont été colonisés. Est-ce que nous aussi on ne peut se prendre en charge. Cette prise en charge commence obligatoirement par se connaître. Si on ne se connaît pas, on ne se respecte pas... On vient de Guinée Bissau, qui nous a surpris. Sur les médias du Nord, on entend que c’est un pays où on vend de la drogue, où on massacre. Or on a vu un peuple vaillant, qui se construit, qui se développe dans sa joie de vivre, malgré les problèmes politiques, qui a un plan de développement. La Guinée Bissau nous a séduits. Sans la caravane, on n’allait pas voir la Guinée Bissau. On allait rester là à écouter les médias étrangers qui disent qu’ils sont comme ça ou comme ça. Nos pères ont prit l’indépendance, nous on va montrer l’Afrique à l’Afrique. Le second rôle, il ne faut pas que nous soyons toujours éblouis et distraits par les problèmes politiques. La politique ne représente même pas 5% de notre vie quotidienne. Quand on va en profondeur de la Guinée, ils ne savent pas ce que c’est un député. Par exemple, la caravane vise à dire à la population de Boké on vient vous voir, dormir avec vous, manger avec vous, partager votre vie quotidienne. C’est extraordinaire ça. Quand on voit nos enfants chanter le rap, s’identifier à 50% par exemple et autres, on ne comprend pas. Parce qu’eux ne sont pas des valeurs, c’est des accidents de la culture américaine. Donc nos enfants les imitent parce qu’ils ne savent pas ce qu’il faut faire. Nos enfants n’ont pas de repères pour s’identifier, ils regardent le monde. C’est ça le vrai combat. C’est ça le vrai débat. Qui sommes-nous et où on va aller ? Si on ne le sait pas, la tête en Europe, le ventre en Asie, on a toujours les pieds dans l’eau. Parce qu’on oublie où on est et on se laisse inonder, se distraire, entrer dans des faux problèmes. C’est ça le combat au quotidien. Ceux qui vont venir prendre le pétrole guinéen, la bauxite ou l’uranium guinéen, se foutent du problème guinéen. Ils cherchent leurs intérêts. C’est aux Guinéens de se prendre en charge, c’est à chaque africain de se prendre en charge et de se connaître. Pour savoir qui est mon voisin, ce que je peux tirer de ma culture, qui est une base de développement. Voilà en gros l’objectif de la caravane.

Est-ce que vous avez un message particulier à l’endroit des autorités des pays traversés par la caravane ?

Vous savez, la caravane soit c’est un message Africable, soit c’est un message. Chaque jour ce qui se passe en Guinée ou ailleurs, le monde entier le voit sur Africable. Ce n’est plus comme il y a dix ans, où chacun est enfermé et RFI vient le matin pour empoisonner les gens et on ne cherche pas ce que les pays africains font. Donc nous disons, c’est le bon Dieu qui est à l’origine de cette caravane qui, pour une première fois est un message. Quel media audiovisuel public ou privé, a organisé une caravane pour montrer son pays. On est huit cent millions d’africains. Et il faut qu’un jour quelqu’un le fasse. On va dire aussi à nos autorités que nous ne demandons pas de l’argent à l’Union Européenne, à la France ou autres pays. Nous ne sommes pas des mendiants. On s’est dit, si onze pays réunis, on ne peut pas trouver des sponsors pour organiser cette caravane là, on s’est dit que ce n’est pas la peine qu’on soit dans le cinquantenaire. Et même s’il faut pousser la dernière voiture pour arriver, on le fera. Parce qu’il faut donner du repère à nos enfants. Donc il faut travailler. Un tel m’aime ou un tel ne m’aime pas, c’est important. L’importance, c’est ce que chacun compte et notre unité de mesure est la valeur ajoutée du tout un chacun à son pays et à son continent.

Comment avez-vous procédé pour boucler le budget de la caravane ?

Vous savez Africable, nous sommes des privés. Donc nous considérons que c’est une industrie, pleine d’activités, qui a un budget qui a des ressources, qu’il faut mettre en place et qu’il faut aller chercher. Les gens me disent mais comment tu as trouvé l’argent pour Africable ? Je réponds qu’il y a des gens qui prennent 17 milliards de FCFA à la banque pour construire des hôtels, pour acheter des bus, personne n’en dit rien. Mais quand on fait une Télé, on dit où as-tu trouvé cet argent... C’est une industrie, on va à la Banque, on cherche l’argent. On va voir des sponsors parce que l’idée et le projet sont porteurs. En tant que tel, on ne demande pas de subvention. On demande à nos Etats notre budget, c’est tant qu’il n’y a rien à cacher. Et nous estimons que chaque Etat doit envoyer le complément par rapport à ce que nous faisons dans le pays. Donc il faut croiser les bras et rester assis. Moi je n’ai pas été colonisé. On fait tout pour exister. Le jour où nos économies ne peuvent pas supporter une chaîne de TV, on ferme c’est tout.

Votre message particulier ?

Mon message particulier c’est à la jeunesse. Il faut que les jeunes laissent cet esprit d’infériorité là. Il faut que nos jeunes se lèvent. Il faut qu’on arrête d’expliquer son échec par le succès des autres. Je vois ici les jeunes refuser de décharger le poisson et ils vont le faire en Europe, aux Etats-Unis. Je crois qu’il y a un problème là. Il faut arrêter le cinéma. Personne ne viendra construire l’Afrique. Je le répète, la Guinée sera le fruit des Guinéens, le Mali sera le fruit des Maliens comme le Japon est le fruit des Japonais, comme la Chine est le fruit des Chinois. Ce n’est pas les Maliens qui ont construit la Chine. On ne peut pas suivre des gens quand on ne se nourrit pas nous-mêmes. Moi je ne suis pas politicien.


Propos recueillis par Lansana Camara
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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